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Philosophie de Guerre - Page 6

  • Jean-Louis Bonafos : sculpteur des imaginaires

    IMG_6130.pngÉcrire est, avant tout, une musique retrouvée. Un son qui confirme les mots volants dans l'écume de mon esprit. Et puis il y a les images. Ces images fortes qui viennent frapper ma conscience, ma mémoire... Sensation instantanée.

    C'était un matin tôt, la rue de la Révolution était baignée de cette lumière d'automne encore chaude de l'été. Je revenais de ce lointain désert du Taklamakan. J'avais ce sentiment d'apaisement d'une rue calme, sans désordre que celui des couleurs et des silences majestueux. Arrivée au niveau de la Galerie de la Main de fer (ou Can Cago), les habitués savent qu'ils entrent en territoire imaginaire. Territoire d'art. Lieu de remise à plat du présent, des futurs. Une myriade de couleurs s'attardent pour saluer l'espace des passages. Semelles de vent.

    C'est ce matin là. Précisément, au moment de cette lumière, les barques enchevêtrées de Jean-Louis Bonafos sont apparues. Sont-elles échouées ? Quelle écume rencontrent-elles, a-t-elle pu les faire chavirer ? Sont-elles parties en Sardane ? Bateaux bleutés, chavirés, suspendus. Était-ce leur immensité ? Était-ce leur couleur ? Était-ce, ce silence qui précède la foule et ses bruits ? 

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    Et ce poème de Jacques Prévert qui revient : 

    "L'amiral Larima
    Larima quoi
    la rime à rien
    l'amiral Larima
    l'amiral rien."  

    (Paroles, 1945)

    Partir en mots, en recherche, en imaginaire... Laissez-vous porter par les légendes que vous racontera Jean-Louis Bonafos. Maître des lieux, coeur ouvert sur les arts. Il n'y a pas de rue de la Révolution sans Jean-Louis. S'il vous arrête pour un café à sa table des arts, ne fuyez pas, rangez votre timidité et savourez cette suspension. 

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    Nappe bleue, mais souvent rouge. Toujours à carreaux et toujours avec des délices venues de toute part. Entrez dans ce monde, laissez-vous entraîner... Un peu comme la journaliste Edith Atlas de France Bleue en 2018.

    Toujours en blouse, en tenue d'atelier ou d'artiste, vous découvrirez Jean-Louis. Au-delà du personnage qui vous livrera sa recette des haricots à l'ail, il y a l'artiste. Un immense artiste qui sculpte le fer pour lui donner les formes combatives. 

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    Samouraï protecteur, défenseur des rêves. Il fend l'armée des ombres, à hauteur d'homme. Équilibre fragile entre le vent et ses musicalités. La tramontane ne peut le faire valser. Il tient face aux désordres.

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    Comme dans ce poème de José-Maria de Heredia (le Samouraï) : 

    "Ce beau guerrier vêtu de lames et de plaques,
    Sous le bronze, la soie et les brillantes laques,
    Semble un crustacé noir ; gigantesque et vermeil."

    Sculpteur des démesures. Jean-Louis a créé des oeuvres pour des maisons entières qui s'ouvrent ainsi sur la puissance du fer, la maîtrise du feu, la force des contorsions. 

    Ne vous fiez pas à cette entrée en matière. Le feu, la forge, la fusion, il faut se brûler les ailes pour comprendre la démesure de cet art. La sculpture du fer ou la force de la matière. Il y a du volcanique dans l'esprit de l'artiste, de la matière en fusion à laquelle il faut donner un corps, une forme d'expression... Et quelle serait la figure mythique à questionner ? En fer, en coups de marteau pour tordre ses rêves ? Dans la pénombre apparaît, fatigué par tant de siècles d'utopies...

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    Sur son fidèle destrier, le monde à ses pieds... Don Quichotte (rappelez-vous du titre original de l'oeuvre de Miguel de Cervantes El ingenioso hidalgo don Quixote de la Mancha). L'ingénieux a traversé les siècles pour venir jusqu'à nous. Forgé, sculpté, dépoussiéré par Jean-Louis Bonafos. Il n'est plus simplement un mythe... Il est parmi nous.

