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  • La discorde

    La Discorde pleure en ce jour de mars, la jeunesse traînée par delà les trottoirs hésite à se satisfaire de ce Koh-Lanta moderne. "Quoi de l'art contemporain ?" "Quoi un musée ?" Non je plaisante, cette jeunesse a de l'énergie, des nouveaux modes de langage, des idées rapides. La jeunesse fuse et cherche ses nouveaux rêves. Existe-t-il un lieu où elle pourrait les affirmer ? 

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    La Discorde semble le thème idéal à interroger. Cependant c'est la "relation" qui est en question dans ce "workshop images" du jour. 

    La Discorde, au Palais de Tokyo, rencontre la fille de nuit. C'est une belle relation. Le jour serait-il en désaccord avec la nuit ? La fille de nuit s'envole comme la chouette de Hegel.  Au total, sept artistes proposent leurs visions du monde : Neïl Beloufa, le duo Kader Attia et Jean-Jacques Lebel, Georges Henry Longly, Massinissa Selmani, Marianne Mispelaëre et Anita Molinero.

    La discorde c'est le désaccord, comment ces artistes ont-ils montré leurs désaccords avec notre époque ? Drôle de dialogue entre le présent et un futur incertain. Faut-il tout laisser fuir ? Et ces mots de Voltaire qui reviennent sans cesse "la discorde est le plus grand mal du genre humain, et la tolérance en est le seul remède".

    Tout commence ici, dans le hall. L’œuvre in-situ d’Anita Molinero, déployée dans les airs, se compose d’une grande sculpture en polystyrène brûlé, voire fondu, « sorte de planète fossilisée ou de vaisseau spatiale à la technologie incertaine » autour de laquelle tournoient tel des satellites des carénages de moto fondus. Et si le décor avait fondu, que resterait-il ? 

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    Après il faut se faufiler au choix, dans les salles en haut ou celles du bas. Je choisis le bas... Descendre est un acte important du corps humain. Nous partons à la découverte de Daimyōs , le corps analogue – George Henry Longly. 

    Le Palais de Tokyo, en partenariat avec le Musée des Arts Asiatiques Guimet, présente une exposition autour des œuvres de l’artiste George Henry Longly, la première personnelle dans un musée en France. 

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    Conçue comme « une expérience troublante et mouvante », celle-ci met en son centre une collection d’armures japonaises et joue sur la lumière pour modifier nos perceptions. Nos défaisons à loisir les maillons des chaînes qui nous enferment. Les sons sont des volutes d'espace. 

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    "Ce qui coule n’a pas de fin" de Massinissa Selmani

    Le lauréat 2016 du prix Sam pour l’art contemporain présente un travail troublant d’expérimentation autour du dessin, « mêlant une approche documentaire à des constructions fictionnelles ». Son point de départ ? « L’histoire commune entre l’Algérie, la Nouvelle-Calédonie et la France » à travers les voyages de Louise Michel, déportée sur l’archipel après la Commune de Paris. Une manière élégante de raconter l’histoire politique et sociale de cette époque. Un dessin en mouvement, des carnets avec des calques de perspectives. Que regardons-nous ? Le présent, le passé, le futur de la discorde ?

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    "on vit qu'il n'y avait plus rien à voir" de Marianne Mispelaëre rend visible l'invisible. renverse notre regard et ses habitudes. Et si un monde s'écrivait avec les nuages ? L’artiste s’est penchée pour cette exposition sur les « monuments fantômes qui peuplent, par leur absence, le paysage ». Sa thématique de prédilection ? « Le rôle du lisible et de l’invisible dans nos sociétés ».

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    L’un et l’autre – Kader Attia et Jean-Jacques Lebel dérangent. Ils jettent le trouble. 

    L’exposition proposée par les deux artistes s’est construite sur un long échange et s’intéresse à « la passion commune de Kader Attia et Jean-Jacques Lebel pour de nombreux objets collectés à travers le monde ». Des objets « sacrés ou profanes » en provenance de différentes cultures, mais toujours en lien avec la thématique de la guerre.

