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  • Les nouvelles Routes de la Soie

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    Aujourd'hui s'est déroulée une journée consacrée aux Nouvelles Routes de la Soie. Ce forum co-organisé par l'IRIS et l'Ambassade de Chine a permis de croiser les regards. 

     

    Les nouvelles Routes de la Soie - une définition

    Comment parler simplement de ce projet qui en fait nous dépasse tous ? La Route de la Soie transcende le passé, le présent et le futur. Elle replace les mythes du passé, dénoue l'avenir et propose de nouveaux enjeux. Déjà posons les bases, en nous demandant "de quoi parlons-nous ?" 

    La nouvelle route de la soie ou la Ceinture et la Route, 一带一路,  (appelée aussi OBOR - One Belt, One Road) est une liaison ferroviaire entre la Chine et l'Europe passant par le Kazakhstan, la Russie, la Biélorussie, la Pologne, l'Allemagne, la France et le Royaume-Uni. Est-ce seulement cela qui est enjeu ? Nous parlons du train, mais il existe trois "routes" : ferroviaire, maritime (de la Chine à l'Italie, en passant par le continent africain) et terrestre (immense réseau autoroutier qui nous permettrait de relier Paris à Pékin en voiture).  

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    carte (issue du Figaro) pour la dimension sino-européenne. 

     

     

    Les nouvelles Routes de la Soie - une philosophie 

    Tous les intervenants l'ont souligné, ce projet repose avant tout sur une philosophie dont les piliers sont : la coopération, la compréhension mutuelle et l'amitié. 

    Ici résonne l'utopie oubliée par notre vieille Europe. L'Amitié vertueuse développée par Aristote nous semble si loin que la plupart des européens bloquent sur cette idée "de renforcement de l'amitié des peuples". Nos schémas mentaux, seraient-ils les principaux blocages envers Les Nouvelles Routes de la Soie ?

    Sans aucun doute, comme je le soulignais dans un article intitulé La Route de la Soie réveille les craintes occidentales. Nous sommes un continent qui a connu les guerres, les pacifications et les traités... Il est intéressant de se réveiller et de voir que notre notion de "paix" n'est sans doute pas la meilleure... Savez-vous qu'en mandarin, la paix s'écrit à l'aide d'idéogrammes dont l'un signifie bouche et l'autre qui signifie blé. En d'autres termes afin qu'il y ait la paix, il faut que tout le monde puisse se nourrir...

    Ici, nous devons nous rendre compte de la puissance de la philosophie chinoise. Elle s'inscrit au fil des siècles et des millénaires sur ce principe même de partage. Pendant ce temps, l'Europe a inventé le rationalisme (et l'enfermement qui va avec). 

    Construire une telle route, quelle soit terrestre ou maritime, c’est engager différents pays, différentes cultures. C’est avancer sans détruire ce qui est existant, c’est lui donner la possibilité d’être vu par de nouveaux yeux (d'où l'importance des conservations des patrimoines locaux et les engagements du gouvernement chinois à ce sujet). 

    Une route est un lien, un tracé, un trajet. Mais c’est aussi un lieu d’arrêt, de contemplations et de partages. Pour que les échanges soient réussis, il faut certes développer la coopération amicale, la communication mais également le dialogue « gagnant-gagnant ». Seul l’établissement d’un tel dialogue permettra l’épanouissement d’une Eurasie pacifique. La Chine nous propose une philosophie du voyage, de la rencontre, de l'échange. Ici vibre, palpite le principe d’harmonie. Ce principe est le cœur de l’humanisme. L’harmonie est un équilibre, une justesse des choses. Pour rendre cela possible, la clef de la compréhension mutuelle : l'éducation. 

     

    Les nouvelles Routes de la Soie - l'éducation avant tout

    Comme l'a très bien démontré le professeur Yang Jin (Ministre Conseiller pour l'Education auprès de l'Ambassade de Chine) au cours de son intervention, le coeur de la route de la Soie, c'est l'accès à l'éducation. Et c'est une évidence, à l'heure où en Europe nous misons sur autre chose, où nous n'arrivons pas à penser l'éducation comme coeur d'un système stable, ce projet des nouvelles routes, nous rappelle l'essentiel "la perfectibilité de l'humain" par l'apprentissage. 