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    Il vient des lointains souvenirs de nos lectures, ou de nos jeux d'enfance. Don Quichotte à la fois ri et admiré. Oublié et pourtant si présent. Et tant de justes maximes nous reviennent en mémoire : "qui s’attache à un mauvais arbre reçoit mauvais ombre, et qui se met à l'abri sous la feuille se mouille deux fois, et qui se couche avec des chiens se lève avec des puces. Quelque petit que je sois, je tiens mon rang dans le monde ; chaque fourmi a sa colère ; chaque cheveu fait son ombre sur la terre, et chaque coq chante sur son fumier".

    art,jean-louis bonafos,sculpture,perpignan,révolutionParfois en "habit de lumières" comme pour nous tendre un miroir, et nous réveiller de nos endormissements... Don Quichotte trône, regarde la rue de la Révolution. Nous rappelant que nous devrions nous mouiller un peu plus pour nos rêves... "Il n’existe pas de joie comparable à celle de retrouver sa liberté perdue."

    Sur un air de Karl Jenkins me revient cet autre passage tellement criant de notre actualité "Maintenant que je suis sûr que personne ne nous écoute en cachette, je vais pouvoir répondre sans aucune difficulté à ces questions, madame, et à toutes celles que vous voudrez me poser. Je tiens à dire tout d'abord que mon maître don Quichotte est fou à lier, bien qu'il lui arrive de raconter de ces choses qui, à mon avis, et de l'avis de tous ceux qui l'écoutent, sont tellement sensées et tellement bien amenées que Satan en personne ne ferait pas mieux. Et pourtant, moi je suis sûr qu'il a complètement perdu l'esprit. Et comme on ne me l'ôtera pas de la cervelle, je n'hésite pas à lui faire croire des choses qui n'ont ni queue ni tête". 

    Don Quichotte un personnage central de l'oeuvre de Jean-Louis Bonafos, sans doute même le moteur de son regard sur le monde. Mais il n'en demeure pas moins en lien avec l'actualité et notamment celle du photo-journalisme (Visa pour l'image).... Pourquoi regarder le monde ? Pourquoi créer tant d'images ? Pour dire quoi ? "Que voulez-vous dire du monde vous qui l'habitez ?" semble nous dire l'artiste... Puis, en malice, il pourrait vous lancer : "êtes-vous sûr d'avoir compris ?" 

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    Et compris quoi ? Regardez-vous, vous-même ! Au milieu de tout regard, il y a la subjectivité d'un individu... Qui donc êtes-vous ? Vous qui, au milieu du monde, croyez saisir l'instant ? L'instant de quelque chose ? de quoi ? Décortiquez... Enlevez chaque appareil, chaque objectif... Revenez au coeur du sujet : les impressions de sensation, les désordres... pouvons-nous être objectifs dans un monde en mouvement ? L'impermanence peut-elle se saisir, se figer ? 

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    En creux, il y a du Epictète dans l'oeuvre de Jean-Louis Bonafos : “ne sais-tu pas que la source de toutes les misères de l’homme, ce n’est pas la mort, mais la crainte de la mort ?”...

    Passez au coeur de la rue de la révolution, vous y découvrirez les oeuvres à ciel ouvert de Jean-Louis Bonafos, mais aussi de Roxanne (dont j'ai parlé dans un précédent article). Avant ou après les avoir rencontrer, entrer dans la Galerie Can Cago...

    Et surtout, été, comme hiver, en passant, ou en repassant, par la rue des Arts (si bien nommée rue de la Révolution), n'oubliez pas les mots de Cervantes "Garde toujours dans ta main la main de l'enfant que tu as été".

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  • Guy Ferrer

    Perpignan, Guy Ferrer, Art contemporain, peinture, matièreLe Centre d’art contemporain de Perpignan abrite l'exposition Guy Ferrer jusqu'au 10 octobre 2021.

    Humanité face à elle-même, dans sa quête, spirituelle ou pas... Si on s'attarde sur les lumières et les danses qui jaillissent des toiles de Guy Ferrer, on pourrait retrouver la réflexion de Martin Heidegger. Une recherche de l'être-là (Dasein). Un destin de mortel, mais "le sommes-nous vraiment ?" semble nous dire le peintre. Nous sommes un passage. Passage de la matière à l'esprit ou de l'esprit à la matière, comme un cercle infini de couleurs, de matières, de désordres, de recherches, de chemins pris, croisés, détournés, chahutés, rêvés, fracassés...

