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poésie - Page 2

  • L'envie

    Antoine de Rivarol s'amusait en écrivant "Les belles images ne blessent que l'envie". Mais qu'est-ce donc que l'envie ? Étymologiquement, l'envie (selon CNRTL) apparaît en 980 et désigne une haine, une hostilité. Si nous regardons le dictionnaire historique d'Alain Ray, alors nous découvrons que l'envie vient du latin classique invidia "malveillance, jalousie"... Invidia dérive de invidere "regarder d'un oeil malveillant" d'où provient l'idée de "vouloir du mal"... Comme le souligne Alain Ray, il y a ici une notion de croyance au mauvais oeil. Cet oeil qui regarde mal, qui jalouse, qui jette un mauvais sort. 

    Mais alors comment illustrer en photographies ce drôle de mot ? Il nous faut regarder d'un peu plus près l'histoire... À partir du XII ème siècle l'envie est un terme employé dans les deux acceptions qui sont encore utilisées aujourd'hui :

    • l'envie comme sentiment de jalousie haineuse devant les avantages d'autrui ;
    • l'envie comme un désir, l'envie de quelque chose ou de quelqu'un...

    Chemin faisant, nous nous sommes rendus à la Fondation Ricard. Quelle surprise que cette confrontation de la génération dite Millenials avec l'exposition autour de la Poésie Prolétaire ! Un décalage violent des mots, des images, des sens détournés, retournés.

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    Quoi les mots ? Qui les mots ? En quels sens les maux ? Et où l'envie ? Quoi l'envie ? On ne comprend pas... Les mots sont comme des cartons ouverts à l'envers d'un univers d'envies immédiates. Faut-il en passer par la contrariété pour comprendre que l'envie n'est pas nécessairement celle à laquelle nous croyons ? 

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    Se projeter dans les espaces, dans les interstices d'une autre pensée. Déformater ses habitudes, au profit d'autres envies. Est-ce encore possible ? Dans un monde où la culture défragmente la durée, où les désordres se swipent, il y a pourtant dans leurs looks, leurs attitudes, quelque chose de l'ordre d'une contre-culture, d'une non appartenance à ce monde non choisit. 

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    Et si nous dessinions des formes nouvelles ? Et si l'invention passait par l'ailleurs, par la déformation des biais cognitifs ?

    Nous sommes, sans y toucher, dans l'art... Quelque chose se passe, quelque chose se rejette, puis finira sans doute par se rêver ailleurs, autrement... Le temps doit se distordre sans les filtres sociaux. L'oeil écoute, la main interroge, le coeur s'embrouille sur l'envie... Mais sommes-nous seulement encore en vie

    La poésie en grec, c'est le mouvement, le "jaillir","le faire", "la création"... La poésie jaillit même au coeur des machines, au coeur du RER. Dans un train, un avion, un supermarché. Un ouvrier à la chaîne peut être un poète. Les mots seront à la ligne (comme le très beau livre éponyme de Joseph Ponthus). Ils prendront racine dans l'écume du quotidien. 

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     Nous avons abandonné les mots, les murs complexes de lassitude de tweet. Nous avons retrouvé les images faciles, les couleurs évidentes ou la garantie de la satisfaction immédiate de l'oeil et de l'esprit. 

    Puis nous avons prolongé la promenade jusqu'aux mots chantant du jardin de Colette, nous pourrions dire. Ce domaine du Palais Royal réserve son flux poétique. De traces en traces résonnent encore les mots de Colette : « Obstinée à mon Palais Royal comme un bigorneau à sa coquille". Elle veille encore sur son palais, les pas ne s'écartent pas de ce chemin rectangulaire où les ombres dessinent des arbres. 

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    Une danse glorieuse sur l'espace de l'histoire de l'art. Daniel Buren sera heureux de voir que son jeu de perspective fonctionne toujours. Entre la Constitution et le Ministère de la Culture, il n'y a qu'un pas, qu'une perspective cela citoyenne. L'envie est grande ici de crier que la culture est pour tous, partout... et qu'elle devrait être gratuite et accessible sans limite. Jouons donc sur cette envie, cette perspective de renversement. 

