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Influence(s)

  • Trace(s) de révolte(s)

    Donner à voir. Dire l'indicible. Tenter de formuler une question. Rompre une soumission. Faire corps. Donner de la voix. Chercher à briser une fatalité. Poser des limites. Demander des droits. DIRE. C'est tout cela à la fois le(s) mouvement(s) des Gilets Jaunes. Une colère plurielle, multiforme qui veut dire la misère, la difficulté des fins de mois, les errances de discours, les résignations, les désignations faciles, les nouvelles formes de totalitarisme(s).

    Comment rendre compte de cette actualité tout en gardant la possibilité de l'examen critique ? Paradoxe que nous devons dépasser pour élaborer une tentative de compréhension. Dans son ouvrage Oppression et liberté, Simone Weil écrit : "on pense aujourd’hui à la révolution, non comme à une solution des problèmes posés par l’actualité, mais comme à un miracle dispensant de résoudre les problèmes". Se révolter c'est hurler au monde, c'est rétablir le rapport de force. La résolution, elle, arrive bien plus tard. 

    Le monde réel n'existe pas. Poser ainsi cette affirmation fait crier, fait taire, fait rire... Le réel (notre réel) est une réorganisation permanente de nos perceptions. Notre cerveau trie, met en forme, détourne, retourne. Première résultante de nos errances perceptives : les biais cognitifs. Nos biais cognitifs sont parfois entretenus par des paroles répétées, des paroles d'autorité, des paroles amicales, médiatiques, familiales, etc..

    Si on vous montre le(s) mouvement(s) des Gilets Jaunes par le biais de la casse, alors vous répèterez cette idée que le mouvement a été mis en place pour casser. Si on vous le montre sous un autre angle comme celui de la pauvreté alors vous serez enclin à vous en détacher en disant que vous n'appartenez pas à cette catégorie. Si on vous montre les violences policières vous allez probablement dire que tout ceci est une injustice. 

    L'ensemble de ces propos sont au coeur des Gilets Jaunes. Nous pourrions y ajouter une part de racisme, une part d'anti-sémitisme, etc. Mais il y a aussi mille autres choses.

    Tous les samedis, je suis venue au coeur de ce mouvement, j'ai pris des clichés (comme souvent décalés) pour montrer, pour décliner autrement cette actualité. Au fil des rues, au fil des cris, au fil des gaz étoilés dans le ciel de Paris, des rebonds de fumée sur les toits, les feux de rues, j'ai suivi les pas usés, j'ai écouté les propos, j'ai pleuré, j'ai eu le coeur serré...

    Un corps doit être situé disais-je dans une réponse à un article de Pascal Engel.  Un corps situé dans le mouvement des gilets jaunes, c'est un corps qui brave le froid, qui se fait prendre entre les avancées des CRS, les souffrances morales des citoyens, les gaz, la pluie... C'est aussi un corps traversé, transpercé des discours médiatiques, des incertitudes des étudiants, des amis, des doutes (sur l'avenir, le temps présent, l'actualité).

    Cette carcasse, qui est mon corps depuis des années, a décidé de donner à voir. Juste montrer, à chaque instant saisi, tout ce qui trouve devant mes yeux (partie infime de mon corps situé, pris dans toutes les contradictions de l'instant). Certains me reprochent de ne pas faire de vidéo.

    Nous n'avons pas besoin de mes vidéos, nous avons besoin d'images fixes, d'images suspendues à notre réflexion, à notre respiration, à notre recherche de sens. Les réseaux sociaux débordent de vidéos, de témoignages directs. Ma recherche re-stitue, suspend le flux de l'actualité. Prendre le temps, le distordre pour en saisir les flux permanents. Donner à voir encore. Donner à regarder. Donner du temps à l'urgence. Sortir des ghettos, des partis, regarder au plus près notre malheur commun. 

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    Aujourd'hui j'ajoute les traces des luttes tantôt imperceptibles (presque poétiques) et les rages en mots (ou les maux en mots) surexposées. Des restes de grenade entre les feuilles, des verres éclatés, des vitrines brisées, des tags, des pavés abandonnés au pied d'une église. 

