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économie - Page 2

  • Attention : le nouvel enjeu

    Attention, notre attention se perd, s'économise, se joue, se déjoue, s'achète. Mais c'est quoi l'attention ? Notre attention peut-elle être double ? Peut-elle se travailler ? Et si nous jouions au jeu des sept erreurs ? 

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    Définissons de façon simple ce qu'est l'attention. Nous pourrions dire qu'il s'agit de la mobilisation de la vigilance d'une personne, se fixant sur un objet précis et reléguant à l'arrière-plan les autres éléments composant le champ psychologique.  Selon William James, l'attention se définit comme « la prise de possession par l’esprit, sous une forme claire et vive, d’un objet ou d’une suite de pensées parmi plusieurs qui semblent possibles […] . Implique le retrait de certains objets afin de traiter plus efficacement les autres ». 

    Pourquoi l'attention est-elle un enjeu crucial à l'heure actuelle ? Dans un monde où les informations viennent de toute part : notre attention n'est-elle pas devenue le centre d'attention de toutes les entreprises, marques, gouvernements ? Comment être encore attentifs à leurs messages alors que nous sommes bombardés d'alertes en tout genre (informations, téléphones, smartphones, objets connectés, réseaux sociaux, jeux en ligne, nouveaux médias... ) ? Comment les marques, les états ou les entreprises privées peuvent-ils réussir à encore atteindre leurs "cibles", c'est-à-dire nous, notre subjectivité ?

    En parallèle de l'apparition d'internet dans la sphère publique, à partir de 1996, l'expression "l'économie de l'attention" émerge. Cependant, l'origine de cette expression remonte à un article de Herbert Simon (économiste et sociologue américain), publié en 1971. Il oppose les sociétés du passé, caractérisées comme « pauvres en informations », à nos sociétés actuelles, « riches en informations ».

    La différence tient donc à ce que nous avons tous désormais accès à une quantité d’informations pertinentes (voire indispensables pour nos pratiques) bien supérieure aux capacités attentionnelles dont nous disposons pour en prendre connaissance (voir sur ce point le livre L’Économie de l’attention. Nouvel horizon du capitalisme ?, sous la direction de Yves Citton, La Découverte, 2014).  

    L'économie de l'attention est une nouvelle branche des sciences économiques et de gestion. Elle a pour fonction de traiter l'attention comme une ressource rare en prenant appui sur les théories économiques afin de problématiser, comme le souligne Daniel Kaplan,  « le fonctionnement de marchés dans lesquels l’offre est abondante (et donc économiquement dévalorisée) et la ressource rare devient le temps et l’attention des consommateurs ». 

    On retrouve ce prisme dans le cadre du marketing. Notamment dans le modèle AIDA : attirer l’Attention, susciter l’Intérêt, provoquer le Désir, inciter à l’Action.

    Notons que jusqu'ici tout va bien... Sommes-nous en sûrs ? 

    Prenons un exemple simple : nous aimons avoir des outils qui facilitent notre créativité... Ils la simplifient : smartphone pour faire des photos, instagram pour avoir des filtres déjà faits, Canva pour faire de la mise en page, Word, Pages, etc. - autant d'outils qui nous sont communs mais qui nous enferment dans une habitude créative. Nous ne sortons que très rarement des "templates", des modèles de mises en page proposés.

    Et pourtant, nous utilisons une marque Apple dont le slogan est "Think Different"... Mais comment pourrions-nous penser différemment avec des objets déjà encadrés, prêts à l'emploi qui ne favorisent peu ou pas un imaginaire disruptif ?

    La complexité de notre société tient dans la multiplication des paradoxes auxquels, nous sommes soumis. 

    Mais où est notre attention ?

    Elle se cadre, et, dans le même temps, se déplie au fil des algorithmes qui nous propose des contenus fidèles à notre identité numérique calculée. 

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    Faut-il, dès lors, penser un RetroDesign de l'attention ? C'est l'une des questions que pose le Think Tank Fing qui s'intéresse aux transformations numériques. Mais attention, s'il faut penser un tel design de l'attention, nous devons le penser selon une certaine éthique. Cela signifie que les algorithmes qui entourent notre pratique, doivent être repensés non pour nous faire perdre du temps, mais bien pour en gagner afin d'augmenter nos capacités (cognitives par exemple).  