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    "La seule éternité que je connaisse, c'est l'instant ! Car l'instant est le contraire du temps" écrivait Heidegger. Sommes-nous dans ce monde pour une éternité ou bien une fraction de seconde ?

    N'est-ce pas là, le rôle de l'artiste de nous dire ce qu'est notre existence ? N'est-ce pas lui qui rend visible l'invisible ? N'est-ce pas l'artiste qui nous lie et délie de nos existences partielles ? Nous montrant la voie de nos possibilités, de nos mystères enfouis. Guy Ferrer, pour cela, joue des matières, des épaisseurs, des lumières, des couleurs... Suivez l'ocre, semble-t-il nous dire...

    "Dans cette toile minimaliste, une tête de chair, sans visage et voilée de blanc flotte verticale, comme en attente, dans un espace indéfini et immaculé, sans limite, hors temps" tels sont les mots de Patricia Tardy que nous pouvons lire en introduction de cette exposition. Les êtres de Guy Ferrer flottent dans des interstices d'espace... Pantins ou à jamais libres de tournoyer dans un univers en construction touche par touche.

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    En déambulant dans la grande salle, on se prend à questionner notre "attente"... Qu'attendons-nous ? Une lumière, un amour, un rien, un tout, un trouble ? Nous allons et venons dans le doute de nous-même, de ce qui nous caractérise, alors on comprend mieux la démarche de Guy Ferrer : partir à la conquête des lumières du monde. Saisir l'insaisissable : notre éternité. 

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    Pour plus d'informations :

  • Les sculptures de Roxanne

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    "Soyez simple avec art" écrivait Boileau (dans son Art poétique). En cheminant, vos pas, vous conduiront, sans doute, à la rue de la Révolution, à Perpignan. Une rue qui chemine entre les couleurs des arts, des appartenances, des lumières, des musiques. Si vous avancez un peu plus, vous rencontrez les silhouettes allongées, étirées comme des lumières d'ombres, de la sculptrice Roxanne.

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    Murmures des songes, illuminations des rêves, vous y rencontrerez des "promeneurs de lune", des "joueurs de soleil", des mélodies d'innocence.

    Si vous l'interrogez sur son travail, elle vous confiera qu'elle n'avait "jamais envisagé, avant que le hasard n’en décide autrement, la sculpture comme moyen d’expression". Cette histoire naît avec la rencontre de son voisin, un immense artiste, un "artiste Don Quichottesque" Jean-Louis Bonafos (nous reviendrons sur cette figure dans un autre article). Il aura suffit de l'audace de Jean-Louis et d'un "petit morceau de glaise" pour que le chemin de vie de Roxanne emprunte celui des arts...

    De la glaise, Roxanne, vous le dira "c'est une matière dont je ne savais alors pas grand-chose, sauf qu’elle était mystérieuse et belle"... Le choc de la matière, la danse fragile des éléments, font émerger des visages, des corps... 

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    Par instant, en contemplant, ses sculptures,  on a envie de relire du Pirandello, lui qui affirmait "l'art venge la vie". Il y a de la douceur, une immense fragilité, une rêverie infinie dans ce travail de sculpture.

    Roxanne sculpte la vie. Elle fait jaillir les émotions, les interroge, les tord, les lisse, pour mieux en saisir les fragments infimes. Elle cherche à les rendre visibles. Serions-nous tous si fragiles ? Humanité aux pieds d'argile... Voilà ce que nous sommes... 

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    Tout est une question d'équilibre entre le mouvement de la glaise, et, ceux des papiers découpés, collés, étendus, séchés, décollés, recollés, pliés, dépliés... Impossible, ici, de ne pas renouer avec la théorie de Paul Klee, selon laquelle "l'art ne reproduit pas le visible, il rend visible" (cf. Théorie de l'Art moderne).

    Quand le soleil abat ses derniers rayons sur la rue de la Révolution, Roxane, plie ses affaires et referme son atelier, laissant le rêve au songe et le songe à la vie... 

