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  • Pourquoi la data-philosophie ?

    Au coeur du confinement, j'ai enfin décider de prendre le temps d'écrire sur les bases de ce qui devrait nous occuper tous dans les prochaines années à savoir "la data-philosophie". Ce blog porte les traces de mes réflexions sur l'usage des données, les questions éthiques, notre rapport au temps, etc.

    Mais là il nous faut aller plus loin et explorer ce qu'est la "data-philosophie".

    L’association « data-philosophie » a son importance. Il ne s’agit pas de poser une « philosophie de la data » qui serait simplement une sorte d’application pratique ou un code déontologique de la data.
    Nous devons regarder la data comme ce qu’elle est : un critère du réel. Cette idée de critère du réel est très importante. Toute la philosophie s’accorde autant qu’elle se déchire sur cette notion de « critère » du réel qui rend possible ensuite tout le reste : la croyance juste, la croyance vraie, la croyance justifiée, la connaissance, le savoir… Dès lors nous pourrions ici tenter une analogie entre la « data » et la « monade » de Leibniz.
    Dans cet article, il ne s’agit pas de résoudre cette analogie qui par ailleurs, comme toute analogie a son degré de fausseté. Cependant, nous devrions remarquer, qu’à la base de toutes les recherches ou manipulations de data, il devrait y avoir une question.
    L’objectif de la data-philosophie serait donc situé là : dans l’art de poser les questions et donc de soulever des problèmes. Sans ce cheminement il ne peut y avoir d’analyse structurée.

    Cliquez-ici pour lire l'article dans son intégralité sur Academia.

  • Comment récupérer vos données personnelles ?

    Vous souvenez-vous de mon article sur Cambridge Analytica ? Non il était sans doute trop tôt... À l'époque, je cherchais à vous faire comprendre l'enjeu des datas pour les entreprises privées et la dérive vers la conduite des comportements.

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    Comment passons-nous de la data à notre comportement ?

    Selon la CNIL, une donnée personnelle (ou donnée à caractère personnel) se définit comme une information qui permet d’identifier une personne physique, directement ou indirectement. Il peut s’agir d’un nom, d’une photographie, d’une adresse IP, d’un numéro de téléphone, d’un identifiant de connexion informatique, d’une adresse postale, d’une empreinte, d’un enregistrement vocal, d’un numéro de sécurité sociale, d’un mail, etc.

    Nous allons faire simple et suivre ce que le marketing appelle les "données e-commerce". Elles sont collectées sur un site ou une application e-commerce à des fins d’utilisations marketing et publicitaires. C'est ce que l'on appelle le "marketing ciblé"... Une entreprise peut donc faire des "frappes ciblées" et décider de ne cibler que les personnes de tel ou tel type. J'utilise volontiers une expression guerrière pour imaginer dans quel terrain nous sommes. 

    Ces données comprennent les historiques d’achats et donc les types et marques de produits achetés, mais également des données d’intentions d’achat par le biais des fiches produits ou catégories consultées qui sont par exemple classiquement utilisées dans les dispositifs de retargeting.

    Ces données peuvent évidemment être utilisées par le site propriétaire collecteur dans ce que l'on appelle "first party data". Elles peuvent également être commercialisées ou échangées, c'est que l'on appelle le "data sharing". Ensuite dans la "third party data", ce sont essentiellement des données fournies par des régies publicitaires ou par le biais des procédures de "data exchange" sur des "data marketplace". Là se revendent nos données comportementales ou déclaratives collectées via les cookies. 

    Ici, généralement, on me répond, "je n'ai rien à caché"... Et bien d'accord, donnez-moi l'ensemble de vos mots de passe, et l'accès à chez vous, vos données de santé, à votre compte en banque... Je vous sens quelque peu réticents ! C'est bizarre, non ? Alors pour comprendre l'envers de votre "je n'ai rien à cacher", je vous invite à voir quelles sont vos données personnelles récoltées par certaines plateformes...

    Comment récupérer vos données ?

    Sur Facebook, vous pouvez télécharger vos informations à partir de vos Paramètres. Pour télécharger vos informations :

    1. Cliquez sur  en haut à droite de n’importe quelle page Facebook, puis sélectionnez Paramètres.
    2. Cliquez sur Télécharger une copie de vos données Facebook en bas des Paramètres généraux de votre compte.
    3. Cliquez sur Créer mon archive.
    Dans son centre d'aide, Facebook vous indique ceci "Dans la mesure où ce fichier contient les informations de votre profil, nous vous recommandons de le protéger et de prendre les précautions nécessaires si vous décidez de l’enregistrer sur un autre service".
     