    Les Nouvelles Routes de la Soie font reposer l'éducation sur cinq points essentiels : 

    1. Formation des professionnels et promouvoir les séjours d'études à l'étranger
    2. Partenariat scolaire et reconnaissance mutuelle des diplômes
    3. Favoriser les échanges culturels et les création des mécanismes de dialogue
    4. Promouvoir l'apprentissage des langues, renforcer l'amitié des peuples
    5. Faire intervenir les autorités locales, mettre en valeur leurs points forts

     

    Les nouvelles Routes de la Soie - une nouvelle forme d'économie  

     Notre économie s'est développée autour de la consommation, du libéralisme débridé, sans lien avec l'humanité. La Route de la Soie nous replonge dans l'humanité. Les économistes ici vont hurler à l'utopie (pour mes propos) et à la guerre économique menée par la Chine. De mon côté, j'appelle à une meilleure compréhension mutuelle, afin de laisser tomber nos habitudes mentales. Et si on inventait une nouvelle économie fondée sur le socialisme à la chinoise ? Un libéralisme mesuré, encadré ? C'est cela la logique du "gagnant-gagnant". C'était le sens des interventions de KUANG Lecheng (Vice-président de la China Economic Information Agency) qui appelle à la création de plateforme d'aide aux entreprises européennes qui souhaiteraient comprendre ces nouveaux marchés qui s'ouvrent devant leurs yeux.

     

    Les Nouvelles Routes de la Soie - un nouveau système de pensée(s) & de développement(s)

    Comment conclure cette journée ? Évidemment je repense à tous ces paysages traversés, à tous ceux que je souhaite encore découvrir et partager aux lecteurs, aux amateurs de photos et de vidéos authentiques... Car la Route de la Soie c'est aussi cela, la traversée de milliers de kilomètres pour découvrir et rencontrer l'autre. 

    Cependant pour conclure, je préfère revenir sur les propos de Xi Jinping. Ils sont souvent mal connus, mal interprétés (je vous renvoie ici vers mon article sur le sens de l'avenir)

    Dans son livre blanc, Xi Jinping explique qu'il souhaite affirmer "le socialisme à la chinoise". Ce socialisme repose, en fait, les points suivants :

    • l’indépendance : la Chine reste non alignée
    • le multipolarisme : aucun pays ne domine
    • le double système : « un pays deux système » (comme avec Hong Kong)
    • le développement pacifique : il ne s’agit pas de créer une hégémonie nouvelle, il s’agit de collaborer ensemble avec les pays pour dessiner un bel avenir ensemble.
    • la coopération est internationale, les affaires sont multilatérales.

    Et cette philosophie participative, collaborative que la Chine entend mettre en place afin de bâtir les Nouvelles Routes de la Soie en Europe. Elle le fera dans un souci d'humanisme, de fraternité et de pacification. 

    Nos modèles se bouleversent, se renversent.  Les Routes de la Soie avancent avec un objectif collectif, loin de nos habitudes individualistes (perdues dans l’instatanéité répétée). Un projet qui offre aux futures générations un horizon stable et équilibré.

  • Le saviez-vous ? La Route de la Soie - Éditions est née...

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    Pendant l'été, nous avons grimpé, nagé, couru, pris l'horizon pour le déplier sous vos yeux. Évidemment, au passage nous avons saisi le bleu Klein pour en faire un sac où ranger les publications de la Route de la Soie - Éditions... 

    Une maison dédiée à la création de liens entre les cultures, entre les savoirs... Une citation d'Ella Maillart en bandoulière pour comprendre que la paix est une nécessité et que nous devons tout faire pour la mettre en oeuvre. 

    Si vous avez loupé... Voici en images, en mots et en liens nos publications ! 

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    La Revue n°260-261 de l'Association Française des Femmes Diplômées des Universités (et de l'enseignement supérieur), sous la direction de Claude Mesmin se propose de vous apporter un regard neuf sur les migrations au féminin. Dans ce recueil, les textes émanant des auteures de plusieurs pays sont accompagnés de récits détaillés de leurs travaux auprès de femmes venues d’ailleurs. De ces regards de femmes, sur d’autres femmes en souffrance à cause de la migration, émerge de ces récits au féminin, un autre regard plus éclairant. Cette peinture des capacités, face aux douleurs de chaque femme loin de son pays, est une magnifique leçon d’humilité et de tendresse envers l’autre, sa soeur, chassée de sa culture et de sa langue. 