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    Dans Réflexions sur les causes de la liberté et de l'oppression sociale, Simone Weil écrit "le mot de révolution est un mot pour lequel on tue, pour lequel on meurt, pour lequel on envoie les masses populaires à la mort, mais qui n'a aucun contenu". Aucun contenu ou bien tous les contenus en même temps ? La révolution vient de toutes les contradictions qui ne peuvent plus être silencieuses.

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    Dire l'urgence pour rétablir le rapport de force entre deux camps invariablement toujours les mêmes : opprimés & oppresseurs.

    L'État, par définition, est une structure hiérarchique, il est donc nécessairement celui qui opprime. C'est sa structure fondamentale, il exerce le pouvoir en ordonnant, en soumettant la population à ses ordres. De l'autre côté, la population qui doit être aux ordres, est structurellement (à l'heure où nous parlons) dans la partie adverse : elle est opprimée. Mais ce n'est pas parce que ceci est vieux depuis des millénaires que cela ne peut pas changer. Nous n'allons pas vers plus ou moins de barbaries. Nous sommes des barbares. 

    Dans Réflexions sur la barbarie, Simone Weil  écrit :"Bien des gens aujourd'hui, émus par les horreurs de toute espèce que notre époque apporte avec une profusion accablante pour les tempéraments un peu sensibles, croient que, par l'effet d'une trop grande puissance technique, ou d'une espèce de décadence morale, ou pour toute autre cause, nous entrons dans une période de plus grande barbarie que les siècles traversés par l'humanité au cours de son histoire. Il n'en est rien. Il suffit pour s'en convaincre, d'ouvrir n'importe quel texte antique, la Bible, Homère, César Plutarque". 

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    Ce tag est particulièrement frappant. Il nous rappelle plusieurs choses. La première est la dimension géopolitique de la question sociale qui nous est posée. Sur ce point, revoir ou voir le documentaire de Manon Loizeau États-Unis : à la conquête de l'Est (vous y trouverez des similitudes et des différences avec ce que nous pensons être un mouvement uniquement franco-français). Nous pourrions nous questionner sur le nouveau embargo sur l'Iran et ses suites... Nous pourrions également soulever la question suivante : qui profiterait le plus du démantèlement du marché européen ? Autant de questions indirectes, invisibles et pourtant bien palpables. 

    La seconde chose que nous rappelle ce tag, c'est tout le travail psychologique à l'oeuvre dans une foule. Une somme d'individus, c'est une somme de multiples expériences et de discours. L'échauffement des esprits ne signifie pas qu'il n'y ait aucune pensée derrière. Relire absolument la Psychologie des foules de Gustave Le Bon. Il y écrit "Les grands bouleversements qui précèdent les changements de civilisation semblent, au premier abord, déterminés par des transformations politiques considérables : invasions de peuples ou renversements de dynasties. Mais une étude attentive de ces événements découvre le plus souvent, comme cause réelle, derrière leurs causes apparentes, une modification profonde dans les idées des peuples."

    D'où vient la modification profonde, si ce n'est ici de l'usage du tout technologie, de la mutation permanente de notre être, de notre subjectivité ? De là résulte la confrontation permanente entre une identité profonde et des désirs furtifs renouvelés... mais comme le souligne Zygmunt Bauman dans ce Présent liquide impossible de se construire sans s'auto-détruire en permanence. "La modernité liquide ne se fixe aucun objectif et ne trace aucune ligne d’arrivée ; plus précisément, elle n’attribue la qualité de la permanence qu’à l’état d’éphémère. Le temps s’écoule, il n’avance plus". Il n'y voyait pas de solution. Nous devons voir au-delà de ses craintes. Nous devons aller plus loin et retrouver le fil du temps, de la durée de notre humanité.

    Le(s) mouvement(s) des Gilets Jaunes nous mettent face à notre propre contradiction :  nous devons avancer mais nous sommes englués dans nos biais cognitifs répétés (conditionnés à nos habitudes dirait Bergson). Avancer signifie aujourd'hui opérer un changement de nos infrastructures économiques, sociales, collaboratives, ordonnatrices, etc. Mais cela ne doit pas rimer avec l'établissement définitif du totalitarisme (ou une réduction de la démocratie). C'est avant tout de démocratie dont l'humanité a besoin.