    Vos données sur Facebook comportent votre historique personnel qui retrace toutes vos recherches, vos publications, vos "like", vos commentaires... Vous recevez le tout par mail une fois la procédure enclenchée.
     
    Et sur Google ? Il est clair que le moteur de recherche(s) est devenu, au fil des années,  un écosystème d’outils et services dont il est difficile de sortir. Gmail, Google Drive, Google Calendar, Google Maps, YouTube, Google+, Google Photos… En mars 2017, Google a mis en place la plateforme "TakeOut"

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    Cliquez sur le lien, ou sur l'image de cet article. Connectez-vous à votre compte Google. Takeout vous fournit, ensuite, un tableau de bord central sur l’ensemble des services et outils que vous utilisez chez Google (Google+, Blogger, Recherches, Agendas, Chrome, Contacts, Drive, Gmail, Bookmarks, Photos, Maps, Hangouts, YouTube, Tâches, Keep, Android Pay…). Inutile de vous connecter successivement à chacun d’entre eux. Ainsi vous allez pouvoir créer puis télécharger une archive regroupant toutes les données présentes sur l’ensemble des services Google. 

     

    Amazon, faites d'abord un tour sur l'impressionnante page consacrée à l'explication de vos données et de la politique d'Amazon. Cliquez ici ! Puis envoyez une demande, une demande par mail : resolution-fr@amazon.fr .

     

    Vivement le 25 mai 2018 et oui ! Le Règlement général sur la protection des données, ou RGPD, voté en 2016, sera appliqué dans l'Union européenne. Une mise à plat des systèmes juridiques européens. Vos données ne pourront être récoltées que sur la base de votre consentement écrit... Voir le lien ici de la CNIL

    Le RGPD inclut aussi une reconnaissance d’un droit à l’oubli pour obtenir le retrait ou l’effacement de données personnelles en cas d’atteinte à la vie privée, le droit à la portabilité des données, pour pouvoir passer d’un réseau social à l’autre, d’un FAI à l’autre ou d’un site de streaming à l’autre sans perdre ses informations, le droit d’être informé en cas de piratage des données.

    D'autre part, tous les internautes pourront être défendus par des associations dans le cadre d’une action de groupe en vue de faire cesser la partie illicite d’un traitement de données. Ce qui est une avancée majeure... mais pour comprendre l'importance de tout ceci, je ne peux que vous inviter à demander aux plateformes de vous montrer les sommes d'informations qu'elles ont sur vous... 

  • Pascal Ordonneau : Monnaies cryptées

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    Voilà le livre à mettre entre toutes les mains pour comprendre les monnaies cryptées, leurs histoire, leurs failles. Un essai complet sur cette "révolution" des monnaies cryptées... Mais qu'est-ce donc que ces monnaies ? Sont-elles issues de cryptes, de vieilles caves ? Là où les mondes supérieurs, extérieurs n'existent plus... Quels seraient donc les repères pour dire que cette monnaie vaut telle valeur ou telle autre ?

    Comme le souligne, Pascal Ordonneau, les monnaies cryptées sont donc dématérialisées, inscrites sur des registres ou fichiers informatiques dont les unités de compte sont identifiables et traçables depuis leur création jusqu’à la dernière transaction. Mais qu'est-ce que cela veut dire ? Comment garantir que l'algorithme serve les intérêts de tous et pas de quelques-uns ?

    Ici il nous propose de nous attarder notamment sur le Bitcoin. Créé en 2009, le Bitcoin s'échange de pair en pair sans intermédiaire tout en reposant sur la blockchain — à l'image du Ripple, autre cryptomonnaie moins médiatisée, mais qui a affiché en 2017 une croissance de 36 000 % en un an ! 

    Selon Mark Barrenechea (CEO de Opentext) : "En matière de monnaie virtuelle, l'une des plus grandes innovations est sans conteste l'utilisation de la technologie blockchain. Son potentiel va bien au-delà du changement de notre mode d'échange et de gestion de la richesse. En reliant une chaîne d'informations archivées ou 'blocs' impossibles à modifier, la blockchain a la capacité de créer des systèmes plus transparents et plus sûrs. Ses applications seront nombreuses : modes de transactions, renouvellement de passeports, vote, location de véhicules, paiement d'impôts et même mode d'identification personnelle. 2018 sera ainsi l'année de la blockchain, surtout dans les domaines de la sécurité et du chiffrage". 