    Ont participé à ce livre : Claude Mesmin, Francine Rosenbaum, Marie-Claire Hamard, Marie-Thérèse Couy, Christine Peix, Céline Laflute, Paloma Fernandez Sobrino, Nadia Poure, Tania Zittoun et Teuta Mehmeti, Marie-Christine Manuel, Margarida Cesar, Isabelle Broué, et Laetitia Vivien.

     

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    Ce livre Journal de Guerre (mai- juin 1940) est un magnifique témoignage à mettre entre toutes les mains. Andrée Coconnier nous propose de découvrir le journal de son père André Lecappon (un humaniste convaincu). Elle lui a redonné vie au moment où notre monde court au chaos. Il y a de la force dans ce livre, il y a de l'émotion. Mais il y a aussi le témoignage vibrant de cet homme en quête de paix dans l'absurdité de la guerre. Un livre à découvrir sans plus attendre. 

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    Connaissez-vous le Xinjiang ? Cette région de l'ouest de la Chine ? Après avoir parcouru cette région pendant plusieurs mois, je vous propose de rencontrer ses habitants, de voir quels sont les visages de ceux qui au jour le jour font de cette région un endroit incroyable. Le coeur de la Route de la Soie y vibre.

     

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    Fan Zhang vous livre ses émotions lors de sa venue à Paris où elle a étudié. Une ville bruyante difficile pour la jeune femme. Une découverte poignante d'une artiste chinoise au talent hors du commun pour saisir les situations. Elle nous fait vibrer par des couleurs, des traits. Un regard infiniment poétique sur le monde.

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    Ce livre est le premier, il est le lancement, le kilomètre zéro de la Route de la Soie. Il est une joie, une frénésie poétique sous les mots de Pascal Ordonneau qui a déambulé dans les rues autour du Panthéon grâce à mes photographies. Un dialogue entre les lumières et les pas perdus. Le souffle de ce lieu au carré pour découvrir que la Route de la Soie c'est aussi cela une perspective poétique.  

  • Trump, la Chine et ses voisins

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    Ce matin a eu lieu la conférence Donald Trump face à la Chine. Rendez-vous pris au café Le Procope à Paris pour écouter et rencontrer notamment : Pascal Abb (chercheur au German Institute of Global and Area Studies), Emmanuel Dubois de Prisque (chercheur associé à l'Institut Thomas More), Yannick Mireur (directeur de Nexus Forum, politologue spécialiste des Etats-Unis) et Benoît de Tréglodé, (directeur de recherche à l'IRSEM). 

    Chacun a écrit un article dans le numéro 48 de la revue Monde Chinois. Dans l'éditorial co-signé Emmanuel Dubois de Prisque et Jean-Yves Heurtebise, il est indiqué "par coïncidence dont l'Histoire a le secret, le 9 janvier 2017, quelques jours avant l'investiture de Donald Trump décédait le philosophe juif polonais, naturalisé britannique, Zygmunt Bauman, qui dans son oeuvre démontra à quel point la société postmoderne qui est la nôtre est marquée par un brouillage de toutes les distinctions qui restaient fondatrices de la modernité". 

    Pour ma part, ce brouillage est très intéressant, car il est créatif. Il est comme le déséquilibre permanent de la marche. En ce sens, il nous fait revenir à ce que l'humanité a oublié d'elle-même : le nomadisme. 

    La revue se propose de résoudre une équation nouvelle "quel type d'influence l'administration de Trump pourra-t-elle exercer dans des pays situés dans la proximité immédiate de la Chine, où Pékin semble vouloir avancer ses pions de façon résolue, dans un contexte d'interrogations profondes sur la présence américaine ?"