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    Le cri collectif est celui-là. Pour vivre nous avons besoin de plus de démocratie, de plus de représentations, d'échanges, de participations. La démocratie doit évoluer, prendre un nouveau visage. Poursuivons le fil sur lequel notre compréhension humaine est structurée. Culturellement nous n'avons pas encore opéré un changement de perspective(s). Ce n'est pas parce que l'état est encore une figure hiérarchique et autoritaire qu'elle ne peut pas se métamorphoser en une figure coopérative.

    C'est dans un effort commun, que nous pourrons lancer les bases d'une démocratie représentative. Dans le rang des Gilets Jaunes on voit apparaître des slogans en faveur du RIC (référendum d'initiative citoyenne). C'est une étape. 

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    Une étape qui doit nous mener vers une démocratie que je qualifie de liquide. Une démocratie dans laquelle les lignes hiérarchiques sont remplacées par des lignes égalitaires. Où le consentement éclairé doit prendre la place de la soumission (ou du marketing de la permission). Tant que nous prendrons pas le temps d'établir ce nouveau mode de fonctionnement, tant que nous restons soumis à l'ordre hiérarchique (tant confortable à certaines de nos habitudes), nous ne pourrons rendre à l'humain sa place réelle dans l'écosystème de l'humanité. Nous resterons au bord du chemin. Ne l'oublions pas, au milieu de tous les discours médiatiques faussement contradictoires entre experts (hors sol soit hors des réalités - voir le fantastique travail de l'ACRIMED sur ce sujet) : la première violence est celle économique.

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  • C'est quoi le "casse du siècle ?"

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    Remarquons déjà mon silence sur la fabuleuse mise en scène de l'interview "Happy Birthday Mr President" où Edwy Plenel (pour Mediapart) et Jean-Jacques Bourdin (pour RMC et BFMTV) ont eu l'immense joie de "désacraliser" l'exercice de l'interview présidentielle. 

    Une immense table entre deux camps. Notons une géométrie bien carrée. D'un côté, les journalistes de l'autre monde, ce vieux monde qui a en arrière fond une fresque. De l'autre un "hyper président (dit Jupiter)" avec un fond "fort" : la tour Eiffel. Elle est debout et je préside à sa lumière... Il n'y a plus les "Monsieur le Président", ni les tonnes de dossiers présidentiels qui garantissent le sérieux de l'action. Une magnifique conversation du café du commerce et une rhétorique du bavardage. 

    Revenons sur le documentaire de BFM intitulé Macron, le casse du siècle.

    Que faut-il y voir ? Moi en général, quand on me parle de "casse du siècle" c'est le clan des pauvres qui s'attaque à la banque pour soit s'enrichir soit aider les autres... Là j'ai l'impression d'assister à un Robin des bois à l'envers. 

    Expression née de la bouche de Gérard Collomb, "le casse du siècle" est répété, comme un mantra auquel nous devrions finir par croire. Et tout le long du documentaire, la voix off insuffle tout un vocabulaire qui va dans ce sens. Il y a donc bien eu un cambriolage à l'Elysée, les termes "braquage", "repérage des lieux", "hold-up" sont répétés à l'infini.

    Au fur et à mesure, que le documentaire se déroule, je vais passer sur toutes les petites phrases répétées, les élans de génie ou plus exactement la volonté et le goût du pouvoir qui peuvent pousser un être humain à... .

    Une phrase reste, celle citée par Christophe Cambadélis. En effet, lors du remaniement de François Hollande, Emmanuel Macron voulait être nommé ministre. Déception. Il est revenu et aurait tenu ces propos : "Tu sais, je reviendrai, et j'attaquerai tout le monde au pic à glace". J'aurais juste envie de répondre un futur président ne devrait pas dire cela. 

    Arrive le moment de la "campagne", Macron se déclare avant que Hollande ne donne ses intentions... Nous pourrions dire "ça y est le père est mort"... Reprenons le "casse a donc eu lieu", non ? Ah pardon, je n'ai pas bien compris. Corine Lepage qui participait alors au bureau politique estime "Tout se décidait à cinq ou six personnes...Verticalité totale, genre parti communiste des années 50ce n'est pas un parti dans lequel le pouvoir vient d'en bas, et monte progressivement, ce n'est pas du tout comme ça que ça se passe".

    Et je laisse la conclusion à Emmanuel Macron ""On vient de réussir un braquage. C'est comme dans Ocean's Eleven, sauf qu'on était moins nombreux... Faut dire qu'on connaissait le proprio et qu'on avait les plans ".