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    Un peu plus loin une étrange respiration se dessine. Elle opère à partir de l'installation de Daiga Grantina. Les flux circulent dans ce corps hybride étrange de toute odeur, juste des matières molles qui se jouent des espaces ou des liquides.

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    Il faut prendre le temps de la poésie avant de regagner l'étage et de vivre les émotions violentes de notre époque dans la partie intitulée "l’ennemi de mon ennemi" de Neïl Beloufa. 

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    L’exposition proposée par l’artiste franco-algérien interroge sur « les représentations du pouvoir et la place ambiguë de l’artiste dans la multiplicité des discours contemporains ». 

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    Un rassemblement d’objets, de documents, d’artefacts ou encore d’images qui se veut représentatif de la manière chaotique dont s’écrit l’histoire à l’ère de la mondialisation. C'est une sorte d'agonie. Allons-nous tous devenir amnésiques de nos données numériques, de nos contradictions en images sur les réseaux sociaux ?

    Questionner les images semblent la seule recommandation viable dans un monde surchargé, bombardé d'images sans sens, en tous sens, partagées, repartagées... Hygiène mentale d'urgence. 

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    Face à ce tourbillon, cette ivresse, cette perte de sens, cette surcharge émotionnelle, tournons-nous vers les fragments de Héraclite : "ce qui est taillé en sens contraire s'assemble ; de ce qui diffère naît la plus belle harmonie, et c'est la discorde qui produit toutes les choses".  

     

     

     

  • Qui contrôle nos cerveaux ?

    Pourquoi changeons-nous de voiture, de destination, de médecins, d’amants, etc. ?Sans doute pour des raisons qui nous semblent nous appartenir, puisque notre comportement nous semble parfaitement imprévisible. Pourtant d’autres l’ont pensé pour vous. Non, je vous rassure, il ne s’agit pas d’un complot ! Il s’agit juste de principe de circularité et de tautisme. Partout des choix s’offrent à nous, cette multitude loin de nous proposer une liberté nous enferme, nous contraint. C’est ce que l’on nomme le paradoxe du choix. Plus il y a d’offres, moins nous sommes libres de choisir. Plus il y a d’informations, plus nous sommes passifs.Comment sortir de ce système ?
     

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    La France debout, assise ou en marche… Tout cela ne signifie rien d’autre qu’un immobilisme cérébral profond. Nous pourrions saluer le fait qu’il s’agit d’une tentative, d’un début de quelque chose. Comme tout début cela n’a pas de forme ou plus exactement c’est informe.

    Et si je vous dis que ceci n’est rien ? En fait j’ajouterai même qu’il s’agit d’un simple prisme médiatique pour donner à penser autre chose que le “ça va mieux” d’un Président en exercice qui ne sait pas où est sa place.

    Déjà je vous vois moins rieurs, moins enjoués après ces quelques lignes. Vous soulignerez certainement “mais pourtant des intellectuels reconnus y sont allé”. Ils ont mis des mots, donné un regard sur la situation. Mais revenons aux premiers jours de cette place, d’abord il y a l’association Droit au logement, puis quelques personnes avec des associations du type “Paris à 30 kilomètre heure”, des anti-téléphones portables et Momo le vendeur de brochettes.

    La place de la République dessine des histoires, des trajectoires. Chacun est dans son coin, et puis certains tentent de faire du lien, évidemment les choses débutent ainsi… Et puis la la faune de la Place de la République fera le reste. J’y suis allé plusieurs fois, en passant pour tenter de distribuer le questionnaire de la Forêt des âmes de Julien Friedler. C’est amusant ce questionnaire, six questions, six mises en danger. Personne ne s’y intéresse, quelques regards étranges, quelques bousculades. Or ce questionnaire a la force du témoignage, du regard sur les choses, il est libre à chacun ses réponses. Il est un indice pas seulement au niveau individuel, il témoigne aussi de l’esprit, des mentalités d’une époque.