    Ce sont en suite quinze articles qui sont proposés aux yeux du lecteur attentifs. Des articles pointus, longuement muris de recherches et de confrontations. Ce matin, quatre auteurs ont présenté les grandes lignas de leurs articles. Yannick Mireur propose une mise à plat explicite de la stratégie chinoise en mer de Chine afin de clarifier des enjeux commerciaux avec les Etats-Unis. Pascal Abb pose habilement la question de l'élection de Trump dans les yeux chinois. Résonne quelque part un "mais comment est-ce possible ?" Emmanuel Dubois de Prisque  propose un regard différent en partant de l'analyse de certains discours de Xi Jinping, il propose de s'interroger sur le côté législatif ancestral de la Chine. Cet aspect serait-il un empêchement pour la Chine d'avancer librement pour prendre la place de numéro un mondial ? Enfin Benoît de Tréglodé nous dessine la politique vietnamienne avec comme facteur la Chine. A-t-elle plusieurs possibilités ? Doit-elle valoriser ses échanges avec les États-Unis ou bien tenter un équilibre dangereux entre deux puissances ?  

    Evidemment, il ne faut pas résumer en une phrase ces interventions. Les articles proposent des éclaircissements sur une situation complexe. Chacun laisse la possibilité de s'interroger sur le rôle de l'Europe dans le futur équilibre du monde. 

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    Lors de la discussion, un invité soulève la question de la "critique" et pose comme équation que "la Chine n'aime pas être critiquée"... puis prend pour exemple des sujets du type "la censure, le Tibet, etc." et que "lors de sa visite, tous ses mails ont été lus"... 

    Nous sommes en France et à nouveau ces sujets...

    Pauvre pensée française... 

    Il est intéressant d'opposer déjà que l'ensemble de nos mails sont lus par Google, Facebook, etc. Que nos téléphones sont des espions formidables. Bref donc pas besoin d'être en Chine pour que nos messages soient vus. 

    Je vais ici davantage revenir à cette notion "d'esprit critique". Je ris, je ris, je ris... Sommes-nous capables de critiquer la France ou le pays d'où nous venons avec autant de force que lorsque nous évoquons la Chine ? 

    La réponse est non (voir mon article sur Shaoyo Liu)... 

    Pourquoi ? Car nous sommes, depuis notre tendre enfance, bercés dans une pensée occidentales. Celle-ci est faite d'hégémonie et donc de domination. Les occidentaux colonisent, dominent, domptent, imposent... Comme autour de cette table, finalement, les invités chinois n'ont pas pris la parole. Très peu, à la fin, certes. Mais reprenons, nous sommes, intolérants, voilà ce que nous sommes. Des donneurs de leçon. Je m'inclus, malgré moi, car j'appartiens à cette culture occidentale. Cette culture qui me limite, ferme mon regard. Cette culture dont je dois sans cesse repousser les limites pour voir autrement. 

    A chaque débat sur la Chine, il y a toujours cette crainte sous-jacente de la domination du monde par la Chine (voir mon article sur les craintes occidentales).

    C'est amusant, la Chine représente la plus vieille civilisation. Elle a tout vu, tout vécu, inventé mille techniques (que nous avons pillé par la suite)... et aujourd'hui, nous ne sommes pas capables de prendre des leçons de la Chine. A nouveau, au lieu d'écouter pour essayer de comprendre, d'appréhender, nous voulons imposer nos certitudes. Ne serions-nous pas devenus trop prétentieux ?

    Comment pouvons-nous croire que notre système de pensée est-il encore juste ? L'élection de Trump montre à quel point, nous sommes arrivés au bout de ce dernier. Il est à bout de souffle. Au lieu de nous asseoir pour en imaginer un de nouveau, nous souhaitons le poursuivre, le prolonger jusqu'à explosion complète de notre planète. Et le mieux, c'est que nous avons un coupable tout désigné en cas d'implosion de notre système : la Chine. 

    Cette pensée est bel et bien enracinée en tous les occidentaux. Le regard fixé contre l'ennemi. Là encore, j'insiste, nous devrions remercier Emmanuel Kant (pour sa leçon géographique de la philosophie), ou même les premiers jésuites venus en Chine pour la christianiser. Les difficultés qu'ils notèrent c'est qu'ils n'arrivaient pas à faire comprendre les concepts. Et oui, comment faire entendre une pensée enracinée à des esprits qui pensent mouvement, flux, système ?

    Des siècles plus tard, nous retrouvons les mêmes barrières. Les mêmes schémas mentaux. Sauf que comme à son habitude, la Chine écoute, cherche à intégrer, pendant que les occidentaux cherchent à imposer, un rythme, une pensée. D'un côté la Chine embrasse, pendant que l'Occident oriente, ferme, segmente. 

