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  • NFT : mirage spéculatif ou révolution des usages ?

    Pascal Ordonneau, NFT, Non Fungible Tokens, data, internet, numérique, virtuel, philosophie, économie,  financeÀ propos de l’ouvrage de Pascal Ordonneau, Les Non Fungible Tokens en 20 questions.

    Le monde numérique est un terrain fertile pour les espoirs de transformation… et les mirages financiers. L’essor des NFT (Non Fungible Tokens) en est une illustration frappante. Ces actifs numériques, propulsés par la blockchain, ont d’abord fait l’objet d’une euphorie aveugle, attirant collectionneurs, artistes et spéculateurs dans une course effrénée aux profits rapides. Puis, la bulle a éclaté. Le vent de la spéculation s’est retiré, révélant une réalité plus nuancée : que reste-t-il de cette technologie après l’effondrement des prix ?

    Dans Les Non Fungible Tokens en 20 questions, Pascal Ordonneau propose une lecture claire et accessible de cette innovation, au-delà des clichés. À la croisée de l’analyse économique et de la prospective technologique, il interroge ce que pourraient devenir les NFT une fois débarrassés de la « greed » (avidité) qui a caractérisé leur âge d’or.

    Un livre pour comprendre, au-delà des bulles financières

    Dès les premiers chapitres, Pascal Ordonneau dresse un constat sans complaisance : le marché des NFT a été le théâtre d’une frénésie similaire à celle des crypto-monnaies, où les prix ont atteint des sommets absurdes avant de s’effondrer, laissant derrière eux quelques faillites retentissantes. Il cite à juste titre Warren Buffet : « C'est quand la mer se retire qu'on voit ceux qui se baignent nus ».

    Mais là où d’autres s’arrêtent à la critique d’une économie du vide, l’auteur va plus loin en explorant les usages concrets qui survivent à la spéculation. NFT et art, NFT et immobilier, NFT et sport, NFT et publicité : autant de champs où cette technologie pourrait, potentiellement, apporter une réelle valeur ajoutée. Son approche est méthodique et structurée, chaque chapitre décortiquant un secteur spécifique pour en évaluer les promesses et les limites.

    Pascal Ordonneau ne prétend pas que les NFT vont révolutionner le monde, mais il montre qu’ils ne sont pas qu’un gadget financier. Ils offrent des possibilités inédites de traçabilité, de certification et de monétisation dans un monde de plus en plus numérisé. Et surtout, ils posent des questions fondamentales sur la place de la propriété et de la rareté dans l’univers digital.

    Une société construite sur les NFT : utopie ou dystopie ?

    Si les NFT permettent de garantir l’unicité et l’authenticité des objets numériques, faut-il pour autant structurer une société entière sur ce modèle ? L’auteur, bien que favorable à l’exploration des nouvelles technologies, laisse entrevoir le risque d’un monde où tout deviendrait un actif échangeable sur un marché, du moindre contenu numérique à l’identité elle-même.

    Imaginons une société où chaque interaction, chaque création, chaque expression artistique ne serait plus qu’un produit monnayable sous forme de NFT. La promesse initiale d’une décentralisation et d’une meilleure rétribution des créateurs pourrait alors se muer en une privatisation intégrale des espaces numériques. Le Web3 tant vanté deviendrait-il une dystopie ultra-capitaliste où tout aurait un prix, y compris nos interactions les plus anodines ?

    À travers cette question, Les Non Fungible Tokens en 20 questions invite à une réflexion critique sur le futur que nous voulons construire. Devons-nous laisser le numérique s’organiser autour d’une logique de rareté artificielle et de spéculation ? Ou pouvons-nous imaginer des usages des NFT qui servent réellement le bien commun, sans recréer les travers du monde financier traditionnel dans l’univers digital ?

    Une invitation à penser le numérique autrement

    En offrant une analyse équilibrée et pédagogique, Pascal Ordonneau réussit à dépasser le battage médiatique autour des NFT pour en exposer les véritables enjeux. Son ouvrage ne se contente pas de raconter l’histoire d’un emballement financier : il dresse une cartographie des opportunités et des menaces que cette technologie porte en germe.

    Finalement, la question centrale n’est pas tant « Les NFT sont-ils bons ou mauvais ? », mais plutôt « Quel usage voulons-nous en faire ? ». Si le livre ne donne pas de réponse définitive, il fournit les clés pour que chacun puisse se positionner en connaissance de cause.