     

    Mais reprenons, à qui appartient la Place de la République ? C’est un symbole fort. Une place, une république. Cette année cette Place a repris ses droits dans le jeu politique. Elle est le lieu des résistances citoyennes (après les attentats de Charlie Hebdo) et de la démonstration politique. Le symbole serait donc aujourd’hui récupéré par la population qui souhaite laver son linge sale en public. Et c’est là que c’est intéressant, chacun est invité (en cinq minutes) à prendre la parole, à dire ce qu’il a sur le coeur, à crier sa colère… Plusieurs fois, je me suis demandée mais à quoi au juste assistons-nous ? à un défouloir collectif ?

    Ici il n’y a de rêve que les slogans. Les frustrations sont trop fortes, les idéologies étroites pour que cela fasse sens. A l’heure où j’écris cet article, un compte Facebook, un Twitter et j’imagine Instagram et autre ont été mis en place. C’est intéressant pour un groupe soit disant sans leader, sans forme…

     

    Et puis je me suis souvenu des premiers jours, la nuit du 31 mars. C’est la première nuit debout qui répond à l’injonction syndicale de “convergence des luttes”... C’est bien, bien dit si je devais croiser le communiquant qui a pensé cela, je lui dirai bravo, bel réutilisation des principes de Psychologie des foules de notre ami Gustave Le Bon.

     

    Toujours se demander : “à quoi assistons-nous ?”

    Nous pourrions ici évoquer l’affaire des Panama Papers. Le 17 avril dernier, La Commission internationale des journalistes d’investigation (ICIJ) qui a rendu public le scandale des Panama Papers a publié un clip dénonçant les conséquences sociales des sociétés pratiquant l’évasion fiscale. Prostitution d’orphelins mineurs en Russie, approvisionnement en carburant occulte de l’aviation syrienne, soustraction au fisc d’un pays ravagé par la pauvreté.

    Dans ce film, réalisée avec le Centre Pulitzer, nous pouvons y voir le cas d’une des sociétés clientes du cabinet d’avocats Mossack Fonseca (qui organise des centaines de sociétés-écrans et a déjà été impliquée dans le grave scandale d’État brésilien Petrobras), une compagnie pétrolière en Ouganda. Pour éviter de payer 400 millions de dollars d’impôts, le pétrolier a mandaté Fonseca pour réaliser une simple formalité : déplacer l’adresse de la société d’un paradis fiscal à un autre. “Dans un pays où une personne sur trois vit avec moins d’1,25 dollar par jour, 400 millions de dollars représentent plus que le budget annuel pour la santé”.

    Je passe également sur la traite humaine et tant d’autres choses… A vous de décider si vous choisissez de le voir ou pas.

     

    Nous sommes forcément d’accord avec ces dénonciations, avec cette enquête et pourtant quelque chose me choque. Quid des Etats-Unis ? Pas une compagnie citée, pas un financement révélé, et Washington qui reconnaît, à demi-mot, avoir payé une partie de l’enquête. Où est donc l’indépendance de la presse ? La liberté de ton, la prise de risque ? De façon positive, nous pouvons dire que cette affaire est intéressante car elle révèle la  face cachée d’une mondialisation de connivence ou les amis d’amis ont toujours un besoin à réaliser. Les Panama Papers soulignent surtout l’amoralité des institutions du capital. Nous sommes tous au coeur de cette problématique, une fois que nous avons confirmé ce sentiment de colère qui nous ronge. Nous sommes en première ligne des mesures d’austérité pendant que ceux qui les ordonnent, font fructifier leurs dividendes.

     

    A nouveau, demandons-nous à quoi assistons-nous ?

    En allant au bout de cette question, nous allons devoir lever le voile de l’illusion, nous allons devoir sortir du déni. Ce  déni dont je parle si souvent, je vais ici tenter de le matérialiser. Comment procéder ? C’est assez simple, ma méthodologie est toujours la même :

    1/ s’arrêter, respirer profondément par le nez

    2/ désigner un point dans le futur, à un horizon de dix ans (ce n’est ni trop près, ni trop loin)

    3/ commencer à regarder ce point et à vous retourner progressivement pour voir le chemin à parcourir pour l’atteindre.