    Mais bon, le Bitcoin a connu de beaux revers... mais c'est tout à fait logique. Puisque nous devons, nous pencher sur le principe de la blokchain. il s'agit d'une technologie de stockage et de transmission d’informations, transparente, sécurisée, et fonctionnant sans organe central de contrôle. 

    Par extension, une blockchain constitue une base de données. Pourquoi simplement parce qu'elle contient l’historique de tous les échanges effectués entre ses utilisateurs depuis sa création. Cette base de données est sécurisée et distribuée : elle est partagée par ses différents utilisateurs, sans intermédiaire, ce qui permet à chacun de vérifier la validité de la chaîne. 

    Mais qui a travaillé sur ses propres biais cognitifs ? Qui est donc capable de bien affirmer que ce qui lui semble crédible l'est réellement ? Voilà ce à quoi nous invite Pascal Ordonneau à situer, à questionner l'aspect mythique, mythologique de cette chaîne.

    Au fil des chapitres, des rappels des évolutions de ces monnaies, il nous explique qu'elles s’échangent selon des modes d’identification des acteurs et des transactions.  Rien ne peut se déboucler tant que le « décryptage » n’a pas été mené à bien. Le risque de paiement en double (ou triple) est éliminé par la difficulté des calculs (algorithmes) de chiffrement. Les traditionnels « tiers de confiance » que sont les banques et les interventions humaines ou institutionnelles qui les caractérisent sont remplacées par les techniques de cryptage essentiellement mathématiques.

    Toute blockchain publique fonctionne nécessairement avec une monnaie ou un token (jeton) programmable. Le Bitcoin n'est donc qu'un exemple de monnaie programmable.

    Les transactions effectuées entre les utilisateurs du réseau sont regroupées par blocs. Chaque bloc est validé par les noeuds du réseau appelés les “mineurs”, selon des techniques qui dépendent du type de blockchain. Dans la blockchain du bitcoin cette technique est appelée le “Proof-of-Work”, preuve de travail, et consiste en la résolution de problèmes algorithmiques.

    Une fois le bloc validé, il est horodaté et ajouté à la chaîne de blocs. La transaction est alors visible pour le récepteur ainsi que l’ensemble du réseau. Mais qui est donc le récepteur pour comprendre la valeur ? Et être certain que cela vaut encore quelque chose ?

    Au fur et à mesure des mots, des pages, le Bitcoin révèle son véritable visage celui d'une illusion que je partage totalement. Un algorithme reste un algorithme, ou sinon donnez-moi à minima le code, étudions-le ensemble. Laissons-le en licence libre, afin que nous puissions tous le modifier. L'or métaphorique du net qui entraîne un engouement populaire... Ce n'est donc bien que cela le bitcoin : une métaphore qui fonctionne sur l'illusion d'une utopie. 

     

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    Plus d'informations :

    Pascal Ordonneau, banquier, a été DG et PDG de banques françaises, anglaises et américaines. Il est SG de l’Association « Iconomy ». Auteur d’une dizaine d’ouvrages parmi lesquels cinq livres d’économie et de finance, il est chroniqueur aux Échos, au Huffington Post et conférencier (monnaies cryptées et Allemagne).

    Résumé de l'éditeur

    "La Révolution Démocratique et Libertarienne des Monnaies Cryptées fera-t-elle long feu ? Le Bitcoin, monnaie célèbre par ses frasques, ses dealers, et ses cours qui s'envolent et s'effondrent n'est-elle que le cheval de Troie de la Blockchain ? Celle-ci, à l'inverse, n'est-elle pas un déni de démocratie, pour être tombée entre les mains des puissants de l'argent, de la technologie et des réseaux. Ce n'est pas seulement un débat pour Geeks. Derrière les lignes de code qui s'échangent et se vendent ce sont les Smart contracts qui avancent et avec eux l'Internet des objets.
    Après la Révolution Internet où tout a été ouvert à tous, où les réseaux ont vu leur mobilité accrue dans des conditions jamais vues, entre mobiles, laptops, tablettes et ordinateurs connectés, on doit compter sur la révolution des connections Peer to Peer. Sécurisées grâce à la cryptographie et ouvertes à ceux qui veulent y contribuer, elle revendique la fin des intermédiaires et des sachants. Elle promet le renouveau de la confiance.
    Les monnaies cryptées continueront-elles à se multiplier, mettant à mal l'argument de la monnaie unique ? Ou bien se cantonneront-elles dans un statut de monnaie spécialisées entre connaisseurs et aficionados ?

