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Chine

  • Les nouvelles Routes de la Soie

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    Aujourd'hui s'est déroulée une journée consacrée aux Nouvelles Routes de la Soie. Ce forum co-organisé par l'IRIS et l'Ambassade de Chine a permis de croiser les regards. 

     

    Les nouvelles Routes de la Soie - une définition

    Comment parler simplement de ce projet qui en fait nous dépasse tous ? La Route de la Soie transcende le passé, le présent et le futur. Elle replace les mythes du passé, dénoue l'avenir et propose de nouveaux enjeux. Déjà posons les bases, en nous demandant "de quoi parlons-nous ?" 

    La nouvelle route de la soie ou la Ceinture et la Route, 一带一路,  (appelée aussi OBOR - One Belt, One Road) est une liaison ferroviaire entre la Chine et l'Europe passant par le Kazakhstan, la Russie, la Biélorussie, la Pologne, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Est-ce seulement cela qui est enjeu ? Nous parlons du train, mais il existe trois "routes" : ferroviaire, maritime (de la Chine à l'Italie, en passant par le continent africain) et terrestre (immense réseau autoroutier qui nous permettrait de relier Paris à Pékin en voiture).  

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    carte (issue du Figaro) pour la dimension sino-européenne. 

     

     

    Les nouvelles Routes de la Soie - une philosophie 

    Tous les intervenants l'ont souligné, ce projet repose avant tout sur une philosophie dont les piliers sont : la coopération, la compréhension mutuelle et l'amitié. 

    Ici résonne l'utopie oubliée par notre vieille Europe. L'Amitié vertueuse développée par Aristote nous semble si loin que la plupart des européens bloquent sur cette idée "de renforcement de l'amitié des peuples". Nos schémas mentaux, seraient-ils les principaux blocages envers Les Nouvelles Routes de la Soie ?

    Sans aucun doute, comme je le soulignais dans un article intitulé La Route de la Soie réveille les craintes occidentales. Nous sommes un continent qui a connu les guerres, les pacifications et les traités... Il est intéressant de se réveiller et de voir que notre notion de "paix" n'est sans doute pas la meilleure... Savez-vous qu'en mandarin, la paix s'écrit à l'aide d'idéogrammes dont l'un signifie bouche et l'autre qui signifie blé. En d'autres termes afin qu'il y ait la paix, il faut que tout le monde puisse se nourrir...

    Ici, nous devons nous rendre compte de la puissance de la philosophie chinoise. Elle s'inscrit au fil des siècles et des millénaires sur ce principe même de partage. Pendant ce temps, l'Europe a inventé le rationalisme (et l'enfermement qui va avec). 

    Construire une telle route, quelle soit terrestre ou maritime, c’est engager différents pays, différentes cultures. C’est avancer sans détruire ce qui est existant, c’est lui donner la possibilité d’être vu par de nouveaux yeux (d'où l'importance des conservations des patrimoines locaux et les engagements du gouvernement chinois à ce sujet). 

    Une route est un lien, un tracé, un trajet. Mais c’est aussi un lieu d’arrêt, de contemplations et de partages. Pour que les échanges soient réussis, il faut certes développer la coopération amicale, la communication mais également le dialogue « gagnant-gagnant ». Seul l’établissement d’un tel dialogue permettra l’épanouissement d’une Eurasie pacifique. La Chine nous propose une philosophie du voyage, de la rencontre, de l'échange. Ici vibre, palpite le principe d’harmonie. Ce principe est le cœur de l’humanisme. L’harmonie est un équilibre, une justesse des choses. Pour rendre cela possible, la clef de la compréhension mutuelle : l'éducation. 

     

    Les nouvelles Routes de la Soie - l'éducation avant tout

    Comme l'a très bien démontré le professeur Yang Jin (Ministre Conseiller pour l'Education auprès de l'Ambassade de Chine) au cours de son intervention, le coeur de la route de la Soie, c'est l'accès à l'éducation. Et c'est une évidence, à l'heure où en Europe nous misons sur autre chose, où nous n'arrivons pas à penser l'éducation comme coeur d'un système stable, ce projet des nouvelles routes, nous rappelle l'essentiel "la perfectibilité de l'humain" par l'apprentissage. 

