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Route de la Soie - Éditions

  • Et si nous avions tout oublié ? À propos de la sagesse chinoise appliquée au management

    Hervé Azoulay, sagesse, management, chine, France, essai, lecture, livreLire Hervé Azoulay, c’est entendre une question ancienne remonter doucement : pourquoi avons-nous cessé d’écouter les sages ?

    Dans son essai La sagesse ancestrale chinoise est-elle applicable au management ?, l’auteur ne se contente pas de juxtaposer des citations orientales aux théories de l’organisation moderne. Il propose un retournement. Une invitation à reconsidérer les fondations mêmes de notre rapport au pouvoir, à la hiérarchie, au collectif.

    Ce livre ne parle pas simplement de management. Il parle de notre manière d’être au monde. Il parle du déséquilibreque nous avons érigé en système, de notre obstination à vouloir contrôler, planifier, imposer. Et il propose, en filigrane, un autre chemin.

    Réapprendre à faire avec, non contre

    La pensée chinoise ne sépare pas l’homme du cosmos. Elle ne cherche pas à dominer la nature, mais à s’accorder à ses rythmes. Le management inspiré de cette tradition devient alors un art subtil, non plus de la performance, mais de l’harmonie. Non plus de l’autorité, mais de la justesse.

    Le wuwei taoïste – le non-agir – est ici revalorisé : il ne s’agit pas d’inaction, mais d’un agir sans forcer. D’un agir qui prend soin de l’équilibre, qui attend le moment, qui écoute les signes. À mille lieues du mythe du manager héros, toujours actif, toujours conquérant.

    Et si notre époque avait besoin de ce retrait ? D’un regard plus lent, plus profond ? D’un retour au silence intérieur comme condition d’une action véritable ?

    Les proverbes comme miroirs de notre oubli

    Le livre d’Azoulay se clôt par une sélection de proverbes chinois, traduits avec précision et sensibilité. Ce ne sont pas des aphorismes figés, mais des échos. Chaque phrase semble nous dire : tu savais déjà. Comme ce vieux conseil de Confucius : « Gouverner, c’est rectifier les noms. » Redonner à chaque chose, à chaque être, son juste nom, sa juste place. Voilà une tâche de sagesse — et peut-être la seule révolution durable.

    Une philosophie du soin et de la durée

    Face à l’usure de nos modèles de gouvernance, à la fuite en avant techniciste, ce livre propose une brèche. Il ne donne pas de recettes, mais il ouvre un espace. Celui d’un management qui serait d’abord une forme d’attention. Une écoute du temps long. Une conscience que l’humain est un nœud de relations, pas un simple rouage.

    Il y a dans cette sagesse chinoise une lumière que notre monde épuisé pourrait choisir de suivre. Non pas pour imiter, mais pour réapprendre à penser avec le vivant. Réapprendre à être humble. Et à faire du pouvoir un lieu de transformation intérieure, non de domination.

  • Cheminements : l’écho des poètes de Zhao Lihong – quand la poésie devient passage

    Zhao Lihong, poésie, Route de la Soie Éditions, livre, littérature, chine, FranceAvec Cheminements : l’écho des poètes, publié aux éditions La Route de la Soie, Zhao Lihong nous convie à une traversée à la fois intérieure et culturelle. Ce livre, pensé comme un pont entre la Chine et la France, entre l’univers du poète et notre propre sensibilité, est une invitation à ralentir, à écouter, à ressentir.

    Ce n’est pas un simple recueil de poèmes. C’est un espace de respiration, un chemin à parcourir, pas à pas, dans le silence habité de la lecture. L’idée de cet ouvrage est née d’un désir commun : celui de rapprocher davantage encore le monde poétique de Zhao Lihong du lecteur français, après la publication de Métamorphose(s). Ici, la démarche s’intensifie. Elle se fait intime, complice. Ce n’est plus seulement une rencontre : c’est une marche partagée.