    La Blockchain sera-t-elle l'ossature de la société de demain ? Les promesses sont considérables, la route est semée d'embûches. Est-il raisonnable de s'en remettre à un tiers de confiance sous forme d'équations mathématiques ? Écrit au beau milieu d'un mouvement pareil au torrent qui s'écoule, ce livre questionne beaucoup, rassemble un grand nombre d'expériences et propose des points d'ancrage. Un livre entre étonnement, enthousiasme et regard critique."

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  • Qui contrôle nos cerveaux ?

    Pourquoi changeons-nous de voiture, de destination, de médecins, d’amants, etc. ?Sans doute pour des raisons qui nous semblent nous appartenir, puisque notre comportement nous semble parfaitement imprévisible. Pourtant d’autres l’ont pensé pour vous. Non, je vous rassure, il ne s’agit pas d’un complot ! Il s’agit juste de principe de circularité et de tautisme. Partout des choix s’offrent à nous, cette multitude loin de nous proposer une liberté nous enferme, nous contraint. C’est ce que l’on nomme le paradoxe du choix. Plus il y a d’offres, moins nous sommes libres de choisir. Plus il y a d’informations, plus nous sommes passifs.Comment sortir de ce système ?
     

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    La France debout, assise ou en marche… Tout cela ne signifie rien d’autre qu’un immobilisme cérébral profond. Nous pourrions saluer le fait qu’il s’agit d’une tentative, d’un début de quelque chose. Comme tout début cela n’a pas de forme ou plus exactement c’est informe.

    Et si je vous dis que ceci n’est rien ? En fait j’ajouterai même qu’il s’agit d’un simple prisme médiatique pour donner à penser autre chose que le “ça va mieux” d’un Président en exercice qui ne sait pas où est sa place.

    Déjà je vous vois moins rieurs, moins enjoués après ces quelques lignes. Vous soulignerez certainement “mais pourtant des intellectuels reconnus y sont allé”. Ils ont mis des mots, donné un regard sur la situation. Mais revenons aux premiers jours de cette place, d’abord il y a l’association Droit au logement, puis quelques personnes avec des associations du type “Paris à 30 kilomètre heure”, des anti-téléphones portables et Momo le vendeur de brochettes.

    La place de la République dessine des histoires, des trajectoires. Chacun est dans son coin, et puis certains tentent de faire du lien, évidemment les choses débutent ainsi… Et puis la la faune de la Place de la République fera le reste. J’y suis allé plusieurs fois, en passant pour tenter de distribuer le questionnaire de la Forêt des âmes de Julien Friedler. C’est amusant ce questionnaire, six questions, six mises en danger. Personne ne s’y intéresse, quelques regards étranges, quelques bousculades. Or ce questionnaire a la force du témoignage, du regard sur les choses, il est libre à chacun ses réponses. Il est un indice pas seulement au niveau individuel, il témoigne aussi de l’esprit, des mentalités d’une époque.

     

    Mais reprenons, à qui appartient la Place de la République ? C’est un symbole fort. Une place, une république. Cette année cette Place a repris ses droits dans le jeu politique. Elle est le lieu des résistances citoyennes (après les attentats de Charlie Hebdo) et de la démonstration politique. Le symbole serait donc aujourd’hui récupéré par la population qui souhaite laver son linge sale en public. Et c’est là que c’est intéressant, chacun est invité (en cinq minutes) à prendre la parole, à dire ce qu’il a sur le coeur, à crier sa colère… Plusieurs fois, je me suis demandée mais à quoi au juste assistons-nous ? à un défouloir collectif ?

    Ici il n’y a de rêve que les slogans. Les frustrations sont trop fortes, les idéologies étroites pour que cela fasse sens. A l’heure où j’écris cet article, un compte Facebook, un Twitter et j’imagine Instagram et autre ont été mis en place. C’est intéressant pour un groupe soit disant sans leader, sans forme…

     

    Et puis je me suis souvenu des premiers jours, la nuit du 31 mars. C’est la première nuit debout qui répond à l’injonction syndicale de “convergence des luttes”... C’est bien, bien dit si je devais croiser le communiquant qui a pensé cela, je lui dirai bravo, bel réutilisation des principes de Psychologie des foules de notre ami Gustave Le Bon.

     

    Toujours se demander : “à quoi assistons-nous ?”

    Nous pourrions ici évoquer l’affaire des Panama Papers. Le 17 avril dernier, La Commission internationale des journalistes d’investigation (ICIJ) qui a rendu public le scandale des Panama Papers a publié un clip dénonçant les conséquences sociales des sociétés pratiquant l’évasion fiscale. Prostitution d’orphelins mineurs en Russie, approvisionnement en carburant occulte de l’aviation syrienne, soustraction au fisc d’un pays ravagé par la pauvreté.