    Le monde numérique n’a pas fini de se transformer, et Les Non Fungible Tokens en 20 questions nous rappelle que, derrière chaque innovation, il y a une responsabilité collective : celle de décider si nous voulons construire un écosystème ouvert et inclusif, ou un monde où tout se vend et s’achète.

    Alors, après la tempête spéculative, que retiendrons-nous des NFT ? L’espoir d’un usage éclairé, ou simplement la nostalgie d’un mirage volatil ?

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  • Anamnèse ou l’art de raviver la mémoire

    Anamnèse, Perpignan, exposition, Art, sculpture, peinture, galerie de la main de fer, Paix, guerre, corps, mémoire, souvenir, gravureAnamnèse. Du grec ancien anámnêsis, ce terme désigne le retour à la mémoire du passé vécu. Il n’est pas une simple remémoration, mais une résurgence, une convocation du souvenir dans toute sa densité sensorielle et émotionnelle. C’est un processus qui, bien plus qu’un acte intellectuel, engage le corps, la chair, l’histoire et parfois même le trauma. En médecine, l’anamnèse permet de reconstituer le parcours du patient à partir de ses souvenirs, de ses douleurs et de ses silences. En philosophie, Platon l’évoque comme une réminiscence, un éveil de la vérité enfouie en nous. Mais qu’en est-il lorsque l’anamnèse devient un geste artistique, une tentative de rendre visibles les traces invisibles du passé ?

    Aristote, dans sa Métaphysique, distingue mémoire et anamnèse en soulignant que cette dernière est une démarche active : « La mémoire appartient à ceux qui perçoivent, mais l’anamnèse est propre à ceux qui raisonnent. »

    L’anamnèse ne se limite donc pas à un simple ressouvenir passif ; elle est une reconstruction, une quête de sens qui exige un effort de réinterprétation. C’est précisément ce que propose l’exposition Anamnèse à la Galerie La Main de Fer, en ranimant les vestiges d’une mémoire collective marquée par la Grande Guerre. À travers les œuvres d’Alain Fabreal, d’Émilie Dumas et de Thomas Waroquier, les spectres du passé émergent dans la matière picturale et sculpturale, questionnant notre rapport au souvenir, à l’oubli et à la représentation de l’horreur.

     

    Anamnèse, Perpignan, exposition, Art, sculpture, peinture, galerie de la main de fer, Paix, guerre, corps, mémoire, souvenir, gravureMémoire en ruines : la guerre et ses visages

    Il y a des événements dont la mémoire ne peut s’effacer sans trahir les souffrances qui les ont façonnés. La Première Guerre mondiale fut une apocalypse industrielle, une déflagration qui broya dix millions de vies et marqua à jamais l’identité de ceux qui en revinrent, physiquement mutilés ou psychiquement éteints. Comment alors témoigner de cette histoire autrement que par les chiffres ? Comment restituer, sans fétichisation ni banalisation, l’épreuve de ces soldats dont le corps et l’âme ont été marqués au fer rouge par la guerre ?

    Dans cette exposition, l’anamnèse prend la forme d’un face-à-face bouleversant avec les vestiges de cette mémoire blessée. Les gueules cassées de Fabreal, peintre officiel de l’Armée de Terre, nous plongent dans le regard d’hommes qui ne se reconnaissent plus eux-mêmes. Leurs visages, travaillés comme des paysages de guerre, sont traversés par des failles, des béances, des cicatrices qui disent la destruction et l’incommensurable effort de survie. « Je reprends l’idée du portrait, confie l’artiste, mais il faut témoigner de l’horreur avec objectivité. » Témoigner, donc. Non pas seulement montrer, mais raconter par la texture, par la lumière, par l’absence de complaisance.

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    L’esthétique du souvenir : entre figuration et réinvention

    Loin d’un devoir de mémoire figé, cette exposition interroge le sens même de la représentation historique. L’œuvre d’Émilie Dumas s’ancre dans une anamnèse photographique : en retrouvant et en réinterprétant les clichés du soldat-photographe Pierre Meunié, elle redonne vie aux moments suspendus de la guerre, où les combattants, dans une étrange accalmie, posent face à l’objectif. « La peinture agit comme un bain révélateur », explique-t-elle. Elle ne copie pas, elle ressuscite.