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    Pour les curieux, Roxanne, expose ses sculptures du 5 au 27 août 2021 à la Maison des Arts du Barcarès : Place de la République (avec les aquarelles d'Oscar Palomino). Plus d'informations en cliquant ici !

     

     
  • Entre paradoxe & grande fatigue

    Chine, Occident, économie, croyanceQu'est-ce qu'un paradoxe ? Dans Le paradoxe sur le comédien, Diderot affirme qu'un bon comédien doit jouer avec le plus de sang-froid possible, sans émotion sincère et spontanée mais en calculant sans cesse les effets de son jeu. Or l'opinion courante était plutôt que le comédien doit faire preuve de beaucoup de spontanéité. Nous voyons bien ici que le paradoxe se définit comme un opinion contraire à ce qui est généralement admis.

    Que se passe-t'il ? Pourquoi dois-je faire un article intitulé "entre paradoxe et grande fatigue" ? C'est cette "une" du magazine Challenge's qui m'y pousse. Comment laisser passer une telle maquette ? Notons d'abord le fond rouge, référence au drapeau chinois...

    Mais que signifie la couleur rouge dans notre culture ? Je renvoie ici aux travaux de Michel Pastoureau qui dit si joliment "le rouge est un océan". Au Paléolithique, le rouge symbolise "le pouvoir, la gloire, la puissance, la fête, la solennité, la joie, la beauté et l'amour" mais aussi "la violence, la colère, les crimes de sang, la faute, le péché". Dans l'Antiquité, la pourpre romaine symbolise l'empereur. Durant le Grand Siècle, les "talons rouges" sont emblématiques du statut d'aristocrate. Et puis, il y a le XVIIIe siècle, où le rouge devient le symbole de la contestation, notamment après la journée révolutionnaire du 17 juillet 1791 où il incarne "l'emblème du peuple révolté". C'est ainsi que le rouge a basculé du "côté obscur de la force"... Laissant la place au bleu comme couleur préférée des occidentaux...

    Donc quand "on voit rouge", expression très intéressante, non ? C'est que l'on est en colère, non ? Mais alors que se passe-t-il quand "on voit du rouge" ? Et bien nous savons qu'il y a du danger... Je vous passe la référence au code de conduite et à nos panneaux de circulation. 

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    Pour bien vous montrer qu'il s'agit de la Chine, on positionne un autre code couleur le jaune-orangé du drapeau, on place une étoile entre "dossier spécial" et "25 pages"...  Ce dossier doit donc être pris très au sérieux ! Vous rendez-vous compte 25 pages sur les 106 que comptent ce magazine. Vous sentez là mon ironie, je n'insiste donc pas sur ce point. 

    En lettres blanches et en capitales : CHINE. On aurait pu écrire Chine... Non ? Et si on essayait cela donnerait quoi ? Ce serait sans doute beaucoup moins impressionnant à notre oeil ?

    Donc le dossier ce sera la CHINE... C'est donc qu'il y a un "gros sujet"... Et cela est souligné par cette drôle de baseline (pour mémoire il s'agit du slogan ou de la phrase qui ponctue une annonce publicitaire ou de la phrase de signature se trouvant traditionnellement sous le texte d'une publicité presse - voir le site "définitions-marketing") : "Elle nous fascine et nous fait mal"... Ah ! première interrogation, je me demande si nous, la France, ou l'Europe, avons besoin de la Chine pour nous faire mal ? La réponse est évidemment non. 

    Comment mettre sur le même plan la fascination et la souffrance ? Quand on est fasciné, c'est que l'on est sous le charme... Comment un tel enchantement pour une culture peut-il nous faire du mal ? Il s'agirait d'un envoûtement qui nous empêcherait de voir les dangers... Faire écho à cela, c'est évoquer le mythe profondément ancré dans la culture occidentale : celui d'Ulysse qui doit résister aux chants des sirènes... En d'autres termes, si je traduis cette phrase cela donne "ne sombrez pas, vous occidentaux, sous le charme des sirènes de la Chine, vous allez être pris au piège"... Et ceci est souligné par les trois grands points du dossier "le nouveau consommateur", "le soft power de Pékin", "dans les coulisses du PCC"...

    Et le tout se trouve estampillé par le Dragon qui semble si menaçant...  