    Ce que je retiens de ce documentaire, la phrase assassine avec les pics à glace, la peur de Laurence Haïm (journaliste brillante qui y a cru, puis a démissionné et qui, désormais, a disparu des écrans...).

    Cette élection n'a rien du casse du siècle cela ressemble davantage à la fin d'une démocratie. Un vote qui ressemble au calcul de Condorcet. 

    La conclusion reviendra à un autre documentaire sur cette "fabuleuse" année de Macron en Président de la République, dans lequel il prononce cette phrase étonnante, à propos de Versailles : «un lieu où la République […] s’était retranchée quand elle était menacée…» La phrase a été prononcée au détour d’une question dans un documentaire (plus que bienveillant) diffusé  sur France 3. Voilà une belle invention historique... où quand Jupiter prétend réécrire l'histoire... Y aurait-il un nouveau ministère des vérités ?

  • Double discours à Davos

    Aujourd'hui, amusons-nous et retrouvons le goût de l'actualité et des mots. Ciel, comme disait Samuel Beckett "tout langage est écart de langage".

    Alors qu'est-ce qu'un double discours ?

    La question peut sembler anecdotique. Elle peut avoir aussi des réponses évidentes. Cependant en ces heures critiques, où la mondialisation doit changer de visage, comme de direction afin d'éviter la rupture définitive entre "les élites" et les "populations", avoir un double discours ce n'est pas faire du "en même temps". Ce n'est pas, non plus, concilier les inconciliables. 

    Avoir un double discours, c'est simplement avoir un discours variable et contradictoire en fonction du public auquel il s'adresse. Là paradoxalement, le public n'a pas changé entre vos deux parties de discours. Vous êtes resté droit, vous avez eu ces phrases, ces propos qui font le bonheur des financiers et le malheur des citoyens...

     

    Montrez-moi le contenu de ce double discours ?

    La vidéo issue de l'article de Jean-Baptiste Duval et de Matthieu Balu sur le site HuffingtonPost illustre parfaitement cette contradiction en images.

    Le premier avoir souligné ce double discours, c'est Eshe Nelson pour le journal Quartz. Il écrit : "la première moitié de son discours, en anglais, s'adressait directement aux chefs d'entreprise, annonçant des investissements dans l'éducation, le changement climatique, la R & D et l'innovation, tout en promettant des incitations fiscales et fiscales pour encourager la prise de risque en France. Macron a déclaré qu'il voulait rendre les règles notoirement rigides du pays plus flexibles - développées de concert avec les entreprises, au lieu d'être simplement appliquées par le gouvernement. Il a également appelé à un changement de la culture de la régulation française, qui engendre la bureaucratie."

    En d'autres termes, la première partie du discours est bien adressée aux banques, aux investisseurs. Et elle se conclut avec force sur la nécessité de travailler main dans la main avec l'Europe. Une Europe forte et unie... Pour ceux qui auraient la mémoire courte. Il rappelle la droite ligne de la Commission « Pour la libération de la croissance française » mise en place par Nicolas Sarkozy (en 2007), présidée par Jacques Attali ancien conseiller de François Mitterrand. À cette époque Emmanuel Macron était rapporteur général adjoint. Puis en 2010, par décret il en est devenu membre. 

    Dans ce rapport de 334 pages, se trouvent 316 mesures... Parmi lesquelles (juste pour rafraîchir la mémoire) :

    Durée du travail : permettre aux entreprises de déroger à la durée légale du travail par accord de branche ou accord majoritaire d’entreprise (décision 136) Autoriser plus largement le travail du dimanche (décision 137)

    La Sécurité sociale : supprimer, dans la Constitution, la distinction entre le PFLSS (Loi de financement de la sécurité sociale) et la loi de finance (décision 224).

    Fusionner la part salariale et la part patronale des cotisations sociales (décision 299)

    Supprimer 3 points de cotisations sociales en les finançant par 0,6 point de CSG et 1,2 point du taux normal de TVA (décision 300). "Non seulement il n’y a rien pour augmenter le pouvoir d’achat mais la commission « décide » de le diminuer en augmentant la CSG et en instaurant la TVA sociale" (c'est ce que notait Jean-Jacques Chavigné).

    Je reviendrais sur ces points à un autre moment notamment sur Macron et les belles promesses faites à la Chine.