    4/ en regardant le chemin, prolongez votre regard jusqu’à comprendre les évènements du passé (regardez l’histoire en face, en ne prenant par exemple que les inventions techniques, ajoutez ensuite les éléments financiers...)

     

    Maintenant que la méthodologie est posée, concentrons-nous deux secondes sur cette étrange notion de déni. Le déni consiste à voir une situation mais à faire comme si elle n’existait pas. Plusieurs raisons à cela : la panique, le doute, la culpabilité, l’absence d’énergie, ou juste pas l’envie…

     

    La fin de l’esprit critique

    Le fil du déni est intéressant. Il nous fait être, exister au milieu des uns et des autres sans nous voir, nos journées sont formatées autour de mots d’ordre, d’injonctions. elles sont là, elles nous cueillent dès le réveil.

    Nos injonctions sont celles issues des slogans publicitaires “What else ?”, “Venez comme vous êtes”, “sème le désordre”, “j’optimisme”, “savoure l’instant”, “je suis au courant, je suis sur BFM”... Même l’armée s’y met “j’ai soif d’aventure pour ceux qui ont faim de liberté”... Notre journée pourrait se résumer ainsi :

    • 7h au réveil. “Coffee is not just black” (Cf. Nascafé Docle Gusto)
    • 7h30 douche. “Cueillez votre beauté (Cf. Petit Marseillais)
    • 7h45 brossage de dents. “Un sourire ça change tout” (Cf. Signal)
    • 8h. Les transports. “Tant d’histoires à venir” (Cf. Eurostar)
    • 8h30/9h. Arrivée au bureau. Café avec vos collègues. “Melitta le secret d’un grand café” (Cf. Melitta)
    • 9h30. Vous êtes à votre bureau. “Simplifiez votre PC” (Cf. Windows)
    • 10h30/11h. Pause. “Le plaisir irrésistible” (Cf. Senso) / Si vous allez aux toilettes. “Le soin où vous ne l’attendez pas” (Cf. Le trèfle)
    • 11h15. Vous avez mal à la tête.
    • 12h30. Pause déjeuner. “Savoure l’instant” (Cf. Coca)
    • 14h. Maux d’estomac. “Vous allez sentir la différence (Cf. Gavisconell)
    • 15h30. Pause. “Haribo c’est beau la vie pour les grands et les petits”
    • 17h. Réunion. “Donnez des ailes à vos doigts” (Cf. Stabilo)
    • 19h. Sortie du bureau. “Venez vivre la magie” (Cf. Disneyland)
    • 20h. Apéro. “Open your wolrd” Heineken
    • 21h. Dîner/ rencontre. “Vous n’aimez pas vos imperfections ? Quelqu’un les aimera pour vous” (Cf. Meetic)

     

    Et cela est déclinable pour toutes les vies, tous les statuts. Rien n’échappe au regard publicitaire. Le moindre de vos désirs est dicté, souligné, pensé, conduit pour vous. Qu’est-ce que cela signifie ? Que nous n’avons plus de marge de manoeuvre ? que nos rêves sont finis ? Non. Il y a un mince espoir. Celui qui nous fait encore penser que “tout est possible” (là encore c’est un slogan).

    Nous devons regarder la situation en face, la nommer, la désigner pour comprendre que nous devons remettre de l’humain, là où les slogans uniformisent l’individu. Là où le marketing propose des slogans, nous devons repenser un supplément d’âme. Ce serait déjà déchirer le voile de l’illusion. Pas d’inquiétude derrière ce voile, il y a de belles choses et il y a surtout des choses à inventer.