    Dans ce film, réalisée avec le Centre Pulitzer, nous pouvons y voir le cas d’une des sociétés clientes du cabinet d’avocats Mossack Fonseca (qui organise des centaines de sociétés-écrans et a déjà été impliquée dans le grave scandale d’État brésilien Petrobras), une compagnie pétrolière en Ouganda. Pour éviter de payer 400 millions de dollars d’impôts, le pétrolier a mandaté Fonseca pour réaliser une simple formalité : déplacer l’adresse de la société d’un paradis fiscal à un autre. “Dans un pays où une personne sur trois vit avec moins d’1,25 dollar par jour, 400 millions de dollars représentent plus que le budget annuel pour la santé”.

    Je passe également sur la traite humaine et tant d’autres choses… A vous de décider si vous choisissez de le voir ou pas.

     

    Nous sommes forcément d’accord avec ces dénonciations, avec cette enquête et pourtant quelque chose me choque. Quid des Etats-Unis ? Pas une compagnie citée, pas un financement révélé, et Washington qui reconnaît, à demi-mot, avoir payé une partie de l’enquête. Où est donc l’indépendance de la presse ? La liberté de ton, la prise de risque ? De façon positive, nous pouvons dire que cette affaire est intéressante car elle révèle la  face cachée d’une mondialisation de connivence ou les amis d’amis ont toujours un besoin à réaliser. Les Panama Papers soulignent surtout l’amoralité des institutions du capital. Nous sommes tous au coeur de cette problématique, une fois que nous avons confirmé ce sentiment de colère qui nous ronge. Nous sommes en première ligne des mesures d’austérité pendant que ceux qui les ordonnent, font fructifier leurs dividendes.

     

    A nouveau, demandons-nous à quoi assistons-nous ?

    En allant au bout de cette question, nous allons devoir lever le voile de l’illusion, nous allons devoir sortir du déni. Ce  déni dont je parle si souvent, je vais ici tenter de le matérialiser. Comment procéder ? C’est assez simple, ma méthodologie est toujours la même :

    1/ s’arrêter, respirer profondément par le nez

    2/ désigner un point dans le futur, à un horizon de dix ans (ce n’est ni trop près, ni trop loin)

    3/ commencer à regarder ce point et à vous retourner progressivement pour voir le chemin à parcourir pour l’atteindre.

    4/ en regardant le chemin, prolongez votre regard jusqu’à comprendre les évènements du passé (regardez l’histoire en face, en ne prenant par exemple que les inventions techniques, ajoutez ensuite les éléments financiers...)

     

    Maintenant que la méthodologie est posée, concentrons-nous deux secondes sur cette étrange notion de déni. Le déni consiste à voir une situation mais à faire comme si elle n’existait pas. Plusieurs raisons à cela : la panique, le doute, la culpabilité, l’absence d’énergie, ou juste pas l’envie…

     

    La fin de l’esprit critique

    Le fil du déni est intéressant. Il nous fait être, exister au milieu des uns et des autres sans nous voir, nos journées sont formatées autour de mots d’ordre, d’injonctions. elles sont là, elles nous cueillent dès le réveil.

    Nos injonctions sont celles issues des slogans publicitaires “What else ?”, “Venez comme vous êtes”, “sème le désordre”, “j’optimisme”, “savoure l’instant”, “je suis au courant, je suis sur BFM”... Même l’armée s’y met “j’ai soif d’aventure pour ceux qui ont faim de liberté”... Notre journée pourrait se résumer ainsi :

    • 7h au réveil. “Coffee is not just black” (Cf. Nascafé Docle Gusto)
    • 7h30 douche. “Cueillez votre beauté (Cf. Petit Marseillais)
    • 7h45 brossage de dents. “Un sourire ça change tout” (Cf. Signal)
    • 8h. Les transports. “Tant d’histoires à venir” (Cf. Eurostar)
    • 8h30/9h. Arrivée au bureau. Café avec vos collègues. “Melitta le secret d’un grand café” (Cf. Melitta)
    • 9h30. Vous êtes à votre bureau. “Simplifiez votre PC” (Cf. Windows)
    • 10h30/11h. Pause. “Le plaisir irrésistible” (Cf. Senso) / Si vous allez aux toilettes. “Le soin où vous ne l’attendez pas” (Cf. Le trèfle)
    • 11h15. Vous avez mal à la tête.
    • 12h30. Pause déjeuner. “Savoure l’instant” (Cf. Coca)
    • 14h. Maux d’estomac. “Vous allez sentir la différence (Cf. Gavisconell)
    • 15h30. Pause. “Haribo c’est beau la vie pour les grands et les petits”
    • 17h. Réunion. “Donnez des ailes à vos doigts” (Cf. Stabilo)
    • 19h. Sortie du bureau. “Venez vivre la magie” (Cf. Disneyland)
    • 20h. Apéro. “Open your wolrd” Heineken
    • 21h. Dîner/ rencontre. “Vous n’aimez pas vos imperfections ? Quelqu’un les aimera pour vous” (Cf. Meetic)