    Parler de la Chine c'est subsumer 56 ethnies, un territoire immense, varié. Donc, ne devrions-nous pas ouvrir nos yeux, nos oreilles et apprendre ? Pouvons-nous seulement appréhender une telle diversité ? 

    Pour qu'il y ait équilibre du monde, nous devons apprendre à voir autrement. A saisir le monde de façon plus poétique (dans le sens de son mouvement). Le monde est organique, vivant, mouvant...Il suffit de s'intéresser quelque peu à l'histoire de l'écriture chinoise, pour voir que la Chine l'a bien compris.

    Voilà ce que je retiens de cette rencontre : à nouveau notre rationalité doit être interrogée. Nous devons reconnaître les limites de notre culture, analyser nos propres défaillances. Ce n'est qu'à ce prix, que nous pourrons inventer un nouveau système inclusif, coxistentiel. Notre société ne sera réellement post-moderne que si nous acceptons de sortir de la modernité en re-formatant les lumières. 

     

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    Pour vous procurer la revue, rendez-vous sur le site des Éditions EKSA! 

     

  • La Route de la Soie

    Une fois n'est pas coutume, j'ai pris mon temps pour écrire à nouveau sur ce blog. Oui j'aurais pu commenter les élections présidentielles françaises, ajouter du bruit au brouillard démocratique. Vous dire que les dés étaient bipés depuis l'été. Evidemment, j'aurais développé l'idée que cette élection est le signe d'une victoire d'une génération sans mémoire. C'est le cas. Quand on vit dans l'immédiateté, on ignore son passé, sa culture... qui ignore son passé ne peut avoir d'avenir. Que tout ceci nous éloigne du sens de l'humanité. Vous voyez, j'aurais pu être pessimiste. 

    Hier, une étudiante, me dit  : "quoi vous devriez être à Pékin et vous êtes là avec nous ! Mais vous êtes folle !" Sans doute, ai-je loupé l'occasion unique de rencontrer Xi Jinping, d'assister, en direct, à l'un de ses plus beaux discours. Sans doute. 

     

    La Route de la Soie un projet unique

    Donc ce matin j'écoute en direct, mais depuis Paris, cette rencontre où 29 chefs d'état viennent parler de cette renaissance officielle de la Route de la Soie. Cette entreprise d'une envergure immense va redessiner le paysage géopolitique mondial. Elle vise à rouvrir et aménager des routes commerciales qui, pour certaines, empruntent les célèbres et antiques " routes de la Soie " suivies par les caravaniers du IIe siècle avant notre ère au XVe siècle. Ces routes je les ai empruntées, traversées pendant des mois en Chine. Par sa dimension, par les bouleversements culturels que cette route entraîne, c'est un projet qui réveille les peurs occidentales (voir mon article du 21 janvier 2017)

    J'étais là lors des premiers débats en 2014, à Dunhuang où j'ai appris à entendre les discours des experts, découvrir les voies ferrées, imaginer les voies maritimes. Les cartes défilaient, les agencements...

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    Certains experts en géopolitique diront que cette idée est, avant tout, une idée occidentale pour générer un gain de temps dans les échanges commerciaux, particulièrement depuis leurs usines de production en Chine. 

    Le projet OBOR est notamment constitué du tronçon d'autoroute de 213 kilomètres entre Kashgar et Erkeshtam (ce dernier est entré en service en septembre 2013). La partie chinoise de cette route sera constituée des passages par Lianyungang, dans la Province du Jiangsu, et Xi'an, dans la Province du Shaanxi, et par la région autonome ouïghour du Xinjiang.

    Cette route rejoint l'Europe en passant par le Kirghizistan, l'Ouzbékistan, le Tadjikistan, le Turkménistan, l'Iran et la Turquie. Côté chinois, on achève le Xinsilu, une quatre-voies de 5 000 km qui relie la mer Jaune aux monts Tian. Un axe qui a pour but de délester la route maritime, par laquelle transitent des millions de conteneurs par an.

    Deux autres routes sont envisagées pour rejoindre l'Europe : une passant par le Kazakhstan et la Russie, et l'autre traversant le Kazakhstan via la mer Caspienne. Les travaux ne sont pas financés par l'Union européenne, qui n'apporte aucune aide logistique. Les bailleurs sont la Banque européenne de développement, la Banque asiatique de développement, la Banque de développement islamique.