    Quant à Thomas Waroquier, il prolonge cette réflexion en sculptant la trace du trauma dans la matière. Ses visages mutilés, figés dans le bronze ou le métal, évoquent moins la destruction que la survivance. Par la puissance évocatrice des cicatrices qu’il travaille, il sublime ces gueules cassées en témoins d’une humanité fracassée mais encore debout.

    Anamnèse et présent : une mémoire en tension

    L’exposition ne se contente pas d’un regard rétrospectif. À travers l’anamnèse, elle interroge notre propre rapport au passé et à la manière dont l’art peut nous confronter à des réalités que l’ère contemporaine tend à anesthésier. Nous sommes saturés d’images de conflits, de corps martyrisés projetés sur nos écrans avec une indifférence grandissante. Cette banalisation, qui fait de l’horreur une matière consommable, s’oppose à la démarche des artistes de Anamnèse, qui cherchent à redonner aux images une puissance évocatrice, à restituer à la mémoire sa charge sensible.

    Dans ce contexte, l’anamnèse devient un acte de résistance. Résister à l’oubli, à l’uniformisation du souvenir, à l’édulcoration de la douleur historique. Loin d’un simple hommage, cette exposition est une invitation à repenser notre rapport aux traces du passé et à ce que nous en faisons aujourd’hui.

    Anamnèse n’est pas seulement une exposition commémorative ; c’est une épreuve du regard, une confrontation avec notre propre capacité – ou incapacité – à nous souvenir. Car la mémoire n’est pas un musée figé : elle est une force vivante qui, lorsqu’elle se fait art, peut encore transformer notre rapport au monde. Mais à quoi sert-il de se souvenir si ce n’est pour agir ?

    Aujourd’hui, alors que la France prône le réarmement et que les discours belliqueux prennent à nouveau le pas sur l’impératif de paix, cette exposition nous rappelle une évidence : chaque guerre est une faillite de l’humanité. Se souvenir, ce n’est pas simplement commémorer les morts d’hier, c’est refuser que d’autres subissent les mêmes atrocités demain.

    À travers ces visages mutilés, ces corps brisés, ces regards éteints, Anamnèse nous renvoie un message clair : la guerre n’est ni une aventure héroïque ni un destin inévitable. Elle est un gouffre qui dévore les individus et les nations, une machine implacable qui ne laisse derrière elle que cendres et ruines. Comme l’écrivait Kant dans son Projet de paix perpétuelle : « La paix ne saurait être instaurée ni garantie sans un contrat des peuples entre eux. Ce n’est pas une simple trêve, mais un état où l’hostilité disparaît. »

    Alors que l’on exhorte les peuples à se préparer aux conflits futurs, souvenons-nous que la seule victoire véritable est celle de la paix. Défendre la mémoire, c’est aussi refuser la fatalité de la guerre et œuvrer, avec force et lucidité, à préserver ce bien fragile et essentiel qu’est la paix.

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  • Dialogue Chine-France n°22 : une exploration de la gouvernance climatique et des échanges culturels

    Le numéro 22 de la revue Dialogue Chine-France (octobre-décembre 2024) s'inscrit Dialogue Chine-France n°22, climat, gouvernance, Europe, Chine, France, USA, avenirdans une double dynamique : la gouvernance climatique mondiale et le dialogue interculturel sino-français. Éditée par La Route de la Soie - Éditions, en partenariat avec La Chine au présent, cette édition met en avant les enjeux environnementaux contemporains, les initiatives chinoises et les relations sino-françaises, tout en ouvrant une fenêtre sur l’art, l’histoire et les tendances sociétales.

    Gouvernance climatique : la Chine en première ligne

    L’un des fils conducteurs de ce numéro est la place centrale de la Chine dans la lutte contre le changement climatique. Plusieurs articles analysent la stratégie chinoise pour une transition verte, détaillant comment le pays devient un leader en matière d’énergies renouvelables. Le rapport met en lumière :

    • L'investissement massif de la Chine dans les technologies propres, avec des dépenses qui représentent près de 70% des investissements mondiaux dans le photovoltaïque, l’éolien et les véhicules électriques.
    • Le rôle de la Chine dans la coopération Sud-Sud, illustré par son soutien aux pays en développement en matière d’énergie propre.
    • Les tensions commerciales avec les États-Unis et l’Europe autour des industries vertes, qui soulèvent la question de la coopération ou de la rivalité sur les technologies durables.

    Chine, Europe et États-Unis : vers une coopération ou une compétition ?