    Les Nouvelles Routes de la Soie font reposer l'éducation sur cinq points essentiels : 

    1. Formation des professionnels et promouvoir les séjours d'études à l'étranger
    2. Partenariat scolaire et reconnaissance mutuelle des diplômes
    3. Favoriser les échanges culturels et les création des mécanismes de dialogue
    4. Promouvoir l'apprentissage des langues, renforcer l'amitié des peuples
    5. Faire intervenir les autorités locales, mettre en valeur leurs points forts

     

    Les nouvelles Routes de la Soie - une nouvelle forme d'économie  

     Notre économie s'est développée autour de la consommation, du libéralisme débridé, sans lien avec l'humanité. La Route de la Soie nous replonge dans l'humanité. Les économistes ici vont hurler à l'utopie (pour mes propos) et à la guerre économique menée par la Chine. De mon côté, j'appelle à une meilleure compréhension mutuelle, afin de laisser tomber nos habitudes mentales. Et si on inventait une nouvelle économie fondée sur le socialisme à la chinoise ? Un libéralisme mesuré, encadré ? C'est cela la logique du "gagnant-gagnant". C'était le sens des interventions de KUANG Lecheng (Vice-président de la China Economic Information Agency) qui appelle à la création de plateforme d'aide aux entreprises européennes qui souhaiteraient comprendre ces nouveaux marchés qui s'ouvrent devant leurs yeux.

     

    Les Nouvelles Routes de la Soie - un nouveau système de pensée(s) & de développement(s)

    Comment conclure cette journée ? Évidemment je repense à tous ces paysages traversés, à tous ceux que je souhaite encore découvrir et partager aux lecteurs, aux amateurs de photos et de vidéos authentiques... Car la Route de la Soie c'est aussi cela, la traversée de milliers de kilomètres pour découvrir et rencontrer l'autre. 

    Cependant pour conclure, je préfère revenir sur les propos de Xi Jinping. Ils sont souvent mal connus, mal interprétés (je vous renvoie ici vers mon article sur le sens de l'avenir)

    Dans son livre blanc, Xi Jinping explique qu'il souhaite affirmer "le socialisme à la chinoise". Ce socialisme repose, en fait, les points suivants :

    • l’indépendance : la Chine reste non alignée
    • le multipolarisme : aucun pays ne domine
    • le double système : « un pays deux système » (comme avec Hong Kong)
    • le développement pacifique : il ne s’agit pas de créer une hégémonie nouvelle, il s’agit de collaborer ensemble avec les pays pour dessiner un bel avenir ensemble.
    • la coopération est internationale, les affaires sont multilatérales.

    Et cette philosophie participative, collaborative que la Chine entend mettre en place afin de bâtir les Nouvelles Routes de la Soie en Europe. Elle le fera dans un souci d'humanisme, de fraternité et de pacification. 

    Nos modèles se bouleversent, se renversent.  Les Routes de la Soie avancent avec un objectif collectif, loin de nos habitudes individualistes (perdues dans l’instatanéité répétée). Un projet qui offre aux futures générations un horizon stable et équilibré.

  • Et si on changeait notre regard sur la Chine ?

    Vous le savez j'ai écrit, j'écris des articles sur la Chine. Je lis aussi beaucoup sur cet immense pays, son histoire, sa culture, ses traditions, ses perspectives. J'ai même récemment démontré que les médias français orientaient négativement notre vision de cet immense pays (voir ici mon article "le Sens de l'Avenir"). Alors que se passe-t-il quand nous parlons de la Chine ? Est-ce si difficile de considérer que notre système de valeurs est défaillant ? 

    D'où vient le rejet de la pensée chinoise ?