     

    Et cela est déclinable pour toutes les vies, tous les statuts. Rien n’échappe au regard publicitaire. Le moindre de vos désirs est dicté, souligné, pensé, conduit pour vous. Qu’est-ce que cela signifie ? Que nous n’avons plus de marge de manoeuvre ? que nos rêves sont finis ? Non. Il y a un mince espoir. Celui qui nous fait encore penser que “tout est possible” (là encore c’est un slogan).

    Nous devons regarder la situation en face, la nommer, la désigner pour comprendre que nous devons remettre de l’humain, là où les slogans uniformisent l’individu. Là où le marketing propose des slogans, nous devons repenser un supplément d’âme. Ce serait déjà déchirer le voile de l’illusion. Pas d’inquiétude derrière ce voile, il y a de belles choses et il y a surtout des choses à inventer.

    Comment en sommes-nous arrivés là ? C’est en effet la grande question. Il y a depuis le début du XX°siècle tout un travail qui consiste à établir la société de l’information. Au départ, la technologie était conçue comme un ensemble d’améliorations des conditions de vie. L’information était nécessaire pour faire du commerce, pour véhiculer des marchandises mais aussi des idées, des façons de voir, de se comporter, etc. L’esprit critique me direz-vous résiste à tout même au nucléaire… Mais une chose l’a mis en péril, cette chose s’appelle la psychologie des foules. Elle seule ne peut rien, elle est un constat, une observation nette du comportement des individus pris dans une foule. Au coeur d’une foule, ce n’est plus l’individu et ses raisons pour lesquelles il vient et nourrit de sa présence la foule. Non ce qui compte c’est le nombre, l’effet de masse. De l’observation de cet effet de masse, l’idée du progrès en a fait sa force. Pour créer une société de consommation compacte, il faut créer une ligne de masse. Cette ligne de masse a ses normes, ses formes, ses rêves, ses besoins. La société de consommation y répond, et la boucle est bouclée. Et c’est son rôle, car elle ne doit pas effrayer la masse, elle doit répondre à ses besoins (qui lui auront préalablement été suggérés).

     

    Cette société, nous la devons en partie à un homme : Edward Louis Bernays. Cet homme est le neveu d’Anna et de Sigmund Freud. A priori, il semble inoffensif quand on regarde les documentaires, on a l’impression d’un bon grand-père. Mais c’est aussi le père de la propagande. Son postulat est assez simple : il faut regarder le long terme. Dans ce futur Bernays souhaite fonder la démocratie (non sur le peuple) mais sur l’économie et le commerce dirigé par une élite. Selon lui, la masse est incapable de parvenir à un état de paix collective et de bonheur par elle-même. Cette masse a donc besoin d’une élite qui la contrôle et la dirige à son insu en ce qui concerne les décisions importantes.

     

    Donc que va-t-il faire ? C’est assez simple après avoir observer la méthode inventée par Ivy Ledbetter Lee qui peut être considéré comme le père des relations publiques. Mais revenons. Après la Première Guerre mondiale, la machine industrielle dont les capacités ont été démultipliées doit trouver des marchés afin de continuer à fonctionner (ce sera le même problème après la Seconde Guerre mondiale). Il faut donc créer des besoins car à l’époque le citoyen occidental de base consomme en fonction de besoins vitaux, et n’accorde que des exceptions à la frivolité. Il faut donc exacerber le désir de consommer et rendre les frivolité obligatoires, incontournables et intimement liées aux gains de liberté apportés par les progrès sociaux...

     

    Créer des besoins, faire rêver, cela a un doux nom aujourd’hui : le  marketing, mais c’est aussi et avant tout des Relations publiques. C’est ainsi que s’installe progressivement la société de contrôle. « Nous devons insuffler aux gens «une philosophie de la futilité» et nous assurer qu’ils sont intéressés exclusivement par les «choses superficielles de la vie, les effets de mode du consumérisme». Ils doivent satisfaire ce que l’on appelle les « besoins imaginaires » écrit Noam Chomsky

    Déjà Foucault, dans son ouvrage, Surveiller et punir, nous a montré le chemin. Nous sommes entrain de voir émerger une société de contrôle. Pas plus, pas moins. C’est un doux nom, un doux rêve de liberté, de rêves consommables.