    Comment en sommes-nous arrivés là ? C’est en effet la grande question. Il y a depuis le début du XX°siècle tout un travail qui consiste à établir la société de l’information. Au départ, la technologie était conçue comme un ensemble d’améliorations des conditions de vie. L’information était nécessaire pour faire du commerce, pour véhiculer des marchandises mais aussi des idées, des façons de voir, de se comporter, etc. L’esprit critique me direz-vous résiste à tout même au nucléaire… Mais une chose l’a mis en péril, cette chose s’appelle la psychologie des foules. Elle seule ne peut rien, elle est un constat, une observation nette du comportement des individus pris dans une foule. Au coeur d’une foule, ce n’est plus l’individu et ses raisons pour lesquelles il vient et nourrit de sa présence la foule. Non ce qui compte c’est le nombre, l’effet de masse. De l’observation de cet effet de masse, l’idée du progrès en a fait sa force. Pour créer une société de consommation compacte, il faut créer une ligne de masse. Cette ligne de masse a ses normes, ses formes, ses rêves, ses besoins. La société de consommation y répond, et la boucle est bouclée. Et c’est son rôle, car elle ne doit pas effrayer la masse, elle doit répondre à ses besoins (qui lui auront préalablement été suggérés).

     

    Cette société, nous la devons en partie à un homme : Edward Louis Bernays. Cet homme est le neveu d’Anna et de Sigmund Freud. A priori, il semble inoffensif quand on regarde les documentaires, on a l’impression d’un bon grand-père. Mais c’est aussi le père de la propagande. Son postulat est assez simple : il faut regarder le long terme. Dans ce futur Bernays souhaite fonder la démocratie (non sur le peuple) mais sur l’économie et le commerce dirigé par une élite. Selon lui, la masse est incapable de parvenir à un état de paix collective et de bonheur par elle-même. Cette masse a donc besoin d’une élite qui la contrôle et la dirige à son insu en ce qui concerne les décisions importantes.

     

    Donc que va-t-il faire ? C’est assez simple après avoir observer la méthode inventée par Ivy Ledbetter Lee qui peut être considéré comme le père des relations publiques. Mais revenons. Après la Première Guerre mondiale, la machine industrielle dont les capacités ont été démultipliées doit trouver des marchés afin de continuer à fonctionner (ce sera le même problème après la Seconde Guerre mondiale). Il faut donc créer des besoins car à l’époque le citoyen occidental de base consomme en fonction de besoins vitaux, et n’accorde que des exceptions à la frivolité. Il faut donc exacerber le désir de consommer et rendre les frivolité obligatoires, incontournables et intimement liées aux gains de liberté apportés par les progrès sociaux...

     

    Créer des besoins, faire rêver, cela a un doux nom aujourd’hui : le  marketing, mais c’est aussi et avant tout des Relations publiques. C’est ainsi que s’installe progressivement la société de contrôle. « Nous devons insuffler aux gens «une philosophie de la futilité» et nous assurer qu’ils sont intéressés exclusivement par les «choses superficielles de la vie, les effets de mode du consumérisme». Ils doivent satisfaire ce que l’on appelle les « besoins imaginaires » écrit Noam Chomsky

    Déjà Foucault, dans son ouvrage, Surveiller et punir, nous a montré le chemin. Nous sommes entrain de voir émerger une société de contrôle. Pas plus, pas moins. C’est un doux nom, un doux rêve de liberté, de rêves consommables.

     

    Installation de la société de contrôle

    Quand on attire l’attention sur la société de contrôle, on prend tout de suite peur. Cela provoque un arrêt de la pensée.

    Quand nous évoquons le “contrôle” de quoi parlons-nous ? Chez les philosophes comme Deleuze, Foulcault ou encore Antonio Negri, il s’agit de la société qui s’installe après celle disciplinaire. Cette expression naît chez l’écraivain William Burroughs.

    Une société de contrôle n’enlève ni le sentiment de croyances en des religions ou en la liberté. Il ne s’agit plus d’enfermer les individus ou groupes d’individus. En revanche, le contrôle des personnes s’effectue “par contrôle continu et communication instantanée”. Quand Deleuze écrit cela, il n’y a pas encore les réseaux sociaux, en revanche, il y a le début des grandes constructions des réseaux autoroutiers. Il note dans une conférence, que nous pouvons rester sur l’autoroute et faire le tour de la France, en ayant le sentiment de liberté, tout en étant parfaitement contrôlé (péage, stations essence, etc.). Aujourd’hui les points de contrôle, sont évidemment plus précis, plus présents, je devrais dire plus omniprésents (même si à nos yeux, ils semblent absents). Les cartes de fidélité sont un principe marketing très intéressant de ce point de vue. Comme le soulignent Michael Hardt et Antonio Negri « les mécanismes de maîtrise se font […] toujours plus immanents au champ social, diffusés dans le cerveau et le corps de citoyens ».