    Zhao Lihong n’est pas un poète parmi d’autres. Il est de ceux qui écrivent après avoir longuement écouté le monde. Dans Cheminements : l’écho des poètes, cette écoute devient partage, et le silence, langage. Le livre se présente comme un carnet sensible, une forme hybride entre le journal d’un promeneur éclairé et le recueil méditatif d’un penseur en éveil. Chaque page semble vouloir nous souffler : « prends ton temps ».

    Les illustrations du livre sont signées Zhao Lihong lui-même. Elles accompagnent les textes comme des souffles de lumière, comme des instants suspendus. À l’encre ou à l’aquarelle, elles révèlent une autre facette du poète, celle du peintre de l’âme. Elles ne décorent pas, elles expriment. Elles prolongent les émotions des poèmes avec pudeur et intensité. Ce double langage, visuel et poétique, tisse un univers d’une cohérence rare, où chaque page devient un monde.

    Le mot cheminement n’est pas anodin. Il contient l’idée de mouvement, mais sans fracas, sans urgence. On ne « court » pas avec Zhao Lihong. On marche, on s’arrête, on observe un oiseau, une feuille, une pensée. Ce mouvement lent est un acte de résistance, une façon de reprendre possession de son temps intérieur. Dans la modernité qui broie les rythmes naturels, ce livre propose un retour au souffle, à la lenteur habitée. C’est une posture d’existence. C’est refuser la vitesse et l’efficacité au profit de l’écoute, de l’observation, du lien. Zhao Lihong écrit avec une attention presque sacrée aux petites choses : une feuille qui tombe, une lueur dans le ciel, un geste ancien. Il redonne aux détails leur puissance symbolique. Il ouvre une brèche dans le vacarme du monde contemporain.

    Les thèmes traversés sont multiples, mais toujours reliés par cette attention délicate au vivant. Zhao Lihong parle de la nature comme d’un miroir de l’âme : le chant des cigales, la lumière sur le lac, les collines embrumées de son enfance – tout cela devient langage. Mais il évoque aussi les blessures de l’Histoire, les fantômes qui hantent encore les mémoires, et cette tension constante entre mémoire et oubli, entre douleur et résilience.

    Ce qui frappe, c’est la capacité du poète à dire les choses graves sans lourdeur, à évoquer la souffrance sans la figer. Il y a dans ces poèmes une sagesse douce, une lucidité sans amertume. Un art de la nuance, si rare aujourd’hui, où tout semble polarisé, tranché, réduit à l’opinion. Zhao Lihong nous montre qu’il est encore possible d’habiter le monde poétiquement, selon le mot de Hölderlin, et que cette habitation poétique est une forme de veille : un éveil à soi, aux autres, à l’invisible.

    Le livre résonne comme une musique ancienne, une mélodie intérieure qui nous reconnecte à l’essentiel. Il ne cherche pas à séduire, encore moins à convaincre. Il propose. Il laisse advenir. Et c’est cette générosité silencieuse qui en fait un ouvrage précieux. Un compagnon de route pour celles et ceux qui, dans le tumulte contemporain, cherchent encore les sentiers où penser et sentir peuvent se rejoindre.

    Dans un monde fragmenté, où les algorithmes dictent les goûts et où le mot “poésie” semble relégué à une forme de luxe inutile, Cheminements affirme doucement mais fermement : la poésie est nécessaire. Elle est un espace de vérité nue, sans posture. Elle est une manière d’habiter le monde autrement, en cherchant non pas à le conquérir, mais à le comprendre, à l’aimer dans ses failles.

    La poésie de Zhao Lihong n’est jamais absconse. Elle n’a pas besoin de masque. Elle va droit au cœur, par sa sincérité, sa douceur, son humanité profonde. Mais elle n’est pas naïve. Elle connaît la violence du siècle, les douleurs de l’Histoire, les blessures intimes. Simplement, elle choisit de ne pas s’y enfermer. Elle choisit la lumière — une lumière fragile, oui, mais tenace. Celle qui guide les pas dans l’obscurité.

    Ce livre est aussi un geste de dialogue. Il fait le pari d’une entente possible entre les cultures, non dans la dilution ou la confusion, mais dans la résonance. En lisant Zhao Lihong, le lecteur français ne pénètre pas dans un exotisme lointain. Il retrouve quelque chose de lui-même, dans la délicatesse d’un mot, dans l’intuition d’une image. C’est cela que permet ce cheminement éditorial : une proximité nouvelle, un fil tendu d’un cœur à l’autre.