     

    Installation de la société de contrôle

    Quand on attire l’attention sur la société de contrôle, on prend tout de suite peur. Cela provoque un arrêt de la pensée.

    Quand nous évoquons le “contrôle” de quoi parlons-nous ? Chez les philosophes comme Deleuze, Foulcault ou encore Antonio Negri, il s’agit de la société qui s’installe après celle disciplinaire. Cette expression naît chez l’écraivain William Burroughs.

    Une société de contrôle n’enlève ni le sentiment de croyances en des religions ou en la liberté. Il ne s’agit plus d’enfermer les individus ou groupes d’individus. En revanche, le contrôle des personnes s’effectue “par contrôle continu et communication instantanée”. Quand Deleuze écrit cela, il n’y a pas encore les réseaux sociaux, en revanche, il y a le début des grandes constructions des réseaux autoroutiers. Il note dans une conférence, que nous pouvons rester sur l’autoroute et faire le tour de la France, en ayant le sentiment de liberté, tout en étant parfaitement contrôlé (péage, stations essence, etc.). Aujourd’hui les points de contrôle, sont évidemment plus précis, plus présents, je devrais dire plus omniprésents (même si à nos yeux, ils semblent absents). Les cartes de fidélité sont un principe marketing très intéressant de ce point de vue. Comme le soulignent Michael Hardt et Antonio Negri « les mécanismes de maîtrise se font […] toujours plus immanents au champ social, diffusés dans le cerveau et le corps de citoyens ».

    C’est amusant la société dans laquelle nous vivons, partout nous avons des sentiments de liberté, des désirs d’achat, des réalisations donc immédiates et pourtant jamais nous n’avons autant été contrôlés. En technique marketing on parle de la main invisible, celle qui induit nos comportements d’achat, nos réactions émotionnelles face à une publicité, etc. Cela procède du contrôle selon Noam Chomsky qui écrit «garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux».

    La distraction est un principe ancestral du contrôle. Depuis l'époque romaine et le fameux “Panum, vinum et circenses” (du pain, du vin et des jeux), la distraction permet de contenir les velléités des masses. Donner du pain et des jeux permet de calmer la population. Son attention émotionnelle est détournée. Cette stratégie évite que nous allions chercher de l’information sur des sujets techniques (comme la cybernétique, le transhumanisme, les neurobiologies, les techniques de manipulation de l’ADN, les nouvelles armes, etc.). Il serait, en effet, fâcheux que nous ayons des idées plus intéressantes à soumettre que celles proposées par nos gouvernants.

    Mais cette technique, note Noam Chomsky, va de paire avec celle qui consiste à parler à la population comme à des enfants. Sur ce point je vous laisse reprendre le fil d’un journée en slogans publicitaires ou sinon je vous renvoie à la publicité de la marque Herta pour son produit far “les knacki” où l’on voit cette toute jeune fille dire face caméra comme si elle s’adressait à nous “mais t’avais dit qu’on ferait des knacki”... Comme le note Chomsky « si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celle d’une personne de 12 ans ».

    Ceci est un principe évident si vous voulez séduire le grand public, il faut s’adresser à l’enfant qui sommeille en lui. La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-âge. Bref, en encourageant l’infantilisation, en développant la médiocrité, on détourne l’attention de la population qui ne se sent dès lors plus contrôlée. Il faudrait réaliser un article entier sur la médiocrité afin de montrer comment les médiocres ont pris le pouvoir, ou plus exactement comment à force de privilégier ce qui est moyen on créé une société qui ne peut pas fonctionner. Par encourager la médiocratie, je rappelle juste le principe de toutes les télé-réalités conçues pour distraire, et placer des produits, évidemment nous pourrions ajouter les émissions dites culturelles qui ne sont qu’un déversoir de conneries (pardon d’informations) gluantes. Ici je vous renvoie juste au livre de Alain Deneault, La Médiocratie.

     

    De la société de contrôle à la fin des états

    Si je reprends ma question initiale “à quoi assistons-nous ?” Si nous suivons ce fil, alors nous arrivons à la pure et simple disparition des états au profit des grandes sociétés de contrôle. Le procédé est assez simple et parfaitement indolore.