    Comme l'a démontré Natasha Schüll, la dépendance se travaille avec le design. « Tout bon chercheur sur ce sujet reconnaîtra que la dépendance est en grande partie une question de rythme des récompenses et renforcements, c’est-à-dire une question de fréquence. » 

    Elle s'est intéressée à la conception de la dépendance dans l’univers des machines à sous (voir son ouvrage Addiction by Design – Machine Gambling in Las Vegas).

    Nous pouvons également lister les autres détournements de notre attention :

    • le Fomo (Fear of missing out) ou "la peur de manquer" : voir ce que font les autres, ce qu'ils disent, ce qu'ils ont mis en avant, etc. Cette peur est sans limite, il suffit de regarder les comportements autour de soi dans les transports, dans les écoles. La seule façon de ne pas subir c'est de déprogrammer les alertes, de ne plus se servir de son téléphone comme réveil (pour ne plus avoir la tentation de regarder les posts de la nuit de son réseau).
    • L'approbation sociale : nous cherchons tous à être reconnus. Avoir des likes, avoir des coeurs sur des posts... c'est une médaille de plus accrochée à notre inconscient. 
    • La réciprocité sociale :  qui que nous soyons, nous sommes très sensibles à la réciprocité des gestes. Si vous me dites bonjour, je dois vous le dire également. Regardez au début de Facebook les "poke"... aujourd'hui dans messenger vous pouvez envoyer des simples "hello"... Nombreuses sont les plateformes web qui utilisent cette faille de notre psychologie.
    • "Le gavage" : les pages sans fin, les flux infinis, les vidéos qui se lancent toutes seules… Pour nous intimer l'ordre de consommer, le mieux est de continuer à nous donner à manger, même lorsque nous n’avons plus faim. 
    • L’interruption instantanée : les messages qui nous interrompent immédiatement sont plus convaincants. Ainsi, Facebook Messenger indique automatiquement à l’expéditeur lorsque nous avons “vu” un message. Indirectement, nous sommes ainsi contraints à répondre puisque nous savons que l’autre a vu que nous avions lu le message. Cela est valable sur Snap également...
    • Les valeurs de l'entreprises entremêlées avec nos valeurs personnelles. Cet entremêlement rend difficile le fait de quitter une plateforme dont nous avons l'impression qu'elle incarne tout ou partie de nos valeurs personnelles.
    • Le biais cognitif de l'absence de choix. Bien que ce ne soit qu'un biais cognitif, nombreux sont ceux qui considèrent que le seul moteur de recherche est Google... 

    Comme le souligne Tristan Harris, il est parfaitement possible de créer une technologie qui ne nous ferait pas perdre de temps et qui éviterait les détournements d'attention.  

     

     

     

     

    Mais l'attention c'est quoi ?

    Faisons quelques petits jeux...


    Nous ne voyons pas ce qui change doucement. Notre attention est limitée temporellement et nous sommes peu réceptifs au changement progressif. C’est ce qui explique, notamment, que nous ne nous voyons pas vieillir.

    Notre attention est limitée dans le temps. Et nous sommes bien plus attentifs à ce qui bouge vite, à ce qui clignote (d'où les systèmes de récompenses dans les jeux)…Nous sommes loin d'être attentifs au changement progressif. 

    Essayons encore une fois avec une autre vidéo :


    Si nous nous concentrons sur quelque chose, nous ne pouvons nous concentrer sur autre chose. C’est ce qui explique en grande partie l’hyper-compétitivité à l’égard de la captation de notre attention.

    Pourtant, chaque jour, nous tentons de faire plusieurs choses en même temps. Y sommes-nous attentifs ?

     

     

  • Et si on changeait notre regard sur la Chine ?

    Vous le savez j'ai écrit, j'écris des articles sur la Chine. Je lis aussi beaucoup sur cet immense pays, son histoire, sa culture, ses traditions, ses perspectives. J'ai même récemment démontré que les médias français orientaient négativement notre vision de cet immense pays (voir ici mon article "le Sens de l'Avenir"). Alors que se passe-t-il quand nous parlons de la Chine ? Est-ce si difficile de considérer que notre système de valeurs est défaillant ? 

    D'où vient le rejet de la pensée chinoise ?