    Cette route permet notamment de faciliter le commerce entre la Chine populaire et les pays d'Asie centrale, dont les échanges s'élevaient à 25,2 milliards de dollars américains en 2008. Une liaison ferroviaire allant de la région autonome ouïghoure à l'Iran et desservant le Tadjikistan, le Kirghizistan et l'Afghanistan est également envisagée.

    La route du sud, via la Turquie et l'Iran, est pour l'instant délaissée en raison des sanctions de l'ONU imposées à l'Iran. Ce pays est par ailleurs en conflit avec ses voisins sur le partage des eaux de la mer Caspienne.

    Évidemment, les routes maritimes vont relier le continent africain, puis l'Argentine, le Chili, etc. Le monde tourne ainsi dans une proximité plus grande. 

     

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    La Route de la Soie un projet d'avant garde 

    Ee 2014, dans les colonnes de Chine-Info, j'écrivais un article sur la Route de la Soie. J'y indiquais "parler aujourd’hui de la « Route de la Soie » et se lancer dans sa construction moderne est un pari titanesque. Ce projet soulève tant de questions aussi bien techniques qu’environnementales, culturelles et sociales. En écoutant les différentes présentations, en prenant le temps de confronter ma vision de la « Route de la Soie » à celle proposée, je me suis aperçue que j’étais tournée vers le passé. Sans doute est-ce là un problème typiquement français. J’ai donc essayé de faire un schéma d’un côté la colonne contenant « ce que je sais de la route de la soie » et l’autre « le futur de la route de la soie ». La colonne de gauche était bien remplie. Elle comprend les histoires, les mythes, les biens échangés, les savoirs décortiqués, les attaques de brigands. Elle est peuplée de couleurs et de beaux paysages. De l’autre la colonne de droite demeure vide. Je m’aperçois que je ne m’étais jamais posée la question. Pourtant au fur et à mesure des débats, j’ai commencé à la dessiner. Elle est rapide, traverse des paysages somptueux peuplés d’histoires anciennes. Elle est écologique, les échanges se font sans problème aux frontières. Elle est un lien d’amitié entre les peuples. Cette route, cette ceinture, c’est l’avènement d’une nouvelle civilisation." 

     

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    En 2015, à Ürümqi, après avoir découvert le Xinjiang pendant plus d'un mois. Après avoir arpenté la Route de la Soie du nord, du sud, avoir traversé le désert du Taklamakan, j'ai participé au forum "Building the Silk Road". 

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    À nouveau, pour j'écris pour Chine-Info, un article qui sera suivi d'un petit livre de photographies (chez JFE)"Pour évoquer la Route de la Soie, il faudrait narrer les heures à imaginer sur une carte un impossible tracé. Et puis, il y eut l’audace de ma demande, celle de parcourir la zone qui se situe au Xinjiang, soit à peu près six mille kilomètres en passant par Ürümqi, Kuqa, Turpan, Kachgar, Hotan, Yengisar…

    Au fil des kilomètres, des paysages renversants, des lumières aux mille couleurs, des défis technologiques, des paris écologiques, des histoires singulières. Ici plus qu’ailleurs, la Chine dessine son histoire, elle est composée de ses ethnies. Nous oublions souvent que la Chine compte plus de cinquante ethnies ! Les visages, les corps sont différents, les habitudes aussi, le temps prolonge l’espace autrement. Les lumières s’attardent sur les déserts devenus des roches, les longs couloirs de vent font vibrer les éoliennes en une chorégraphie majestueuse. Le ballet de scintillement des panneaux solaires nous fait entrer dans une autre dimension. le Xinjiang d’aujourd’hui écrit celui de demain. Le futur est une impression du présent. Le passé est là, les vestiges partout ornent la route et apportent une halte de l’histoire. Le passé a une place bien particulière dans le Xinjiang : au travers des musées, des vestiges, des traces de route, etc."

    Un projet d'avant-garde ? Cela signifie, un projet qui porte en son coeur l'union des civilisations. La possibilité d'avancer ensemble, de révéler une fraternité entre les peuples, les civilisations. Je ne vais pas ici rappeler que, pour moi, la fin des lumières riment avec la fabuleuse leçon de géographie philosophique d'Emmanuel Kant. Pour réinventer les Lumières nous avons besoin de cette route. Elle est l'équilibre du monde. Mais pour que cet équilibre ait lieu, il va falloir que, de notre côté, nous dépassions nos barrières mentales. Et ceci n'est rendu possible que par la pédagogie.