    Si nous prenons l’aspect financier c’est un peu moins indolore mais notez comme les états ont du mal à demander à Google, à Facebook ou Amazon de payer leurs impôts société localement…

    En revanche d’un point de vue de l’utilisateur c’est totalement “cool”. Tous ces services proposés, c’est presque illimité. Nous pouvons, à loisir, chatter, se filmer, se photographier, s’envoyer des Snap, des SMS, des e-messages, des e-tag, etc. Notre temps se disloque et comme je l’ai déjà évoqué : effacer le temps et son impact sur nos vies, telle est l’objectif le plus important du GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) - pour ne parler que d’eux.

    Au début de sa création, Google faisait sa promotion en affirmant qu’il fallait moins d’une seconde pour trouver par son intermédiaire la réponse. Si nous annulons le paramètre temps dans nos vies, alors nous sommes captifs d’un présent, si ce n’est éternel, continu.

    Impossible de sortir de cette continuité. Impossible de se projeter hors de cet espace sans bornes. Impossible de se dessiner un avenir, ou d’éprouver le besoin d’un savoir qui nous permettra de nous adapter à telle ou telle situation. Nous restons là, le regard capté par nos ordinateurs, l’esprit préoccupé par ce que nous croyons voir. Noam Chomsky parlerait ici de distraction. Pendant que nous sommes distraits par tout ce que font nos semblables, nous ne regardons pas autour de nous.

    Le temps continu est une de leur clef marketing essentielle. Faecbook, Google, Amazon, Appel en déduisent de nouveaux objets, de nouveaux outils à créer. Surtout effaçons le temps, effaçons notre vieillesse et développons la vie éternelle. Elle restera évidemment à plusieurs vitesses… Remarquez comme dans les publicités d’Apple nous sommes toujours jeunes et beaux, le temps semble suspendu. La vie devient un Art. Apple fait du monde un espace de beauté. Google pendant ce temps invente l’humain de demain en jouant sur les données génétiques qu’il récolte par sa société 23andme. Facebook est la plus grande base de données de contrôle. Facebook par nos postes réguliers, par les photographies mises est devenu le plus grand fichier de reconnaissances faciales au monde. Parfait pour la société sécuritaire que son patron souhaite mettre en place. Regardez son projet Zee town. Dans cette société pas de place aux personnes lambda. En d’autres termes, c’est aussi l’une des plus grande base de données d’exclusion au monde.

    Au quotidien, nous appliquons un principe aussi vieux que l’humanité : nous jouons avec nos outils. Nous essayons des choses, nous en transformons les usages. Cependant, pendant que nous jouons avec nos outils (que nous avons achetés), un monde se dessine. Un monde dans lequel les citoyens qu’ils soient européens ou d’ailleurs sont des usagers. En tant que tels, ils sont déchus de leurs droits. Un usager n’est pas un citoyen, c’est une quantité de données qu’il faut surveiller, entretenir dans un écho système particulier. Cet entretien de boucles de récurrence avait déjà été appréhendé par Héraclite d’Ephèse. Il avait déjà, dans sa théorie des “exhalaisons” compris les processus circulaires qui s’engendrent de manière régulée et infinie. Près de 2000 ans plus tard, Norbert Wiener a proposé la cybernétique pour piloter et gouverner les esprits. Au départ, il présentait ses recherches comme le fondement d’un « champ complet de la communication dans la machine et l’animal ». L’idée promue consistait en la construction d’une science générale du fonctionnement de l’esprit. Ainsi ont pu naître les neurosciences, comme prolongement de cette volonté de prédictibilité et de contrôle du comportement humain. En d’autres termes, demandez-vous toujours “à quoi assistons-nous ?” Quand un nouveau téléphone sort, quand un écran se réduit, quand il commence à se tordre… Regardez l’avenir et voyez comme les objets dits “smart” vont s’intégrer de plus en plus dans ce qui se nomme encore un corps. Notre corps est le lieu de toutes les expérimentations, de tous les contrôles. Doucement les états cèdent, et nous ? Que faisons-nous ? Il nous reste à rêver pour engendrer un autre monde, pour anticiper et déjouer les nouvelles avancées technologiques. Celles qui feront de votre corps une machine qui se prolongera à l’infini dans une nouvelle matière quantique. Accrochons-nous à nos rêves et mettons-y des étoiles.

    Comme le dit Paul Eluard “un rêve sans étoile, est un rêve oublié”... Evitons de nous oublier nous-mêmes. Reprenons nos droits de citoyens !   

     

    Article initialement publié dans L'impératif n°2 - Jacques Flament Éditions en 2016

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