    Il nous faut revenir à l'épistémologie, à un fil historique qui mêle désir de conquête, volonté hégémonique et politique.  N'oublions pas l'importance de la religion en occident. Car comment se véhicule une pensée si ce n'est au travers des personnes ? Il s'agissait de commerçants, d'aventuriers, de mendiants mais aussi et surtout de religieux. C'est ce que je soulignais déjà dans l'article "la culture en avance sur la diplomatie"

    La rencontre de la pensée française avec celle de Confucius n'échappe pas à ce principe. La rencontre fut sans doute violente entre les missionnaires chrétiens (surtout jésuites) et la pensée de Confucius. Une pensée centrée sur la connaissance de l'individu, sur ses liens à son environnement. Une absence de racines, une compréhension de l'univers sans lien avec le sacré ou une force unique. Afin de comprendre la pensée chinoise, il a fallu la traduire. Et cette traduction devait impérativement convenir aux codes religieux en vogue en Europe. Or comment faire entrer ce corpus dans les concepts européens ? Confucius est ainsi devenu rationaliste et même agnostique. Mais une chose demeure inchangée : la quête du perfectionnement de soi.

    Cette quête du perfectionnement ou de la nécessité de comprendre l'individu avant de fonder une société, se retrouve dans la philosophie anglaise chez John Locke ou chez Hume. Tous leurs écrits partent de l’individu pour en revenir à une construction sociale. Sans comprendre l’humain, toute société est impossible. En d’autres termes, ce changement de repère est bien de source chinoise. Un schisme naît entre ceux qui vont résister à cette prise en considération de l’humain en quête de lui-même dans le monde et l’univers et ceux qui vont ouvrir une brèche considérable dans la pensée philosophique. Je pense ici à Hegel qui va faire naître la phénoménologie. L’humain est dans le monde, et il incarne à la fois l’histoire individuelle mais aussi collective. L’univers le traverse, le transperce, il est un tout et en même temps une articulation d’un tout.   

    Quand on plonge dans les relations entre la France et la Chine, il faut donc remonter à cette rencontre primordiale : l’introduction des textes en France par le biais des prêtres Jésuites. Et si nous poursuivons sur ce fil, alors nous devons évoquer Voltaire. Ce dernier remarque le contraste entre l’édit de tolérance promulgué en 1692 par Kang Xi (qui autorise le déploiement du christianisme en Chine) et la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV en 1685. En d’autres termes, Voltaire souligne la différence entre la Chine qui semble s’ouvrir, accepter l’autre dans ses différences et la France avec son arbitraire royal. Il dénonce ainsi les guerres civiles et religieuses qui sévissent en Europe. Dans le même temps, il érige en France Confucius comme un idéal. 
    Il faudrait s’attarder des années sur cette jonction philosophico-religieuse et les représentations culturelles qui s’en suivirent. Il me faudrait ici citer Leibniz qui fonde l’espoir d’une unification religieuse de l’humanité toute entière, dont l’Empire sino-mandchou est un élément essentiel. Il pose cela au nom de l’universalité de la raison.

    Mais avançons ici rapidement sur ce fil épistémologique... Vers 1750, les intellectuels français reculent. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils ont déplacé leur champ d’investigation. L’humain n’est plus au centre, non c’est le politique. De là naît le désenchantement français. La Chine apparaît négativement dans les ouvrages de Montesquieu. Il fait apparaître un doute dans L’esprit des lois (chapitre 21 du livre VIII) où il qualifie de « despotique » l’Empire chinois. Puis il finira par écrire qu’il s’agit davantage « d’un despotisme oriental ».

    Emmanuel Kant affirme cette séparation définitive en 1756. Dans le cadre de son cours de Königsberg sur la « géographie physique », il évoque l’Asie. Il décrète que Confucius n’avait aucune notion de philosophie morale : « Leur maître Confucius n’enseigne rien dans ses écrits hors une doctrine morale destinée aux princes ». Il conclut alors : « le concept de vertu et de moralité n’a jamais pénétré dans la tête des Chinois ».  
    Mais c’est Hegel qui reposera la question de la philosophie en Orient et qui même scellera la séparation officielle. Il écrit dans les notes de ses cours, publiées sous le titreLeçons sur l’histoire de la philosophie, une section consacrée à « La philosophie orientale ». Il y écrit « Nous avons deux philosophies : 1° la philosophie grecque ; 2° la philosophie germanique. » Il s’ensuit que « ce qui est oriental doit donc s’exclure de l’histoire de la philosophie. » En d’autres termes, la philosophie ne peut venir de Chine. Le débat est clos.  

    La suite n'est qu'un enfermement doctrinal depuis plus de deux cents ans. Les peurs ont la vie dure !