    Il nous faut revenir à l'épistémologie, à un fil historique qui mêle désir de conquête, volonté hégémonique et politique.  N'oublions pas l'importance de la religion en occident. Car comment se véhicule une pensée si ce n'est au travers des personnes ? Il s'agissait de commerçants, d'aventuriers, de mendiants mais aussi et surtout de religieux. C'est ce que je soulignais déjà dans l'article "la culture en avance sur la diplomatie"

    La rencontre de la pensée française avec celle de Confucius n'échappe pas à ce principe. La rencontre fut sans doute violente entre les missionnaires chrétiens (surtout jésuites) et la pensée de Confucius. Une pensée centrée sur la connaissance de l'individu, sur ses liens à son environnement. Une absence de racines, une compréhension de l'univers sans lien avec le sacré ou une force unique. Afin de comprendre la pensée chinoise, il a fallu la traduire. Et cette traduction devait impérativement convenir aux codes religieux en vogue en Europe. Or comment faire entrer ce corpus dans les concepts européens ? Confucius est ainsi devenu rationaliste et même agnostique. Mais une chose demeure inchangée : la quête du perfectionnement de soi.

    Cette quête du perfectionnement ou de la nécessité de comprendre l'individu avant de fonder une société, se retrouve dans la philosophie anglaise chez John Locke ou chez Hume. Tous leurs écrits partent de l’individu pour en revenir à une construction sociale. Sans comprendre l’humain, toute société est impossible. En d’autres termes, ce changement de repère est bien de source chinoise. Un schisme naît entre ceux qui vont résister à cette prise en considération de l’humain en quête de lui-même dans le monde et l’univers et ceux qui vont ouvrir une brèche considérable dans la pensée philosophique. Je pense ici à Hegel qui va faire naître la phénoménologie. L’humain est dans le monde, et il incarne à la fois l’histoire individuelle mais aussi collective. L’univers le traverse, le transperce, il est un tout et en même temps une articulation d’un tout.   

    Quand on plonge dans les relations entre la France et la Chine, il faut donc remonter à cette rencontre primordiale : l’introduction des textes en France par le biais des prêtres Jésuites. Et si nous poursuivons sur ce fil, alors nous devons évoquer Voltaire. Ce dernier remarque le contraste entre l’édit de tolérance promulgué en 1692 par Kang Xi (qui autorise le déploiement du christianisme en Chine) et la révocation de l’édit de Nantes par Louis XIV en 1685. En d’autres termes, Voltaire souligne la différence entre la Chine qui semble s’ouvrir, accepter l’autre dans ses différences et la France avec son arbitraire royal. Il dénonce ainsi les guerres civiles et religieuses qui sévissent en Europe. Dans le même temps, il érige en France Confucius comme un idéal. 
    Il faudrait s’attarder des années sur cette jonction philosophico-religieuse et les représentations culturelles qui s’en suivirent. Il me faudrait ici citer Leibniz qui fonde l’espoir d’une unification religieuse de l’humanité toute entière, dont l’Empire sino-mandchou est un élément essentiel. Il pose cela au nom de l’universalité de la raison.

    Mais avançons ici rapidement sur ce fil épistémologique... Vers 1750, les intellectuels français reculent. Pourquoi ? Simplement parce qu’ils ont déplacé leur champ d’investigation. L’humain n’est plus au centre, non c’est le politique. De là naît le désenchantement français. La Chine apparaît négativement dans les ouvrages de Montesquieu. Il fait apparaître un doute dans L’esprit des lois (chapitre 21 du livre VIII) où il qualifie de « despotique » l’Empire chinois. Puis il finira par écrire qu’il s’agit davantage « d’un despotisme oriental ».

    Emmanuel Kant affirme cette séparation définitive en 1756. Dans le cadre de son cours de Königsberg sur la « géographie physique », il évoque l’Asie. Il décrète que Confucius n’avait aucune notion de philosophie morale : « Leur maître Confucius n’enseigne rien dans ses écrits hors une doctrine morale destinée aux princes ». Il conclut alors : « le concept de vertu et de moralité n’a jamais pénétré dans la tête des Chinois ».  
    Mais c’est Hegel qui reposera la question de la philosophie en Orient et qui même scellera la séparation officielle. Il écrit dans les notes de ses cours, publiées sous le titreLeçons sur l’histoire de la philosophie, une section consacrée à « La philosophie orientale ». Il y écrit « Nous avons deux philosophies : 1° la philosophie grecque ; 2° la philosophie germanique. » Il s’ensuit que « ce qui est oriental doit donc s’exclure de l’histoire de la philosophie. » En d’autres termes, la philosophie ne peut venir de Chine. Le débat est clos.  