     

    La Route de la Soie a besoin de pédagogie 

    Ce matin Xi Jinping affirme "s'étendant sur des milliers de kilomètres et riche d'une histoire millénaire, l'ancienne Route de la soie incarne l'esprit de la paix et la coopération, l'ouverture et l'inclusivité, l'apprentissage mutuel et les bénéfices réciproques". 

    Dans ses mots, il y a la philosophie du "gagnant-gagnant". Tout à la fois philosophie et stratégie, cette expression est la grande angoisse occidentale.

    C'est précisément cela qui m'intéresse, éviter que les habitudes culturelles de notre pensée enracinée fassent reculer ce projet collaboratif. Une des raisons qui m'ont fait choisir de rester à Paris ce week-end et d'enseigner la communication de crise, c'est pour montrer combien, il est facile de programmer un cerveau, en lui donnant à voir une seule partie de l'information. Alors, oui, en France nous avons, comme par hasard, Dominique de Villepin et Jean-Pierre Raffarin qui vont représenter les intérêts français, évoquer des stratégies commerciales... Et vous allez aussi entendre parler de la Route de la Soie de façon négative (voir comme "La Route de la Soie : Pékin déploie ses tentacules" dans Libération)

    En 2014, déjà je notais que certes la Route de la Soie allait devoir inventer, générer une nouvelle vision de l'économie. Avec des notions de monnaies nécessaires, des indicateurs locaux de bien-être, mais aussi et surtout déployer une pédagogie immense. Eduquer, éduquer, éduquer pour éviter les freins d'une opinion publique noyée dans la désinformation, les fake news et dont l'ennemi principal n'est ni Daesh ni l'Arabie Saoudite, ou autre, mais bien la Chine. Le géant qui fait peur... Pourquoi en est-il ainsi ? Simplement parce que la pensée chinoise est une pensée du flux, du mouvement, elle est organique, mouvante, vivante... tandis que notre pensée occidentale est enracinée. Par le fait même de cet enracinement, elle est limitée, bloquée, coincée dans un choix perpétuel entre le "bien" et le "mal", entre "gagner" ou "perdre". Or la Route de la Soie est à l'inverse : humaine, faite d'échanges. Elle tisse les liens entre les individus, entre les savoirs. 

    En 2014, je concluais ainsi "De l’éducation à la politique, de la pensée à la réalisation, ce rêve chinois me porte. Cette route de la soie réveille le mythe de l’ailleurs, la volonté de se dépasser, de se transcender afin de bâtir ensemble quelque chose de meilleur, de nouveau. En revenant à Paris, je ne cesse d’y penser. Construire une société moderne, c’est lui donner la matière d’un rêve à bâtir, c’est rassembler les volontés, à ce moment là seulement l’harmonie peut naître. Comme un juste équilibre entre le corps et l’esprit, entre l’individu et le collectif."

    Nous sommes en 2017, et j'essaye d'être fidèle à cette vision d'ouverture avec la mise en place d'une maison d'édition indépendante : La Route de la Soie - Éditions. Et évidemment, je continuerai à enseigner, à faire prendre conscience de nos enfermements culturels.

    Evidemment, écrire, photographier, rencontrer, faire parler les cultures, les légendes, plusieurs ouvrages sont à venir en ce sens... et parce que je partage complètement cette idée émise, ce matin, par Xi Jinping : "L'esprit de la Route de la soie est devenu un grand héritage de la civilisation de l'humanité" je mettrai en oeuvre un projet qui me tient à coeur : un lieu d'éducation, d'apprentissage des civilisations.

    Tout ne se fera pas en un jour, mais comme le dit Ella Maillart :

    "l'impossible recule face à celui qui avance". 

    Voilà pourquoi j'ai choisi de venir vous enseigner hier. Une pierre de touche face à l'impossible. Et qui sait, demain, peut-être, aurais-je la chance de rencontrer Xi Jinping en direct.  A mes étudiants, je dirai simplement ceci "La Route continue, les rêves aussi, ne lâchez rien, ne baissez jamais les bras, tout est possible"...