    C’est amusant la société dans laquelle nous vivons, partout nous avons des sentiments de liberté, des désirs d’achat, des réalisations donc immédiates et pourtant jamais nous n’avons autant été contrôlés. En technique marketing on parle de la main invisible, celle qui induit nos comportements d’achat, nos réactions émotionnelles face à une publicité, etc. Cela procède du contrôle selon Noam Chomsky qui écrit «garder l’attention du public distraite, loin des véritables problèmes sociaux, captivée par des sujets sans importance réelle. Garder le public occupé, occupé, occupé, sans aucun temps pour penser; de retour à la ferme avec les autres animaux».

    La distraction est un principe ancestral du contrôle. Depuis l'époque romaine et le fameux “Panum, vinum et circenses” (du pain, du vin et des jeux), la distraction permet de contenir les velléités des masses. Donner du pain et des jeux permet de calmer la population. Son attention émotionnelle est détournée. Cette stratégie évite que nous allions chercher de l’information sur des sujets techniques (comme la cybernétique, le transhumanisme, les neurobiologies, les techniques de manipulation de l’ADN, les nouvelles armes, etc.). Il serait, en effet, fâcheux que nous ayons des idées plus intéressantes à soumettre que celles proposées par nos gouvernants.

    Mais cette technique, note Noam Chomsky, va de paire avec celle qui consiste à parler à la population comme à des enfants. Sur ce point je vous laisse reprendre le fil d’un journée en slogans publicitaires ou sinon je vous renvoie à la publicité de la marque Herta pour son produit far “les knacki” où l’on voit cette toute jeune fille dire face caméra comme si elle s’adressait à nous “mais t’avais dit qu’on ferait des knacki”... Comme le note Chomsky « si on s’adresse à une personne comme si elle était âgée de 12 ans, alors, en raison de la suggestibilité, elle aura, avec une certaine probabilité, une réponse ou une réaction aussi dénuée de sens critique que celle d’une personne de 12 ans ».

    Ceci est un principe évident si vous voulez séduire le grand public, il faut s’adresser à l’enfant qui sommeille en lui. La plupart des publicités destinées au grand-public utilisent un discours, des arguments, des personnages, et un ton particulièrement infantilisants, souvent proche du débilitant, comme si le spectateur était un enfant en bas-âge. Bref, en encourageant l’infantilisation, en développant la médiocrité, on détourne l’attention de la population qui ne se sent dès lors plus contrôlée. Il faudrait réaliser un article entier sur la médiocrité afin de montrer comment les médiocres ont pris le pouvoir, ou plus exactement comment à force de privilégier ce qui est moyen on créé une société qui ne peut pas fonctionner. Par encourager la médiocratie, je rappelle juste le principe de toutes les télé-réalités conçues pour distraire, et placer des produits, évidemment nous pourrions ajouter les émissions dites culturelles qui ne sont qu’un déversoir de conneries (pardon d’informations) gluantes. Ici je vous renvoie juste au livre de Alain Deneault, La Médiocratie.

     

    De la société de contrôle à la fin des états

    Si je reprends ma question initiale “à quoi assistons-nous ?” Si nous suivons ce fil, alors nous arrivons à la pure et simple disparition des états au profit des grandes sociétés de contrôle. Le procédé est assez simple et parfaitement indolore.

    Si nous prenons l’aspect financier c’est un peu moins indolore mais notez comme les états ont du mal à demander à Google, à Facebook ou Amazon de payer leurs impôts société localement…

    En revanche d’un point de vue de l’utilisateur c’est totalement “cool”. Tous ces services proposés, c’est presque illimité. Nous pouvons, à loisir, chatter, se filmer, se photographier, s’envoyer des Snap, des SMS, des e-messages, des e-tag, etc. Notre temps se disloque et comme je l’ai déjà évoqué : effacer le temps et son impact sur nos vies, telle est l’objectif le plus important du GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon) - pour ne parler que d’eux.