    Cheminements : l’écho des poètes est un ouvrage qui ne crie pas. Il chuchote. Il n’assène pas, il propose. Il n’enferme pas dans un sens, il ouvre des sentiers. C’est un acte de confiance en la lecture, en la lenteur, en la beauté encore possible.

    J’ai rêvé de ce livre, comme d’un acte de lumière. Il nous rappelle que dans l’invisible, dans les marges, dans la lenteur, résident encore les clés d’un monde habitable. Et que parfois, le plus subversif est de marcher lentement, à rebours de l’agitation, en prêtant l’oreille à l’écho des poètes.

  • La Louve solitaire ou l’appel des âmes indomptées

    Évelyne Lebel-Nonga, Lucie Tranchant, la louve solitaire, livre, route de la soie- éditions, littérature jeunesse, Un conte initiatique pour réapprendre à vivre selon ses convictions

    Il est des récits qui, sans bruit, viennent raviver en nous une part oubliée de l’enfance. Non pas l’enfance naïve, mais celle qui croyait encore que la fidélité à soi pouvait transformer le monde. La Louve solitaire, texte sensible et d’une rare justesse d’Évelyne Lebel-Nonga, illustré par Lucie Tranchant, s’inscrit dans cette tradition. Celle des contes qui ne trichent pas. Celle des histoires qui murmurent doucement à nos consciences adultes.

    Anya, ou le choix de la dissonance

    Anya est une jeune louve. Elle grandit dans une meute régie par l’ordre ancestral : chasser, hurler, obéir au père. Mais elle, non. Elle refuse la viande. Elle préfère les baies, les feuilles, l’eau pure. Sa différence choque, menace, dérange. Alors on la bannit.

    Dans cet exil, Anya ne cherche pas à se conformer. Elle persiste, vacille, avance. Jusqu’à rencontrer Nouriev, le loup blanc qui ne sait pas hurler. Deux êtres exclus, que le monde rejette parce qu’ils osent vivre autrement.

    Ici commence une autre narration. Celle d’un monde possible.

    Philosopher dans la tanière

    Ce qui frappe dans La Louve solitaire, c’est la simplicité apparente du récit — et pourtant chaque phrase résonne comme une méditation.

    Le refus d’Anya n’est pas une rébellion agressive. C’est une fidélité intime, une ligne invisible qu’elle ne veut pas trahir. C’est là que le conte touche à la philosophie. Il ne nous dit pas ce qu’il faut faire, mais nous rappelle qu’il y a toujours un choix, même lorsque l’ordre établi nous nie. Même lorsque ceux qui nous aiment n’osent pas nous défendre.

    Cette louve végétarienne, ce loup qui ne hurle pas, forment une famille en dehors des normes. Ils élèvent leurs enfants dans le respect du vivant, et dans la possibilité du doute. Rien n’est imposé : pas même leurs valeurs. L’éthique ici se transmet par l’exemple, non par la contrainte.

    Une utopie lucide

    Ce récit aurait pu rester une jolie fable. Il aurait pu s’arrêter à la rédemption familiale ou au triomphe de la différence. Mais non. Évelyne Lebel-Nonga choisit la voie difficile : celle de l’utopie lucide. Il y a des drames. Des chasseurs. Des meutes fanatiques. Et une rivière qui devient un territoire à défendre.

    Mais il y a surtout un espoir tenace. Celui de pouvoir revenir. Celui d’oser le pardon. Celui d’imaginer qu’un jour, nos enfants n’auront plus à choisir entre appartenance et vérité.

    Et si c’était cela, résister ?

    Ne pas hurler quand tout le monde hurle. Choisir les baies dans un monde de fauves. Croire en l’amour, en la famille, malgré l’abandon. Se bâtir une tanière de paix au bord du chaos. Et protéger, coûte que coûte, même ceux qui ne peuvent plus se défendre.