    La suite n'est qu'un enfermement doctrinal depuis plus de deux cents ans. Les peurs ont la vie dure !

    Sur ce point, je vous laisse avec la vidéo TED où l'économiste Martin Jacques nous met face à nos systèmes de pensée... 


     

     

    Et si on repensait le libéralisme ?

    Voilà où nous en sommes, une économie fondée sur les guerres, les dominations ne semble pas fonctionner. Elle se fragilise, faisant monter les populismes, appauvrissant les couches sociales... 

    Dambisa Felicia Moyo est une économiste zambienne, spécialiste de la macroéconomie, de l'influence de l'aide étrangère et des relations internationales. Elle est titulaire d'un doctorat (PhD) en économie de St Antony's College, Université d'Oxford. Son mémoire de 2002 est intitulé Essais sur les éléments déterminants de l'épargne dans les pays en développement. 

    En 2009,  lors du sommet sur la coopération sino-africaine en Égypte, le Président chinois Wen Jiabao a déclaré « J'ai lu un livre intitulé Dead Aid écrit par Dambisa Moyo. L'auteure parle de ses expériences personnelles et conclut que l'aide de la Chine à l'Afrique est sincère, crédible, pratique et efficace et qu'elle est également bien accueillie par le peuple africain. Je suis persuadé que l'amitié et la coopération entre le peuple chinois et le peuple africain ont un brillant avenir ». 

    En faisant des recherches, j'ai découvert son exposé TED de novembre 2013. Une recherche éclairante sur les raisons de notre blocage. Dambisa Felicia Moyo éclaire notre vision de la compréhension des systèmes économiques, elle démontre également combien la démarche économique chinoise devrait être suivie.


     

     

  • L'économie comme vous ne l'avez jamais vue

     

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    L'économie, ciel c'est trop compliqué... C'est un sujet qui fâche, qu'il faut éviter à table... Bref et si on vous proposait un ouvrage qui va mettre tout le monde d'accord ? C'est le pari de la maison d'édition Eyrolles !

    Voici un ouvrage hors nomes, une taille disproportionnée pour mieux appréhender... Un livre à déposer sur toutes les bonnes tables pour partager, comprendre et savourer l'économie. 

    Un sacré pari ! 

    L'économie comme vous ne l'avez jamais vue !

    Un livre réussi qui étonne en proposant 100 infographies pour comprendre l'économie. Les chiffres virevoltent dans l'espace. Ils sont frais, proches, familiers, tout semble s'éclairer avec facilité. La complexité n'existe plus, elle passe en arrière plan.

    Thomas Ramge et Jan Schowchow nous entraînent avec délice et malice dans les coulisses de ce monde économique. Les thématiques s'affolent et s'amusent de nos idées reçues. Il est temps de plonger dans un apprentissage plus ludique !

    • Que nous apprend le voyage d'un jean, de la culture du coton au Kazakhstan jusqu'à sa livraison en France, sur le commerce mondial ?
    • Comment peut-on schématiser la pensée de Marx, de Keynes, d'Amartya Sen ?
    • Qu'est-ce que l'indice big Mac ?
    • Quelles seront les compétences les plus recherchées sur le marché du travail dans 15 ans ?
    • Comment l'agencement d'un supermarché nous pousse-t-il à consommer ?
    • L'économie au quotidien

    Un vrai beau livre à offrir, à partager, à lire ensemble, en famille...

     

  • La fin de nos libertés

    “Le premier des droits de l'homme c'est la liberté individuelle, la liberté de la propriété, la liberté de la pensée, la liberté du travail.”

    Jean Jaurès

     

     

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    Entre la phrase de Jean Jaurès et ce livre de Jean-Hervé Lorenzi & Mickaël Berrebi, quelque chose s'est perdu en chemin. C'est étonnant, non ?

    Mais quoi me direz-vous ? Le mythe de notre liberté, de notre indépendance ? Ce livre comme l'indique sa quatrième de couverture est "un plaidoyer pour le progrès. Il nous fait pénétrer dans l'univers des nouvelles technologies, ses exceptionnelles perspectives et ses risques.