     

    Paradoxe & grande fatigue

    Pourquoi m'arrêter sur cette une ? Pourquoi ne pas simplement passer mon chemin ? Quelque chose m'en empêche ? Sans doute est-ce l'effet du montage avec le bandeau blanc "Présidentielle 2022 - TOUT A CHANGÉ", on se demande bien quoi ? Rien en réalité, c'est juste un effet d'annonce. 

    Certains pourraient dire, que je m'arrête à cette couverture car je n'ai pas acheté le magazine. Détrompez-vous, je lis tout ce qui est publié sur la Chine. J'ai des étagères complètes, entières de "nos" productions sur ce pays (par "nos" ici j'entends toutes les productions qu'elles soient occidentales ou autres). Et croyez-moi, ce n'est pas toujours beau à lire, à voir, à entendre... Tant de bruits, tant de cris, tant de haine, déversés au fil des années...

    Alors je poursuis sur la notion de paradoxe. En philosophie, le paradoxe est avant tout une pensée qui contredit délibérément l'opinion commune et même parfois le bon sens. Rappelons-nous de Rousseau qui, dans Émile, établit que la première règle de l'éducation est de savoir perdre son temps. Et pour se prémunir des critiques inhérentes à une telle prise de position, il écrivait "j'aime mieux être homme à paradoxes qu'homme à préjugés". 

    En logique, on désigne par "paradoxe" un raisonnement qui conduit à une contradiction insoluble. 

    La pensée occidentale s'est construite sur l'opposition entre le "bien" et le "mal". La pensée chinoise, quant à elle, a admis depuis des siècles que les deux coexistent ensemble en même temps et que tout est une question de mouvement, et d'équilibre (sur ce point je renvoie aux travaux du sinologue Cyrille J.-D. Javary et notamment à son ouvrage La souplesse du dragon). 

    Cette couverture reflète, à elle seule, la manière dont les médias occidentaux traitent la Chine. C'est une réflexion qui semble hors sol, faite d'un mélange de préjugés et de peurs. De cette potion, il ressort la volonté de créer la nouvelle figure de l'ennemi. Mais cette fabrique de la figure de l'ennemi ne masque-t-elle pas une autre réalité : celle d'un racisme inhérent à la pensée occidentale ?

    Ici naît ma plus grande fatigue !

    Pourquoi l'occident ne reconnait-il pas son racisme séculaire contre l'Asie ? La crainte de l'émergence de la Chine comme puissance, n'est-elle pas celle des sanctions et des humiliations en réponse à ce que les occidentaux ont fait subir à la Chine après les guerres d'opium ? 

    Par cette mascarade médiatique qui tourne à la diabolisation de la Chine nous oublions la chose essentielle : une autre économie est possible. Comme l'émergence d'un "deuxième soleil". Cette image, je l'utilise pour vous montrer qu'effectivement un pays non aligné a réussi à transformer son système social, économique pour arriver à contrebalancer le système dans lequel le monde occidental a toujours vécu. Ce système, dans lequel, nous, les occidentaux, sommes c'est celui keynésien (il adore l'or et il repose principalement sur le niveau de la demande globale, tant des biens de consommation que des biens de production). N'oublions pas que le keynésianisme repose aussi sur l'existence d'un équilibre économique de sous-emploi, dans lequel subsiste des chômeurs. À l'inverse la Chine a développé son économie intérieure pour réduire le chômage et la misère. La question serait donc d'observer ses efforts et d'essayer de comprendre comment la Chine va maintenir cette société de moyenne aisance. Voilà à quoi nous devrions passer notre temps et notre réflexion. Nous devons comprendre la Chine, la comprendre avec ses paradoxes, son histoire, son autre regard sur la réalité au lieu de proférer des préjugés au rang de vérité absolue. 

    Groupe Perdriel & économie

    Pour ceux qui s'intéressent un peu à l'histoire des médias en France. Nous devons, quand même, nous demander d'où parle le magazine Challenge's dont le slogan est quand même "l'économie de demain est l'affaire de tous". Qui sont ces "tous" ? 

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    Dans cette carte publiée par le Monde Diplomatique et l'Acrimed, nous pouvons voir où se situe l'hebdomadaire Challenge's. En haut à gauche pour ceux qui ne verraient pas tout de suite. 