    La Louve solitaire est un texte doux et puissant. Il dit à chaque lecteur, petit ou grand : "Tu peux vivre selon ce que tu crois juste, même si cela te coûte l’exil. Tu n’es pas seul·e. Et un jour, peut-être, on reviendra t’accueillir. Différent·e, mais debout."

  • Un monde qui vacille : de la fiction d’Alexandre Arditti à la réalité sanglante des affaires économiques

    Alexandre Arditti, Littérature, roman, IA, technologie, droits humains, Facebook, MetaDans son roman choc L’assassinat de Mark Zuckerberg, Alexandre Arditti nous plonge dans un thriller politique où la frontière entre réalité et fiction s’efface dangereusement. Ce récit haletant suit une enquête policière sur l’exécution publique du fondateur de Facebook, mêlant critiques acerbes de la société numérique, dérives du pouvoir technologique, et réflexions existentielles. Une fiction ? Pas si sûr, à en juger par les récents événements qui secouent les sphères du pouvoir économique mondial.

    En effet, l’assassinat de Brian Thompson, PDG d’un des plus grands groupes d’assurance mondiaux, survenu en décembre 2024, semble tristement faire écho à l’intrigue du roman d'Alexandre Arditti. Ici, ce n’est plus la fiction qui s’inspire du réel, mais le réel qui semble rattraper la fiction. Comme Mark Zuckerberg dans le livre, Thompson a été abattu en public lors d’un événement médiatique. Si les circonstances diffèrent, la symbolique est tout aussi glaçante : des figures emblématiques du capitalisme global deviennent des cibles. Pourquoi ?

    Dans L’assassinat de Mark Zuckerberg, le meurtrier, membre d’une mystérieuse organisation appelée Table Rase, revendique ses actes comme une lutte contre la déshumanisation engendrée par les géants de la tech et la marchandisation de la vie privée. Alexandre Arditti dresse un portrait sans concession d’une société où la surveillance, les algorithmes, et l’obsession de la rentabilité écrasent les individus. Le roman questionne : jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour défendre nos libertés face à des multinationales devenues plus puissantes que certains États ? Brian Thompson incarnait-il, malgré lui, ce visage du pouvoir devenu insupportable pour certains groupes extrémistes ?

    Si Alexandre Arditti choisit la fiction pour dénoncer ces dérives, les récents événements réels nous forcent à nous interroger sur le climat actuel. Les inégalités sociales croissantes, les scandales à répétition dans les hautes sphères économiques, et la concentration des richesses sont autant de combustibles pour une colère qui gronde. Des actes isolés ? Peut-être. Mais comme le souligne un personnage du roman : "Ce n’est pas la folie qui est inquiétante, mais la normalité qui tolère l’inacceptable."

    Au-delà du spectaculaire, la juxtaposition de la fiction d’Arditti avec l’actualité révèle un malaise profond. Il serait facile – et rassurant – de réduire ces actes violents à de simples dérives terroristes. Pourtant, ils interpellent sur notre propre complicité passive. Acceptons-nous, sans broncher, que les décisions de quelques PDG déterminent la vie de millions de personnes ? Que des algorithmes prédisent nos comportements mieux que nous-mêmes ?

    Ce que montre brillamment L’assassinat de Mark Zuckerberg, c’est cette mécanique du consentement, cette insidieuse érosion de la pensée critique. Et si l’assassinat de Brian Thompson est encore entouré de zones d’ombre, il pousse, lui aussi, à cette question fondamentale : dans quelle société voulons-nous vivre ? Une société où l’argent justifie tout ? Où ceux qui dénoncent sont réduits au silence, qu’ils le fassent par les mots ou par les balles ?

    Alexandre Arditti ne donne pas de réponses faciles. Son roman est un miroir tendu à notre époque, une invitation à refuser l’évidence – cette évidence qui, comme il l’écrit, "passe son temps à changer". Face aux récits qui nous sont imposés, aux vérités prêtes à consommer, il appartient à chacun de chercher, questionner, résister.

    La littérature, quand elle dérange, est peut-être le premier pas vers cette résistance. Et parfois, il faut savoir entendre les cris derrière les silences, même quand ils nous effraient.