    Sur ce point, je vous laisse avec la vidéo TED où l'économiste Martin Jacques nous met face à nos systèmes de pensée... 


     

     

    Et si on repensait le libéralisme ?

    Voilà où nous en sommes, une économie fondée sur les guerres, les dominations ne semble pas fonctionner. Elle se fragilise, faisant monter les populismes, appauvrissant les couches sociales... 

    Dambisa Felicia Moyo est une économiste zambienne, spécialiste de la macroéconomie, de l'influence de l'aide étrangère et des relations internationales. Elle est titulaire d'un doctorat (PhD) en économie de St Antony's College, Université d'Oxford. Son mémoire de 2002 est intitulé Essais sur les éléments déterminants de l'épargne dans les pays en développement. 

    En 2009,  lors du sommet sur la coopération sino-africaine en Égypte, le Président chinois Wen Jiabao a déclaré « J'ai lu un livre intitulé Dead Aid écrit par Dambisa Moyo. L'auteure parle de ses expériences personnelles et conclut que l'aide de la Chine à l'Afrique est sincère, crédible, pratique et efficace et qu'elle est également bien accueillie par le peuple africain. Je suis persuadé que l'amitié et la coopération entre le peuple chinois et le peuple africain ont un brillant avenir ». 

    En faisant des recherches, j'ai découvert son exposé TED de novembre 2013. Une recherche éclairante sur les raisons de notre blocage. Dambisa Felicia Moyo éclaire notre vision de la compréhension des systèmes économiques, elle démontre également combien la démarche économique chinoise devrait être suivie.


     

     

  • Zunyi - 遵義

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    Ce week-end, offrons-nous une respiration à Zunyi, une ville au coeur de la Chine. Cette ville se trouve au nord de la province de Guizhou (貴州省 ). Cette région est, quant à elle, située au Sud de la Chine. Montagneuse et difficile d'accès, cette région a souvent été "oubliée". Sans doute était-ce pour mieux en préserver les légendes. 

    Cette région est cependant au centre de l'histoire même de la Chine. Elle abrite près de dix-sept ethnies minoritaires dont les Miaos () - le peuple des rizières -, les Buyeis (布依族) - une ethnie majoritairement animiste -, les Dongs (侗族) un peuple des montagnes dont les chants sont adaptés à chaque situation de la vie- les Zhuangs (壯族). 

    Autant dire que cette province est faite de milles visages, de mille coutumes. Chaque recoin de ses montagnes abritent une histoire, une vision, une danse entre les nuages. Les vents se jouent de l'horizon. Les collines se dressent en un dragon fier. Et si vous êtes attentifs, vous pouvez décelé à l'oeil nu des ruines qui se dressent. Elles veillent encore. Il s'agit des ruines de Hailongtun (海龙屯) littéralement le Château du Dragon de mer. Depuis 2015, elles sont classées "monument du patrimoine mondial de l'humanité" auprès de l'UNESCO.

     

    Hailongtun (海龙屯) : entre mythologie & histoire

    Construit, par le magistrat local Yang Wen, en 1257 (pendant la Dynastie Song du Sud). Cette construction a défendu la région contre les envahisseurs et notamment les forces mongoles. Elle a également servi de protection aux dynasties Yuan (1271-1368) Ming (1368-1644) et suivantes. Plus qu'une simple garnison militaire, le complexe est en quelque sorte une ville ancienne en miniature, avec un palais, des temples ancestrales, des quartiers, un entrepôt et une clinique. Il a été localement conçu et construit à travers la collaboration entre des architectes issus de différentes origines ethniques (dont les Hans, Miaos, Gelaos et Tujias) et se distingue par son mélange distinctif de caractéristiques architecturales.

    Cette forteresse légendaire a une histoire commune avec celle de la famille Yang, qui a dominé la région pendant des siècles. À la fin de la dynastie des Tang, Bozhou a été dépassée par le régime voisin de Nanzhao, et les forces Tang menées par Yang Duan ont été envoyées pour le récupérer. Après sa victoire, Yang Duan est resté dans la région pour gouverner, marquant le début de la domination de sa famille. Son fils a hérité de son titre.