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    Dans ce reflet en coi, c'est Victor Hugo qui sonne en résonance : "D'ailleurs, parce que le vent, comme on dit, n'est pas à la poésie, ce n'est pas un motif pour que la poésie ne prenne pas son envol. Tout au contraire des vaisseaux, les oiseaux ne volent bien que contre le vent. Or la poésie tient de l'oiseau" (cf. Feuilles d'Automne).

    Sans doute, pouvons-nous ramasser un peu de Goethe au passage dans un angle royal : “Qu'est-ce que la poésie ? Une pensée dans une image ”.  De ces chaises parlantes, chantantes, nous jouons à combattre le froid qui s'attarde en cette fin d'hiver. 

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    Laissons la poésie à Baudelaire, laissons-lui dresser une perspective fragile, un détournement de l'espace. Un contour des mots, des joies, des danses, des expériences.

    Et si je devais résumer l'envie à une image, je choisirais celle-ci : 

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    Ce personnage a-t-il envie de fuir ce trou ? Ou bien a-t-il envie d'y entrer ? L'envie peut-elle être une curiosité détournée ? N'avons-nous pas toujours envie de savoir ?

  • Patrick Bonjour

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    Connaissez-vous Patrick Bonjour ? 

    Non... Et bien ce n'est pas possible... Pourquoi ? 

    C'est un artiste. Un dessinateur de presse. 

    Un engagé des désordres

    Un sensible.

    Une plume. Un dessin. Une plume dessinatrice...

    Un témoin du siècle, de ses paradoxes.

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    Inspiré par Georges Wolinski et par Jacques-Armand Cardon, il joue, détourne, et, illustre à merveille, les mots, les corps, les errances politiques ou les pensées qui vont de travers. Pour les curieux, regardez, sur Iconovox

    Auprès de Jacques Flament Éditions, il se présente comme cela :

    "Des études de droit à Grenoble.
    Plus deux recueils de poèmes auto-édités.
    Plus quelques milliers de dessins de presse.
    Plus quelques livres pour enfants.
    Plus une trentaine d’expositions.
    Plus des centaines d’heures d’ateliers d’arts plastiques.
    Plus deux beaux enfants…
    Le compte y est !"

    Mais qu'est-il venu dire dans ce monde ? 

    Sur son dernier ouvrage aux Éditions Unicité, il dessine l'immobilité minérale du héron :

    "Immobilité
    minérale du héron-
    passage d'un tronc...

    Joueur de clarinette
    ajoutant au "Lac des cygnes"
    deux ou trois canards."

    Faut-il une branche pour savoir lire entre les vagues ? Ou bien se laisser "peigner" par elle "avant d'épouser la mer" ?

    Patric Bonjour est un poète des formes. Il se joue d'elles : une droite devient courbe, une volute devient rectiligne, une verticale, un écho d'écume... Il détourne, contourne  nos attentions passagères. Il enrichit le monde de nouvelles couleurs.

    Ici ou là, il témoigne, en mots de hasard posés sur les ailes des hérons, les grenouilles de placard, ou encore les hérissons... Puis il se joue des muses de la sagesse. Avez-vous déjà vu Socrate en vieux loubard ?

    Il lui arrive d'être à la Une du Parisien, car oui Patrick est un homme engagé. 

    Sa bataille : les couleurs bien choisies, les formes expressives, ses joies intactes à raconter des histoires, à nous emporter sans âge...

    Patrick Bonjour est un voyage entre les maux de notre société et les inspirations à la liberté des poètes. 

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  • Soyons "primaires" : (re)devenons créatifs

    “En art point de frontière” Victor Hugo. 

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    Chut. Faisons le point. Que ceux qui pensent que je vais parler ici de politique, des primaires qui effacent le rôle de l'élection présidentielle, passent leur chemin.