    Revenons à Eshe Nelson et à son article dans Quartz. Changement de ton pour la partie française du discours de Macron. Il note que "la deuxième partie de son discours, prononcé dans sa langue maternelle, s'est plongé dans des problèmes sociaux troublants. Il a parlé de la folie de l'obsession de la croissance économique, de l'influence excessive des institutions financières sur la mondialisation, du besoin de coopération fiscale internationale, du nationalisme, du terrorisme, des migrations, du changement climatique, de l'intelligence artificielle, du big data, l'éducation tardive des filles, les dommages environnementaux potentiels de l'initiative chinoise «Une ceinture, une route» et le capitalisme".

    Rien à voir donc avec la première partie. À croire que les français se désintéressent de Davos ou bien encore qu'ils ne parlent pas tous anglais. Moi la première je déteste mon accent anglais, mais je lis et j'écoute les discours en langue anglaise (et dans un grand nombre d'autres). Je préfère d'ailleurs la langue de Shakespeare à la bouillie généralisée que tout le monde désigne par "langue anglaise". Depuis les années 1990 il ne s'agit que d'une langue "globish" dont on nous sert dans les films, les discours, les vidéos-montages, des chansons... Bref une tartine d'abrutissements généralisés entraînant une idiosyncrasie...  

    Pour conclure 

    Monsieur Macron, vous ne le savez que trop bien : l'appauvrissement des mots entraînement l'appauvrissement des esprits. Vous, un président "Jupitérien"...

    Première image très intéressante. En effet, pour ceux qui auraient oublié ce que signifie ce mythe : Jupiter en latin Juppiter ou Iuppiter (génitif Jovis), est le dieu romain qui gouverne la terre et le ciel, ainsi que tous les êtres vivants s'y trouvant. Il est aussi le maître des autres dieux et est originellement un dieu du ciel. Il est, par ailleurs, marié à sa soeur Junon. 

    Président, Jupiter s'affirme ainsi en "maître des horloges". Une question se pose, le monopole de la parole n'est-ce pas cela qui s'appelle une dictature ?

    Enfin comme le soulignait déjà Paul Ricoeur (votre maître - selon votre storytelling), dans son ouvrage Histoire et vérité : "Toute philosophie est, d'une certaine façon, la fin de l'histoire".

     

  • 11 Petits candidats, en campagne...

    “Je veux bien changer d'opinion, mais avec qui ?”

    Tristan Bernard (Cf. Le Poil civil)

     

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    En cette période électorale, je ne voulais pas évoquer la politique. Mais je suis en colère, ne le cachons pas. J'en ai même assez de tout ce que j'entends. Certains diront que je suis "trop sensible", d'autres que j'ai l'oreille "trop exercée aux jeux du langage", d'autres encore pourront me taxer de "révoltée", etc. J'en passe. Tout ceci ne sont que des étiquettes. 

    Je m'accorde donc le temps de faire un détour. Et celui-ci sera sur l'opinion. Nous en avons tous une paraît-il ? Et même il existe une opinion publique... La blague... Reprenons.

    "Nous avons une opinion !" "Tout le monde a une opinion" ou encore "Chacun sait que l'opinion publique est favorable à"... 

    Les expressions sont amusantes. Non ? savez-vous ce qu'elles recouvrent ? Ne seraient-elles pas des arbres qui masquent la forêt ? 

    Notre opinion est-elle sûre ou bien est-elle dictée ? Et qui nous la dicte ? Notre culture ? Notre famille ? Nos amis ? Les médias ? Sans aucun doute un mélange de tout cela. 

    N'oubliez jamais "une image peut en cacher une autre"... Par exemple, lorsque vous entendez "les petits candidats", votre réaction inconsciente (et normal en quelque sorte) consiste à ne pas les considérer. Normal car ils sont petits. Mais qu'est-ce que cela signifie ? Cela veut dire que leurs idées sont inférieures à celles des "grands" candidats. Donc pourquoi les écouter ? Mais voilà que ceux désignés comme "petits" font des buzz, ils frappent au coeur. Ils sont directs. Logique, ils n'ont rien à perdre "eux les petits".

    Indirectement cette expression répétée, réduit votre attention. Votre opinion se forge non sur leurs propos mais bien sur le fait qu'ils sont "petits". Notons qu'heureusement certains d'entre nous échappent à ce principe. 