    Un autre axe important du dossier met en exergue la complémentarité possible entre la Chine, les États-Unis et l’Europe dans la gouvernance climatique. Alors que l’Union européenne renforce son Green Deal, la Chine, avec sa capacité de production d’énergie renouvelable, pourrait être un partenaire incontournable plutôt qu’un concurrent. Mais les obstacles sont nombreux :

    • Le protectionnisme européen face aux importations chinoises de véhicules électriques.
    • La montée des tensions commerciales avec l’élection de Donald Trump, qui pourrait fragiliser la coopération internationale.
    • La nécessité de renforcer les mécanismes de marché du carbone pour éviter une course au dumping écologique.

    Culture et échanges sino-français : le thé, l’opéra et l’art

    Le thé de Ya’an : une culture millénaire au cœur du dialogue des civilisations

    Un article de fond est consacré au thé de Ya’an, une région considérée comme le berceau du thé chinois. L’histoire de cette culture s’intègre dans un dialogue plus large entre la Chine et le monde, où le thé devient un vecteur de diplomatie culturelle.

    Les arts en miroir : du Barbizon français à l’art populaire chinois

    Une autre section met en avant les échanges artistiques entre la Chine et la France, notamment à travers l’influence de l’école de Barbizon sur la peinture chinoise de Lishui. L’article explore comment la rencontre entre les peintres français et chinois a nourri un style artistique hybride, mêlant l’héritage du réalisme européen et la sensibilité chinoise aux paysages.

    Un hommage à la littérature chinoise : Métamorphose(s) de Zhao Lihong

    Ce numéro met également en avant la publication de Métamorphose(s), un recueil du poète chinois Zhao Lihong, traduit et édité par La Route de la Soie - Éditions. L’œuvre, à travers une exploration poétique des transformations humaines, illustre la volonté de renforcer les échanges littéraires sino-français.

    Diplomatie et relations internationales : entre tensions et coopération

    La réouverture de Notre-Dame de Paris et l’hommage de la Chine

    L’édition revient aussi sur la réouverture de Notre-Dame de Paris, un événement internationalement suivi, mettant en avant la coopération entre la France et la Chine dans la préservation du patrimoine.

    Une guerre commerciale qui pénalise tous les camps

    L’une des analyses les plus percutantes concerne les tensions commerciales sino-américaines, qui pourraient s’intensifier avec l’élection de Donald Trump. L’article souligne les impacts négatifs pour l’économie mondiale et les dangers du protectionnisme croissant.

     

    Un numéro dense et engagé

    Le numéro 22 de Dialogue Chine-France reflète l’engagement croissant de la Chine dans la gouvernance climatiqueet met en lumière la richesse des échanges culturels sino-français. Entre enjeux environnementaux, dialogue interculturel et tensions économiques, cette édition offre un regard approfondi sur les dynamiques contemporaines sino-européennes.

    Ce numéro montre que la coopération sino-française peut être un modèle de collaboration internationale, notamment dans les domaines de l’art, de l’énergie et de la diplomatie culturelle. Une lecture essentielle pour comprendre les nouvelles lignes de force du monde contemporain.

  • Repenser le citoyen face au capitalisme néolibéral

    SONIA BRESSLER, Philosophie, Citoyen, Individu, Politique, démocratie, Géopolitique, récit, langage, art, Fatiguée, je suis... Fatiguée de voir que mes étudiants ne rêvent que d'argent, sans même considérer que leur vie est bien plus importante que cet "argent"... Il est grand temps de montrer que la fin de l'histoire de Francis Fukuyama n'existe pas.. C'est juste un impératif lié à une envie de ne pas penser plus loin que le bout de son nez. Il est temps de se réveiller... Et je prends la plume ce matin pour lancer une étincelle, aussi minime soit-elle. 

    Dans l’histoire des idées, le concept de citoyenneté a souvent incarné la promesse d’une communauté politique où chacun peut participer à l’élaboration du bien commun. Pourtant, dans le capitalisme néolibéral qui domine depuis la fin du XXe siècle, cette vision s’est dissoute, laissant place à une figure plus inquiétante : celle de l’individu atomisé, dépossédé de sa subjectivité et réduit à un simple rouage dans la machine économique. Ce phénomène, qualifié par Gilles Lipovetsky comme l’ère du vide, signale une crise profonde de la société contemporaine. 