    Le sujet est bien plus grave... Il ne s'agit pas d'un post parmi d'autres. D'un pseudo article qui va se jouer des algorithmes pour se déverser sur vos écrans (grand ou petit, portable ou de poche). Je me suis toujours moqué des algorithmes. Cependant ce sont eux qui font ce que nous appelons bêtement aujourd'hui "Internet"... Ils choisissent pour vous ce que vous devez lire (et non ce que vous pouvez lire ou chercher)... C'est amusant cette facilité à laquelle nous nous soumettons. Cette même facilité qui nous fait oublier le goût de l'effort. Le goût de la satisfaction de chercher, de trouver...

    Chut.

    Ce dont il est question. Pas de frontière. Pas d'art. Ou presque pas.

    Il s'agit de créativité. 

    Pas la créativité coachée. Pas celle qui se tient en une expérience sur papier glacé. Pas celle qui obéit aux injonctions "3 minutes pour..."

    Pour-quoi ? Pour trouver une idée en copier-coller ? Pour une idée marketing, une idée disruptive... bref quelque chose qui existe déjà... un déjà vu en soupe Campbell. Merci Warhol pour la commercialisation du copier-coller. Merci pour avoir montré au monde sa connerie...

    Le monde a continué de tourner dans une immense machine à copier-coller. Et l'ART dans tout cela ? Même ne parlons pas ici d'art... Laissons ce mot au placard des rancunes historiques.

    Parlons de créativité.

    La vraie. 

    Celle qui pince au coeur. Celle qui fait mal au cul. Celle qui empêche de dormir. Celle qui réveille. Celle qui colle à la rage. Celle qui se révolte. Celle qui propose. Celle qui déchire le voile des habitudes. 

    La créativité écorche. La créativité tue, isole, broie du noir. Elle explose. Elle est "l'ennemi du goût" disait Picasso. 

    La créativité est souvent sale.

    Elle pue. Elle est un drôle de mélange. Un constant déséquilibre entre soi et le monde. Un constant déséquilibre entre théories et expériences. 

    Créer. Cela se fait seul. Pas dans un dégueulis en réseau social. Elle ne s'expose pas véritablement. Elle est un labeur. 

    La créativité est errance. Tentative. Effort. 

    La créativité demande de sortir les doigts du digital ou sinon de les enfoncer un peu (voire même beaucoup) plus loin. 

    La créativité c'est la liberté. C'est l'expression profonde. C'est le SOI... C'est l'intimité non discutable de l'être. 

    "Pas d'aile, pas d'oiseau, pas de vent, mais la nuit, Rien que le battement d'une absence de bruit" écrit Guillevic

    Qui peut écrire cela ? Celui qui seul dans le monde avance avec lui-même. Le monde n'est qu'une doublure pâle. Le monde au travers des réseaux n'est qu'une ombre projetée.

    La créativité. Effort, tentative, marche, chute, blessure, cicatrice, bleu, claque, balle, observation, silence... Elle est un cri. 

    Je répète. La créativité c'est la liberté. C'est l'expression profonde. C'est le SOI... C'est l'intimité non discutable de l'être. Mais savons-nous encore être ? 

    Elle est un cri.

    Elle est primaire, elle nous fait être au plus près des choses, au plus près du réel que nous sentons, percevons (pas du réel obligé). Elle se déplie dans la vérité de l'être, du vôtre... Elle sort du sujet. Elle sort de vous...

    Mais savons-nous encore être "primaires" ? 

     

     

  • Claude Favre (les mots guingois)

    langue, poésie, art, Claude Favre

    Objet littéraire non identifié

    Poète-(sse) 

    Les mots sont autant d'armes puissantes

    Les mots sont autant de larmes

    Les mots ont un corps

    L'esprit du poème se brise, s'abîme, se roule, se déroule, fragile transe...

    La brisure des mots

    La blessure des phrases

    La transparence invisible du quotidien

    Nul algorithme peut cerner 

    La poésie à l'oeuvre

    L'oeil écoute

    La langue de guingois 

     

     

    Claude Favre / Témoin du siècle

    Des mots, des images, des fêlures

    Des quotidiens

    Bruit

    Silence

    Trajectoire(s)

    Ecume

    Ecorchure(s)

    Pour dire l'in-dicible

    Dire

    Ecrire

    Crier

    Engendrer 

    A angle vif

    Claude Favre / Le corps des mots

     

    Plus sur son travail ici