    En 1573, Yang Yinglong hérite ainsi du poste de gouverneur de Bozhou. À l'époque, la dynastie des Ming avait une politique laxiste à l'égard des responsables régionaux des régions du sud-ouest, qu'il considérait comme des eaux secondaires minoritaires. Tant que les régions ont envoyé l'hommage requis à la cour impériale, les dirigeants locaux avaient le droit de faire ce qu'ils voulaient. Avec ses terres fertiles et sa récolte abondante, Bozhou était convoitée par des seigneurs de guerre au Sichuan et au Guizhou. Soutenue par une armée considérable, Yang Yinglong a mené un style de vie extravagant et a régi avec un poing de fer.

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    Mais lorsqu'il a tué sa femme à la suite d'une altercation, les responsables de Guizhou l'ont signalé à l'autorité centrale. Ils l'ont également accusé de tentatives de rebellions. L'empereur de Song a alors envoyé une armée de 240 000 personnes pour assiéger Hailongtun. Après une bataille sanglante qui a duré 114 jours, les forces impériales ont traversé les fortifications arrière de Hailongtun. Yang Yinglong s'est enfermé avec deux concubines dans une pièce et il a mis le feu. Les forces impériales ont organisé un massacre, décapitant plus de 20 000 habitants. Ce massacre, est sans doute, l'un des pires de l'histoire de la Chine, met fin à 725 ans de règne de la famille Yang dans la région.

    Donc au détour des collines verdoyantes c'est cette histoire qui vous regarde. Il a fallu beaucoup d'ingéniosité pour créer ses escaliers au coeur d'une végétation intense. Un dédale de marches conduit à des portes ancestrales. Les mille couleurs du jour, vous entraînent dans la magie des lieux. Les marches qui mènent aux portes, aux temples, vous font avaler un dénivelé de près de 500 mètres par endroit. Sans doute est-ce là le vertige historique qui se fait ressentir. 

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    L'histoire en marche

    Cependant l'histoire passée ne doit pas faire oublier celle du présent. Faisons un bon historique et arrivons au XX° siècle. 

    Zunyi abrite le lieu de la Conférence du Comité central du Parti communiste chinois de 1935. Lors de cette réunion, le parti a décidé de corriger ses erreurs antérieures dans l'élaboration des politiques et a convenu d'une nouvelle approche stratégique. La salle de conférence existe toujours et le visiteur est "accueilli" par Mao Zedong.

    Selon l'histoire officielle du Parti communiste de Chine, la Conférence de Zunyi a été un moment crucial dans le développement de l'Armée rouge et pour le parti lui-même. Au cours de la réunion, l'extrême «pensée gauchiste» de Wang Ming, ancien chef du parti, a été rejetée. Le mouvement a fini par sauver à la fois l'Armée rouge et le parti de la disparition.

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    Sur les pentes de la montagne Xiaolong se trouve le cimetière des soldats de l'Armée rouge. Couvert par une végétation luxuriante, le cimetière a été construit pour faire face au fleuve Xiangjiang. En face du cimetière se trouve un monument mettant en vedette de grands personnages manuscrits en or par le leader de l'état tardif, Deng Xiaoping, qui a lu: "Les martyrs de l'Armée rouge sont immortels". Juste derrière le monument se trouve le tombeau de Deng Ping, chef d'état-major de la Troisième Armée rouge Corps. Soixante-dix-sept soldats sont enterrés à côté de lui, le plus jeune à peine 20 ans.

    Vous trouverez également l'histoire de ce jeune médecin. En janvier 1935, tandis que l'Armée rouge traversait la ville, une épidémie de fièvre typhoïde dévastait le village. Il a alors décidé de rester là et de venir en aide aux villageois. Retrouvé par les ennemis, il fut abattu. Sa tombe a été érigée par les villageois, et, génération après génération, les habitants viennent saluer et nettoyer sa tombe.

     

    Les beautés naturelles

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    Il faut aussi prendre le temps de se perdre dans les beautés sculptées par la nature. Et notamment la zone de Chishui (赤水). Un lieu unique où les montagnes sont rouges, où l'eau elle-même devient rouge. Les cascades défient l'horizon. Elles emportent les secrets du monde dans les entrailles de la terre. Elles jaillissent tel un printemps, nous rappelant que le dragon veille. Les forêts de bambous surprennent et émerveillent.