    La dépolitisation de l’individu dans le néolibéralisme

    Le capitalisme néolibéral, tel qu’il a émergé dans les années 1980 avec des figures comme Margaret Thatcher et Ronald Reagan, a bouleversé le rapport de l’individu à la société. Margaret Thatcher déclarait d’ailleurs en 1987 : « Il n’y a pas de société, seulement des individus. » Cette phrase emblématique traduit l’essence du néolibéralisme : réduire l’humain à un consommateur et à un gestionnaire de soi-même, au détriment de son rôle de citoyen engagé.

    Le philosophe Cornelius Castoriadis évoque cette alénation en ces termes : « La société capitaliste moderne produit des individus qui, tout en étant consommateurs, sont en réalité des êtres mutilés, incapables de s’interroger sur le sens de leur vie et de leurs actions. » Loin de favoriser la liberté et l’émancipation, le néolibéralisme a engendré une société de servitude volontaire, où l’individu est sommé de maximiser son utilité personnelle sans jamais questionner les fondements mêmes du système.

    L’érosion de la subjectivité et de la pensée critique

    La disparition du citoyen dans la sphère publique ne signifie pas seulement une perte d’engagement politique, mais une atteinte à la capacité de penser et de décider collectivement. Des penseurs comme Hannah Arendt ont mis en garde contre cette dynamique. Dans La Condition de l’homme moderne, Arendt observe que l’être humain, en se retirant dans la sphère privée et en se confinant à une logique de travail et de consommation, abandonne sa capacité d’action politique, c’est-à-dire son aptitude à initier quelque chose de nouveau dans le monde.

    L’individu atomisé du néolibéralisme, bercé par le culte de l’efficacité et l’omniprésence des technologies numériques, perd non seulement sa liberté intérieure, mais également sa relation aux autres. Cette rupture collective entraîne ce que le sociologue Alain Ehrenberg a nommé la fatigue d’être soi : un épuisement dû à l’injonction permanente de performance et d’auto-optimisation.

    Un système qui engendre le vide

    Lipovetsky, dans L’Ère du vide, décrit une époque marquée par le désinvestissement collectif et la montée d’un individualisme passif. Loin de l’individu souverain des Lumières, le sujet néolibéral se replie sur ses désirs de consommation et ses angoisses personnelles, abandonnant toute ambition de transformation sociale. Cette société, où le vide existentiel remplace le projet politique, est celle où les questions fondamentales — la justice, l’égalité, l’environnement — sont étouffées par le bruit des logiques de marché.

    Sortir du néolibéralisme : vers une renaissance citoyenne

    Face à ce constat, il est urgent d’inventer une nouvelle ère. Une société où le citoyen, non plus l’individu atomisé, retrouverait sa centralité. Cela nécessite de rompre avec les mécanismes aliénants du capitalisme néolibéral, mais aussi de redéfinir notre rapport à la communauté, à la nature et au sens.

    Une source d’inspiration peut être trouvée dans les pensées de grands réformateurs. Ivan Illich, dans La Convivialité, plaide pour un monde où l’humain ne serait plus l’esclave des outils, mais en reprendrait le contrôle dans une logique de partage et de coopération. De même, les écrits de Naomi Klein insistent sur l’urgence de transformer les systèmes économiques pour mettre fin à l’exploitation des ressources humaines et naturelles.

    Inventer une nouvelle ère : au-delà de l’ère du vide

    Si nous voulons sortir de ce schéma, nous devons imaginer un modèle économique et social fondé sur la coopération, la justice et l’écologie. Cela implique de remettre en question les mythes du néolibéralisme : la croissance infinie, l’efficacité à tout prix, et l’individualisme comme valeur suprême. Il ne s’agit pas d’un retour au passé, mais d’une réinvention : bâtir une société où l’être humain reprend son rôle de citoyen actif, créatif et solidaire.

    Comme le disait déjà Gramsci : « Le vieux monde se meurt, le nouveau tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres. » Nous sommes dans cette période de clair-obscur. À nous, citoyens du XXIe siècle, de faire en sorte que le nouveau monde émerge, et qu’il soit fondé sur des valeurs qui réparent notre humanité plutôt que de l’éroder.

    En janvier 2025, il est temps de dépasser l’ère du vide. Il est temps de reprendre la parole, d’agir ensemble, et d’affirmer que nous sommes plus que des consommateurs ou des individus atomisés : nous sommes des citoyens, et nous avons un monde à réinventer.