    On évoque aujourd'hui beaucoup le numérique, à juste titre, mais bien d'autres domaines scientifiques sont concernés, la génétique, l'énergie, les nano-technologies. Peut-être notre liberté est-elle en danger : les dirigeants de ces grandes entreprises technologiques veulent définir le monde dans lequel nous vivrons dans les décennies à venir.

    Il s'agit donc d'éviter que les entreprises imposent leurs choix au monde, au détriment des puissances publiques, dans tous les domaines de notre vie sociale et privée.

    Une première question parmi bien d'autres émerge : faut-il démanteler Google et les autres GAFA ?"

    Mais il est aussi une enquête dans l'envers du décor. Le décor c'est notre paysage quotidien : les yeux rivés sur les smartphones, les pouces joueurs, les casques sur les oreilles (ou nouvelle mode l'enceinte portable)... Une société atomisée, divisée déjà évoquée de multiples fois dans mes articles ou dans mon essai "Nouvelles technologies - Nouveaux publics".

    Mais reprenons, dès l'introduction les auteurs, cite Raymond Kurzweil (vous savez le futurologue du MIT - le maître de Google) "sa liste de prédictions est longue elle s'étend jusqu'en 2099. Il décrit les différentes phases qui vont conduire l'homme vers un nouveau genre, celui de l'homme "augmenté", mi-homme, mi-robot" (Cf. page 17). Cela fait un moment que nous le savons, que nous essayons d'éveiller les consciences vis-à-vis de leur addiction technologique qui peut aller jusqu'à son ingestion. Bref, l'humain doit s'habituer à ses nouveaux comportements, les siens... Je me souviens encore des premiers "kit oreillette" dans les bus, où nous pouvions encore croiser le regard d'un autre humain sans craindre de déclencher une guerre. Celui qui avait l'oreillette et qui avait une conversation, passait pour un fou (de raconter sa vie ainsi)... C'était il y a sans doute un peu plus de quinze ans maintenant, aujourd'hui la vie s'étale en réseaux... 

    L'observation de ces comportements est un indicateur de ce qu'il se produit réellement dans l'envers du décor. Qui décide ? Qui dicte ces nouveaux modes de fonctionnement ? Quelque chose de fou se produit sous nos yeux et pourtant personne ne semble bouger. Nous sommes quelques fous à crier, à faire prendre conscience. Nous tentons de faire bouger les lignes face à une génération fataliste qui ne cherche pas à sortir de ce conformisme imposé. 

    Ce livre arrive au bon timing. Il évoque dans le passage à l'intelligence artificielle, le lien entre déshumanisation et asservissement volontaire. Cette déshumanisation "suppose un processus où l'homme se voit retirer, ce qui est force de droit dans les sociétés modernes, sa dignité d'être humain" (cf. p.53). 

    Il ne s'agit pas d'arrêter le progrès, mais il s'agit de l'encadrer, de lui proposer un système épanouissant pour tous, pas seulement pour certains privilégiés (soit les 1% des jobs)... Sur ce point, il aurait été intéressant de s'attarder sur les villes dites du futur (comme Google, Apple, Facebook, etc.)... villes dont les internautes sont exclus. C'est un paradoxe des plus frappants. 

    Mais le plus alarmant, c'est que cela indique clairement que nous (les citoyens) mais aussi les pouvoirs publics ne décident de rien face à ces géants capables de faire bouger les lois, les règles comme ils l'entendent. "Les grandes sociétés technologiques, qu'elles soient numériques, de génie génétique, de l'énergie ou du transport spatial, ont rapidement compris cette situation, cette vacuité publique et ont décidé de décrire l'avenir, leur avenir et désormais le nôtre, dessinant ainsi une société telle qu'elles la voyaient" (Cf. p. 159). Il est urgent que les institutions publiques reprennent les cartes en mains, en posant les véritables questions, sinon les citoyens devront entrer en résistance. 

     

    Un livre à lire, relire qui devrait éveiller les consciences de ceux (même des nouvelles générations) qui sentent que leurs quêtes personnelles est ailleurs : dans la réalisation d'eux-mêmes....

     

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    L'avenir de notre liberté Faut-il démanteler Google... Et quelques autres ?

    Ed. Eyrolles.