     

    C'est sur cet émerveillement que j'ai envie de vous laisser. Il est une clef pour comprendre la Chine. Il faut dépasser ce que nous croyons savoir, pour aller au coeur des beautés de ce pays. Nous devons nous attarder sur chaque histoire pour en comprendre l'évolution, la vision. Zunyi éclaire l'un des mystères : celui de la culture "Tusi". Ce système "tusi" découle, lui-même, des systèmes de gouvernance dynastique des minorités ethniques (datant du IIIe siècle av. J.-C.). Il avait pour but d’unifier l’administration nationale, tout en permettant aux minorités ethniques de préserver leurs coutumes et leurs modes de vie. Les sites de Laosicheng, de Tangya et de la forteresse de Hailongtun apportent un témoignage exceptionnel sur cette forme de gouvernance issue de la civilisation chinoise des époques Yuan et Ming. Laissez-vous emporter par les mystères de cette région de Chine, partez à la rencontre de ses collines aux mille histoires. 

     

  • Trump, la Chine et ses voisins

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    Ce matin a eu lieu la conférence Donald Trump face à la Chine. Rendez-vous pris au café Le Procope à Paris pour écouter et rencontrer notamment : Pascal Abb (chercheur au German Institute of Global and Area Studies), Emmanuel Dubois de Prisque (chercheur associé à l'Institut Thomas More), Yannick Mireur (directeur de Nexus Forum, politologue spécialiste des Etats-Unis) et Benoît de Tréglodé, (directeur de recherche à l'IRSEM). 

    Chacun a écrit un article dans le numéro 48 de la revue Monde Chinois. Dans l'éditorial co-signé Emmanuel Dubois de Prisque et Jean-Yves Heurtebise, il est indiqué "par coïncidence dont l'Histoire a le secret, le 9 janvier 2017, quelques jours avant l'investiture de Donald Trump décédait le philosophe juif polonais, naturalisé britannique, Zygmunt Bauman, qui dans son oeuvre démontra à quel point la société postmoderne qui est la nôtre est marquée par un brouillage de toutes les distinctions qui restaient fondatrices de la modernité". 

    Pour ma part, ce brouillage est très intéressant, car il est créatif. Il est comme le déséquilibre permanent de la marche. En ce sens, il nous fait revenir à ce que l'humanité a oublié d'elle-même : le nomadisme. 

    La revue se propose de résoudre une équation nouvelle "quel type d'influence l'administration de Trump pourra-t-elle exercer dans des pays situés dans la proximité immédiate de la Chine, où Pékin semble vouloir avancer ses pions de façon résolue, dans un contexte d'interrogations profondes sur la présence américaine ?"

    Ce sont en suite quinze articles qui sont proposés aux yeux du lecteur attentifs. Des articles pointus, longuement muris de recherches et de confrontations. Ce matin, quatre auteurs ont présenté les grandes lignas de leurs articles. Yannick Mireur propose une mise à plat explicite de la stratégie chinoise en mer de Chine afin de clarifier des enjeux commerciaux avec les Etats-Unis. Pascal Abb pose habilement la question de l'élection de Trump dans les yeux chinois. Résonne quelque part un "mais comment est-ce possible ?" Emmanuel Dubois de Prisque  propose un regard différent en partant de l'analyse de certains discours de Xi Jinping, il propose de s'interroger sur le côté législatif ancestral de la Chine. Cet aspect serait-il un empêchement pour la Chine d'avancer librement pour prendre la place de numéro un mondial ? Enfin Benoît de Tréglodé nous dessine la politique vietnamienne avec comme facteur la Chine. A-t-elle plusieurs possibilités ? Doit-elle valoriser ses échanges avec les États-Unis ou bien tenter un équilibre dangereux entre deux puissances ?  

    Evidemment, il ne faut pas résumer en une phrase ces interventions. Les articles proposent des éclaircissements sur une situation complexe. Chacun laisse la possibilité de s'interroger sur le rôle de l'Europe dans le futur équilibre du monde. 

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    Lors de la discussion, un invité soulève la question de la "critique" et pose comme équation que "la Chine n'aime pas être critiquée"... puis prend pour exemple des sujets du type "la censure, le Tibet, etc." et que "lors de sa visite, tous ses mails ont été lus"... 