    Au début de sa création, Google faisait sa promotion en affirmant qu’il fallait moins d’une seconde pour trouver par son intermédiaire la réponse. Si nous annulons le paramètre temps dans nos vies, alors nous sommes captifs d’un présent, si ce n’est éternel, continu.

    Impossible de sortir de cette continuité. Impossible de se projeter hors de cet espace sans bornes. Impossible de se dessiner un avenir, ou d’éprouver le besoin d’un savoir qui nous permettra de nous adapter à telle ou telle situation. Nous restons là, le regard capté par nos ordinateurs, l’esprit préoccupé par ce que nous croyons voir. Noam Chomsky parlerait ici de distraction. Pendant que nous sommes distraits par tout ce que font nos semblables, nous ne regardons pas autour de nous.

    Le temps continu est une de leur clef marketing essentielle. Faecbook, Google, Amazon, Appel en déduisent de nouveaux objets, de nouveaux outils à créer. Surtout effaçons le temps, effaçons notre vieillesse et développons la vie éternelle. Elle restera évidemment à plusieurs vitesses… Remarquez comme dans les publicités d’Apple nous sommes toujours jeunes et beaux, le temps semble suspendu. La vie devient un Art. Apple fait du monde un espace de beauté. Google pendant ce temps invente l’humain de demain en jouant sur les données génétiques qu’il récolte par sa société 23andme. Facebook est la plus grande base de données de contrôle. Facebook par nos postes réguliers, par les photographies mises est devenu le plus grand fichier de reconnaissances faciales au monde. Parfait pour la société sécuritaire que son patron souhaite mettre en place. Regardez son projet Zee town. Dans cette société pas de place aux personnes lambda. En d’autres termes, c’est aussi l’une des plus grande base de données d’exclusion au monde.

    Au quotidien, nous appliquons un principe aussi vieux que l’humanité : nous jouons avec nos outils. Nous essayons des choses, nous en transformons les usages. Cependant, pendant que nous jouons avec nos outils (que nous avons achetés), un monde se dessine. Un monde dans lequel les citoyens qu’ils soient européens ou d’ailleurs sont des usagers. En tant que tels, ils sont déchus de leurs droits. Un usager n’est pas un citoyen, c’est une quantité de données qu’il faut surveiller, entretenir dans un écho système particulier. Cet entretien de boucles de récurrence avait déjà été appréhendé par Héraclite d’Ephèse. Il avait déjà, dans sa théorie des “exhalaisons” compris les processus circulaires qui s’engendrent de manière régulée et infinie. Près de 2000 ans plus tard, Norbert Wiener a proposé la cybernétique pour piloter et gouverner les esprits. Au départ, il présentait ses recherches comme le fondement d’un « champ complet de la communication dans la machine et l’animal ». L’idée promue consistait en la construction d’une science générale du fonctionnement de l’esprit. Ainsi ont pu naître les neurosciences, comme prolongement de cette volonté de prédictibilité et de contrôle du comportement humain. En d’autres termes, demandez-vous toujours “à quoi assistons-nous ?” Quand un nouveau téléphone sort, quand un écran se réduit, quand il commence à se tordre… Regardez l’avenir et voyez comme les objets dits “smart” vont s’intégrer de plus en plus dans ce qui se nomme encore un corps. Notre corps est le lieu de toutes les expérimentations, de tous les contrôles. Doucement les états cèdent, et nous ? Que faisons-nous ? Il nous reste à rêver pour engendrer un autre monde, pour anticiper et déjouer les nouvelles avancées technologiques. Celles qui feront de votre corps une machine qui se prolongera à l’infini dans une nouvelle matière quantique. Accrochons-nous à nos rêves et mettons-y des étoiles.

    Comme le dit Paul Eluard “un rêve sans étoile, est un rêve oublié”... Evitons de nous oublier nous-mêmes. Reprenons nos droits de citoyens !   

     

    Article initialement publié dans L'impératif n°2 - Jacques Flament Éditions en 2016

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