    Qu'est-ce donc qu'une opinion ? 

    En philosophie, soyons clairs, l'opinion est une croyance. Celle-ci peut prendre la forme d'une faible adhésion ou d'une ferme conviction. En tant que telle, elle n'est pas ou peu fondée. Comme le souligne Kant "l'opinion est le fait de tenir quelque chose pour vrai, mais avec la conscience d'une insuffisance subjective aussi bien qu'objective de ce jugement" (cf. Critique de la raison pure). 

    Chez les Grecs, on parle de doxa. Platon considère l'opinion comme l'intermédiaire entre la connaissance et l'ignorance. Selon, lui "l'opinion droite" contient une connaissance vraie mais pas de justification. Pour Aristote, elle se distingue de la science par ce fait : ce que l'opinion affirme pourrait ne pas être, tandis que la science ne porte que sur ce qui est nécessaire. 

    L'opinion publique apparaît au XVIII ème siècle. Elle désigne la pensée dominante qui se dégage au sein d'une société. Celle-ci se forme sous l'effet des débats et des controverses diffusés par la presse. Par conséquent, pour faire émerger une opinion publique, il faut un minimum de liberté d'expression. 

    Belle équation, non ? Cela signifie que plus on évoque "l'opinion publique" plus on réduit la liberté d'expression... Cette équation repose sur la fabrication de cette opinion. 

     

    Comment fabrique-t-on une opinion ?

    C'est un exercice passionnant. Nous pourrions prendre les stratégies de marketing qui nous font aimer des produits insensés. Comment continuons-nous à boire du Coca-Cola ? Exemple que je prends souvent en cours pour dire combien, la force du storytelling est incroyable. Elle efface toute l'histoire de cette marque avec le IIIème Reich. 

    Mais revenons à notre élection présidentielle. Si la fabrication de l'opinion a été l'enjeux majeur du XX° siècle (en partant de l'oeuvre de Gustave le Bon puis du travail de Edouard Louis Bernays, etc.), le XXI° siècle explose ces recherches... Impossible aujourd'hui d'exister si vous ne faites pas partie du "sérail". Vous serez toujours un "petit" candidat. Ce qui signifie que pour être un grand immédiatement, il faut être soutenu, enfin bref du "sérail" (ou cercles de décideurs)...

    En fait, le XXI° siècle s'ouvre sur d'un côté les regardeurs qui constatent les dégâts de cette fabrique de l'opinion (via le consentement, c'est-à-dire un engagement initial qui ensuite vous plonge dans une jolie cascade d'engagements - pour un résultat qui au final ne vous conviendra pas), et ceux qui, malgré eux, par fatalisme (diraient certains de mes étudiants) suivent le courant qui leur est indiqué. Ah... la misère du conformisme social. Finalement, il nous faudrait à nouveau relire Platon et son allégorie de la caverne.  

    Finalement, les regardeurs observent les rouages de cette fabrication avec des flux et des reflux d'informations. 

    Sur ce point, impossible de ne pas revenir sur les ouvrages de Chomsky 

    "Les médias sont en symbiose avec de puissantes sources d’information pour des raisons économiques et du fait d’intérêts partagés. Ils ont impérativement besoin d’un flux continu et stable d’information brute. Ils sont confrontés à une demande d’information quotidienne et à une grille horaire qu’ils doivent remplir. Pour autant, ils ne peuvent se payer le luxe de maintenir en permanence reporters et caméras partout où un événement important peut se produire. Les limites de leurs budgets leur imposent donc de concentrer leurs moyens là où les événements significatifs sont les plus fréquents, où abondent fuites et rumeurs, et où se tiennent régulièrement des conférences de presse."

    (Cf. La Fabrication du consentement, chapitre I :  Un modèle de propagande / 3. Troisième filtre : Les sources d’information)

     

    Mais si vous êtes trop sensibles aux médias, il faut être attentifs, à ce qu'ils ne montrent pas. Ainsi vous pourrez comprendre d'où vient ou ne vient pas votre opinion. Exercice difficile, j'en conviens. Inspirez-vous cependant de cette émission de LCI qui a été censurée. Vous comprendrez combien il est important de toujours s'intéresser aux décors, aux mises en scènes, aux éléments de langage...