    Nous sommes en France et à nouveau ces sujets...

    Pauvre pensée française... 

    Il est intéressant d'opposer déjà que l'ensemble de nos mails sont lus par Google, Facebook, etc. Que nos téléphones sont des espions formidables. Bref donc pas besoin d'être en Chine pour que nos messages soient vus. 

    Je vais ici davantage revenir à cette notion "d'esprit critique". Je ris, je ris, je ris... Sommes-nous capables de critiquer la France ou le pays d'où nous venons avec autant de force que lorsque nous évoquons la Chine ? 

    La réponse est non (voir mon article sur Shaoyo Liu)... 

    Pourquoi ? Car nous sommes, depuis notre tendre enfance, bercés dans une pensée occidentales. Celle-ci est faite d'hégémonie et donc de domination. Les occidentaux colonisent, dominent, domptent, imposent... Comme autour de cette table, finalement, les invités chinois n'ont pas pris la parole. Très peu, à la fin, certes. Mais reprenons, nous sommes, intolérants, voilà ce que nous sommes. Des donneurs de leçon. Je m'inclus, malgré moi, car j'appartiens à cette culture occidentale. Cette culture qui me limite, ferme mon regard. Cette culture dont je dois sans cesse repousser les limites pour voir autrement. 

    A chaque débat sur la Chine, il y a toujours cette crainte sous-jacente de la domination du monde par la Chine (voir mon article sur les craintes occidentales).

    C'est amusant, la Chine représente la plus vieille civilisation. Elle a tout vu, tout vécu, inventé mille techniques (que nous avons pillé par la suite)... et aujourd'hui, nous ne sommes pas capables de prendre des leçons de la Chine. A nouveau, au lieu d'écouter pour essayer de comprendre, d'appréhender, nous voulons imposer nos certitudes. Ne serions-nous pas devenus trop prétentieux ?

    Comment pouvons-nous croire que notre système de pensée est-il encore juste ? L'élection de Trump montre à quel point, nous sommes arrivés au bout de ce dernier. Il est à bout de souffle. Au lieu de nous asseoir pour en imaginer un de nouveau, nous souhaitons le poursuivre, le prolonger jusqu'à explosion complète de notre planète. Et le mieux, c'est que nous avons un coupable tout désigné en cas d'implosion de notre système : la Chine. 

    Cette pensée est bel et bien enracinée en tous les occidentaux. Le regard fixé contre l'ennemi. Là encore, j'insiste, nous devrions remercier Emmanuel Kant (pour sa leçon géographique de la philosophie), ou même les premiers jésuites venus en Chine pour la christianiser. Les difficultés qu'ils notèrent c'est qu'ils n'arrivaient pas à faire comprendre les concepts. Et oui, comment faire entendre une pensée enracinée à des esprits qui pensent mouvement, flux, système ?

    Des siècles plus tard, nous retrouvons les mêmes barrières. Les mêmes schémas mentaux. Sauf que comme à son habitude, la Chine écoute, cherche à intégrer, pendant que les occidentaux cherchent à imposer, un rythme, une pensée. D'un côté la Chine embrasse, pendant que l'Occident oriente, ferme, segmente. 

    Parler de la Chine c'est subsumer 56 ethnies, un territoire immense, varié. Donc, ne devrions-nous pas ouvrir nos yeux, nos oreilles et apprendre ? Pouvons-nous seulement appréhender une telle diversité ? 

    Pour qu'il y ait équilibre du monde, nous devons apprendre à voir autrement. A saisir le monde de façon plus poétique (dans le sens de son mouvement). Le monde est organique, vivant, mouvant...Il suffit de s'intéresser quelque peu à l'histoire de l'écriture chinoise, pour voir que la Chine l'a bien compris.

    Voilà ce que je retiens de cette rencontre : à nouveau notre rationalité doit être interrogée. Nous devons reconnaître les limites de notre culture, analyser nos propres défaillances. Ce n'est qu'à ce prix, que nous pourrons inventer un nouveau système inclusif, coxistentiel. Notre société ne sera réellement post-moderne que si nous acceptons de sortir de la modernité en re-formatant les lumières. 

     

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