    Précisément en haut à gauche, il s'agit du groupe Perdriel (ou groupe Nouvel Observateur) est un groupe de presse français dirigé par l'industriel Claude Perdriel (société des sanibroyeurs SFA PAR). Le groupe est né en 1964, avec la création de l'hebdomadaire Le Nouvel Observateur.

    En , Denis Olivennes a été nommé directeur général délégué du groupe par Claude Perdriel, qui souhaite « prendre du champ ».

    En 2010, Denis Olivennes qui ce groupe pour rejoindre Lagardère Active. 

    En 2014, le groupe cède les deux tiers du capital de l'hebdomadaire L'Obs (anciennement Le Nouvel Observateur) aux actionnaires du groupe Le Monde (à savoir : Pierre Bergé, Xavier Niel et Matthieu Pigasse). Cette offre concerne également le site internet d'information générale Rue89 (acquis par Perdriel en 2012), ainsi que les suppléments gratuits Obsession (spécialisé dans la mode, les tendances et la culture) et TéléObs. Le groupe conserve une participation de 34 % (voir sur ce point l'article de Fabienne Schmidt "Nouvel Obs, les coulisses d'une vente", dans les Échos du 15 janvier 2014). 

    En 2016, le groupe Perdriel, propriétaire de Challenges et Sciences et Avenir, achète la société Sophia Publications, éditrice de La Recherche, L'Histoire, Historia et Le Magazine littéraire (voir l'article Quentin Ebrard intitulé "Claude Perdriel seul propriétaire de « Historia », « L’Histoire », « Le Magazine littéraire » et « La Recherche »", dans le Monde du 23 juin 2016). Dans cet article on découvre cette phrase "« Je n’ai jamais envisagé de vendre Challenges, mais j’avais envisagé de prendre un partenaire minoritaire dans la mesure où cela aurait pu contribuer à donner plus de chance à son développement », explique-t-il en réponse aux rumeurs de vente du magazine économique en difficulté"... Et un paragraphe plus loin on peut lire "Pour l’année prochaine, Claude Perdriel espère limiter les pertes de l’hebdomadaire grâce à des économies de 400 000 euros sur le poste des abonnements, à un plan de départ volontaire d’une dizaine de personnes parmi les techniciens et au recours à de la sous-traitance informatique."... 

    En , Claude Perdriel nomme Guillaume Malaurie directeur général délégué du groupe.

    En , la direction de la société Renault annonce avoir acquis 40 % de la société Perdriel par le biais d’un accroissement de capital de cinq millions d’euros. Renault investit dans le groupe dans l’objectif d’offrir des contenus médias exclusifs aux propriétaires de ses futurs véhicules... (Voir sur ce point l'article de Jérôme Lefilliâtre, du 13 décembre 2017, dans Libération, intitulé "Renault se lance dans la presse avec Claude Perdriel") J'aimerais bien ici que l'on définisse ce que signifie "contenus médias exclusifs" pour des "propriétaires des futurs véhicules"... Il y aurait donc une façon "Renault" de voir le monde.

    En décembre 2019, Claude Perdriel rachète les parts de Renault. (Voir sur ce point, l'article du Figaro avec l'AFP, intitulé "Claude Perdriel rachète la part de Renault dans Challenges" du 13 janvier 2020)

    Mais l'histoire ne s'arrête pas ici. Il faut aussi se pencher sur les manœuvres de Bernard Arnault, patron et principal actionnaire de LVMH, avec son entrée promise, en 2021, au groupe Challenges, à l’invitation de son propriétaire Claude Perdriel. Serait-ce le rachat en viager du magazine Challenge's ? (Voir sur ce point la chronique de Hervé Nathan, dans Alternatives économiques, du 8 octobre 2020)

    Alors la question, l'économie de demain est-elle encore l'affaire de tous ou bien seulement de quelques-uns ? Au regard de ces passations, les unes et les dossiers thématiques en faveur ou en défaveur d'un pays sont-ils encore objectifs ? On peut qu'en douter quand on voit les pressions subies par les rédactions... Donc oui "grande fatigue" pour moi de lire, de voir toujours les mêmes grilles de lecture qui ne questionnent pas notre propre aveuglement : un racisme anti-asiatique séculaire.